‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 579 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

grande injure à Testât Ecclésiastique : veu mesme que de ceux (jui persévèrent au monastère, nous n'avons accoustumé de prendre que les meilleurs et les plus approuvez. Et le faut ainsi faire, sinon que nous vueillons estre en proverbe du peuple : c'est, comme on dit qu'un mauvais menestrier sera bon musicien, aussi qu'on dise qu'un meschant Moyne sera bon ministre. C'est une chose trop desordonnée, d'eslever les Moynes en tel orgueil, et de faire si grand opprobre au clergé : veu mesine que quelque fois à grand'peine un bon Moyne est suffisant pour estre en l'ordre Ecclesiasti(iue, assavoir s'il a tempérance de vie, et s'il n'a point la doctrine requise à tel office '■*". Il appert de ces passages que plusieurs bons personnages se preparoyent en la vie monasticiue pour venir au gouvernement de l'Eglise, afin d'estre plus aptes et mieux disposez pour s'acquiter de leur devoir : non pas que tous parvinssent à tel but, voire mesme qu'ils y tendissent : veu qu'aucontraire, pour la plus grand'part c'estoyent des gens simples et sans lettres : mais on elisoit ceux qui estoyent idoines.

9. Or sainct Augustin nous descrit quasi en une peinture, la forme de la moynerie ancienne, principalement en deux lieux, assavoir au livre qu'il a intitulé, Des mœurs de l'Eglise catholi- ([ue : où il défend les Moynes Chrestiens contre les calomnies et fausses accusations des Manichées. Item, en un autre livre qu'il a intitulé, Du labeur des Moynes : où il reprend et corrige les Moynes qui avoyent corrompu leur estât. Je cueilliray icy tellement la somme de ce qu'il dit là, que j'useray mesme de ses mots tant qu'il me sera possible : Contemnans, dit-il, les délices et plaisirs mondains, ils meinent ensemble une vie tressaincte et treschaste, vivans en oraisons, en lectures et en conférences, sans enfleure d'orgueil, sans rébellion ne noise, sans envie : nul ne possède rien de propre, et nul n'est en charge à ses prochains : ils travaillent de leurs mains au labeur cjui peut entretenir leurs corps, sans empescher leur esprit qu'il ne soit ententif à Dieu. Puis mettent leurs ouvrages entre les mains de ceux qu'ils appellent Doyens : et iceux ayans retiré argent de cela, en rendent conte à celuy qui est nommé Père entre eux. Or les Pères sont personnages non seulement saincts quant à la vie, mais excellens en la doctrine de Dieu, et ayans prééminence en vertu aussi bien qu'en puissance, ils gouvernent leurs fils sans aucun orgueil, et comme ils ont authorité à leur commander, aussi leurs fils sont fort volontaires à leur obéir. Or sur le vespre chacun sort de sa celle, et s'assemblent tous en un, estans encore à jeun, afin d'ouyr leur Père (et adjouste quant et quant, qu'en Egypte et au pays d'Orient chacun Père avoit environ trois mille Moynes en sa charge) ; après ils prennent leur réfection corpo-

relle entant qu'il est requis pour la santé : et chacun restreind sa concupiscence, afin de n'user sinon sobrement mesmes des viandes (lui leur sont mises au devant, lesquelles ne sont point en grande quantité, ne gueres friandes. Ainsi, non seulement ils s'abstiennent de chair et de vin, pour domter leur concupiscence charnelle, mais aussi des autres choses lesquelles provoquent d'autant plus l'appétit à gourmandise et friandise, qu'elles semblent advis plus pures et plus sainctes à d'aucuns : en quoy ils se font ridicules, d'autant qu'ils prisent qu'on mange viandes exquises, moyennant qu'ils s'abstiennent de manger chair. Le surplus qui leur demeure outre leur nourriture (car il leur en demeure beaucoup, tant pource qu'ils travaillent diligemment, qu'à cause de leur sobriété) ils le distribuent plus diligemment aux povres qu'ils ne sont soigneux à le gagner. Car il ne leur chaut d'avoir abondance, mais toute leur soUcitude est de ne rien reserver de ce qui leur abonde'*'^ Puis après ayant recité l'austérité qu'il avoit veu tant à Milan qu'ailleurs : En telle rigueur de vie, dit-il, nul n'est contreint à porter un fardeau plus pesant qu'il ne peut, ou qu'il refuse de porter : et celuy qui est plus débile que les autres, n'est point pourtant condamné d'eux. Ils savent bien tous combien la charité est recommandée : ils savent bien que toutes viandes sont nettes à ceux qui sont nets (Tit. 1, 13). Pourtant toute leur industrie est, non pas de rejetter aucunes viandes comme pollues, mais à domter leur concupiscence, et s'entretenir en bonne dilection. Ils ont souvenance de ceste sentence, que le ventre est pom' les viandes, et les viandes pour le ventre (1 Cor. 6, 13). Toutesfois plusieurs qui sont fermes s'abstiennent à cause des infirmes : plusieurs ont une autre raison, assavoir pource qu'ils aiment de se nourrir de viandes grossières et non somptueuses. Pourtant ceux qui en santé s'abstiennent d'une viande, n'en font point difficulté d'en manger estans malades. Plusieurs ne boivent point de vin : toutesfois ils n'en penseroyent point estre contaminez. Car eux mesmes ordonnent qu'on en baille à ceux qui sont de complexion débile, et ne peuvent autrement entretenir leur santé. S'il y a quelques uns qui refusent d'en boire, ils les admonestent fraternellement qu'ils ne se facent point par vaines superstitions plus débiles que saincts. Ainsi ils s'exercent soigneusement à la crainte de Dieu. Quant à l'exercice du corps, ils savent bien qu'il profite pour un petit de temps seulement. La charité est principalement gardée : à icelle on accommode les vivres, les paroUes, les accoustremens et les contenances : chacun conspire là en une charité, et a-on en horreur de la violer, autant que Dieu. Si quelcun résiste à icelle, il est jeté hors : si quelcun contrevient à

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