LIVRE I
contredire. Car auennesfois ils a[)pelleiit le Père caniniencenient du Fils, aucuiiesfdis ils enseignent (juc le Fils a son essence et divinité de soy-mesnie, voire et (|u"il est un mesnie commencement avec le Père. Sainct Au^'ustiu monstre en un autre passage liien et facilement la cause de ceste diversité, parlant ainsi, Christ est appelé Dieu, au regard de soy : au l'i^gard du Père, il est appelé Fils. Derechef, le Père quant à .soy est nonuiié Dieu : au regard du Fils, il est nonuné Perc. Entant ([u'il est nonnué Père au regard du Fils, il n'est point Fils : et le Fils semblahlement au regard du Père, n'est point Père. Mais entant que le Père, au regard de soy est nonuné Di(ni, et le Fils semhlalilement : c'est un mesme Dieu. Pourtant (piand nous parlons du Fils simplement sans regarder le Père, ce n'est jioint mal i)arlé ny improprement, de dire (ju'il a son estre de soy-mesme : et pour ceste cause (ju'il est le seul commencement. Quand nous touchons la corresjjondance ([u'il a avec le Perc, nous disons (pie le Père est son commencement. Tout le ciu(iuieme livre de sainct Augustin de la Trinité ne tend qu'à expliquer cest article', et le plus seur est de s'arrester à la corres[)ondance, selon ([u'il la déduit, qu'en se fourrant par suljtilité plus profond en ce haut secret, s'esgarer en plusieurs vaines spéculations.
20. Parquoy ceux (jui aiment sobriété et se contentent de la mesure de foy, auront ici en hrief ce (jui leur est utile d'entendre : assavoir, quand nous protestons de croire en un Dieu, que sous ce nom est entendue une simple essence, sous laquelle nous comprenons trois personnes ou h^-jjostases : et ainsi toutes fois et quantes que le nom de Dieu est pris absolument et sans rien déterminer, le Fils et le sainct Esprit y sont aussi bien comprins que le Père : mais (piand le Fils est conjoinct avec le Père, lors la correspondance de l'un à l'autre doit avoir lieu, qui ameine avec soy la distinction des personnes. Or pource que les proprictez emportent quelque ordre : comme (|ue le commencement et origine soit au Père : à ceste raison quand il est parlé du Père et du Fils ou de l'Esprit ensemble, le nom de Dieu est spécialement attribué au Père. En ceste manière l'unité de l'essence est gardée, et l'ordre est retenu, letjuel toutesfois ne diminue rien de la deité du Fils et de l'Esprit. Et de fait, puis que desja nous avons veu que les Apostres enseignent Jésus Christ estre le mesme Dieu éternel lequel Moyse et les Prophètes ont presché, il faut tousjours revenir à ceste unité d'essence : et par conséquent ce nous est un sacrilège détestable (le nonuner le Fils un autre Dieu que le Père, pource que le nom simple de Dieu ne reçoit nulle comparaison, et qu'on ne peut dire que Dieu (|uant à soy ait (pielque diversité pour
estre ceci et cela. Or (jue le nom de Dieu éternel prins absolument appartienne à Jésus Christ, il ajjpert encores par les mots de sainct Paul : J'ai prié trois fois le Seigneur : car après avoir recité la response de Dieu, Ma grâce te suffit, il adjouste tantost après, Afin que la vertu (le Christ habite en moy (2 Cor. 12, 9). Car il est certain que ce nom de Seigneur est là mis pour Dieu éternel : par ainsi de le restraindre à la personne du Médiateur, ce seroit une cavillation frivole et puérile, veu (jue la sentence est pure et sinq)le, et ne compare pas le Père avec le Fils. Et nous savons que les Apostres, suwant la translation Grecque, ont tousjours mis ce nom de Seigneur au lieu du nom Hébraïque Jehova, ([u'on appelle ineffable. Et pour ne cercher exemple plus loin, ce passage convient du tout avec celuy de Joël qui est allégué par sainct Pierre : Quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé (Joël 2, 32; Act. 2, 16—21), Quand ce mesme nom est attribué en particulier au Fils, nous verrons en son lieu que la raison est diverse. C'est assez pour ceste heure de savoir que sainct Paul ayant prié Dieu absolument en sa majesté, adjouste incontinent le nom de (christ. Et de fait. Dieu en son entier est appelle Esprit par Christ : car rien n'empesche (lue toute l'essence de Dieu ne soit spirituelle, en laquelle soyent comprins le Père, le Fils et le sainct Esprit : qui est assez patent et facile par l'Escritm'e. Car comme Dieu est là nommé Esi)rit, aussi d'autre part le sainct Esprit, entant ({u'il est hypostase en toute l'essence, est appelle l'Esprit de Dieu et procédant de luy.
21. Or pource (jue Satan dés le commencement, afin de renverser du tout nostre foy, a esmeu de grands combats et troubles, tant sur l'essence divine du Fils et du sainct Esprit ([ue de la distinction personnelle : et qu'en tous aages il a esmeu et poussé des esprits malins (pii ont fasché et molesté les bons docteurs, aussi de nostre temps il s'efforce de remuer des vieilles estincelles pour allumer nouveau feu : il est besoin de venir au devant de telles resveries. Jusques icy j'ay tasché à mener par la main ceux (jui se rendoyent dociles, non point de batailler contre les opiniastres : maintenant il faut maintenir contre la malice des endurcis la vérité (|ui a esté paisiblement monstrée. Combien ([ue j'appli(iueray ma principale estude à asseurer les fidèles qui se rendront faciles à recevoir la parolle de Dieu, afin qu'ils ayent un arrest infaillible. Retenons bien, que si en tous les hauts secrets de l'Escriture il nous convient estre sobres et modestes, cestuyci n'est pas le dernier : et qu'il nous faut bien estre sur nos gardes, qne nos pensées ou nos langues ne s'avancent point plus loin que les limites de la parolle de Dieu ne s'estendent.