‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 581 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nommément ils tiennent sans aucune difficulté, que ces sentences dont il est question, sont vrais commandemens. Mais pource que nous avons ja monstre cy dessus que c'est un erreur pestilent, qu'une telle opinion qu'ils ont, on appollant Simples conseils les choses qui nous sont du tout commandées, il suffn'a d'avoir icy brièvement touché que la moynerie, telle qu'elle est à présent, est fondée sur une opinion laquelle à bon droit doit cstre en exécration à tous fidèles : c'est d'imaginer qu'il y ait une reigle plus parfaite de bien vivre, que celle que Jésus Christ a donné en commun à toute son Eglise. Tout ce qui est édifié sus un tel fondement, ne peut estre qu'abominable.

13. Toutesfois ils ameinent un autre argument de leur perfection, lequels ils pensent estre tresferme : assavoir que nostre Seigneur dit au jeune homme qui l'interroguoit quelle estoit la parfaite justice. Va, et si tu veux estre parfait, ven tout ce que tu as, et donne-le aux povres (Matth. 19, 21 ; Luc 10, 26). .le ne dispute point encore s'ils font cela : prenons le cas pour maintenant, qu'ils le facent. Ils se vantent donc d'estre parfaits en quittant tout leur bien : mais si la perfection gist en ce seul point, qu'est-ce que veut dire ceste sentence de sainct Paul, que celuy qui aura distribué tous ses biens aux povres, n'est rien sinon qu'il ait charité (1 Cor. 13, 3)? Quelle est ceste perfection, laquelle est réduite à néant avec son homme quand charité n'est point conjoincte avec? Il leur convient de respondre icy, veuillent-ils ou non : que de quitter tous ses biens, encore que ce soit le principal (euvre de perfection, toutesfois que ce n'est pas le tout. Mais encore sainct Paul contredit a cela, en testifiant (jue la charilé est le lien de perfection (Col. 3, 14), sans qu'on renonce à ses biens en telle sorte. S'il n'y a point de dilTerent entre le Maistre et le Disciple, puis que sainct Paul ouvertement proteste que la perfection de l'homme ne consiste point en cela, qu'il renonce à tous ses biens, et d'autrepart dit qu'elle peut estre sans qu'on face un tel renoncement : il faut voir comment se doit exposer ceste sentence de Jésus Christ, Va, et si tu veux estre parfait, ven tout ce que tu as. Or le sens ne sera point obscur, si nous considérons à qui c'est que ces paroUes s'adressent : ce qui se doit considérer en toutes les responses de nostre Seigneur. Le jeune homme interrogue ce qu'il fera pour entrer en la vie éternelle (Luc 10, 25). Jésus Christ, pource que la question est touchant les œuvres, le renvoyé à la Loy : et ce à bon droit. Car si on la considère en soy, c'est la voye de vie : et ce qu'elle n'est pas suffisante pour nous donner salut, cela provient de nostre perversité. Par ceste réponse, Jésus Christ declaire qu'il n'estoit pas venu pour enseigner autre façon de bien vivre, que celle que Dieu

avoit anciennement baillée en la Loy. Et en ce faisant il rendoit tesmoignage cà la Loy de Dieu, (lu'elle monstroit (luelle est la parfaite justice : et obvioit par un mesme moyen aux calomnies, à ce qu'on ne luy imposast qu'il vousist induire le peuple par une nouvelle reigle, à se révolter de l'obéissance de la Loy. Le jeune homme n'estant pas auti'ement de mauvais cœur, mais estant enllé d'une vaine outrecuidance, repli(iue qu'il a fait tous les commandemens dés son enfance. Or il est trescertain qu'il estoit encore bien loin du but là où il se vantoit d'estre parvenu: et si son dire eustesté vray, ilneluyeust rien defailly à la souveraine perfection. Car il a esté demonstré cy dessus, que la Loy contient en soy une parfaite justice : et il appert de ce passage, où l'observation d'icelle est nommée l'entrée à la vie éternelle. Mais pour enseigner ce jeune homme, combien peu il avoit profité en la justice laquelle il se vantoit si hardiment d'avoir accomply, il falloit sonder le vice qui estoit caché en son cœur. Car comme ainsi soit qu'il fust riche, il avoit son affection cachée en ses richesses. Pourquoy entant qu'il ne sentoit point ce mal secret, Jésus Christ le touche où il le faut toucher, en luy disant qu'il vende tous ses biens. S'il eust esté tant bon observateur de la Loy qu'il pensoit, il ne s'en fust pas allé triste après avoir ouy ceste response. Car celuy qui aime Dieu de tout son cœur, non seulement estime pour fiente tout ce qui répugne à l'amour de luy, mais le fait comme pernicieux. Pourtant quand Jésus Christ commande à ce riche avaricieux de vendre tous ses biens, c'est autant comme s'il commandoit à un ambitieux de renoncer a tous honneurs : à un homme voluptueux de renoncer à toutes délices : à un paillard, de renoncer à toutes choses qui le peuvent induire à mal faire. C'est ainsi qu'il faut ramener les consciences à un sentiment particulier de leurs vices, quand on n'y profite de rien par admonitions générales. Noz gens donc qui allèguent ce passage pour priser Testât de moynerie, s'abusent en prenant un cas particulier pour doctrine générale, comme si Jésus Christ constituoit la perfection en cela, qu'un homme renonce à ses biens: comme ainsi soit qu'il ait seulement prétendu de contraindre ce jeune homme, qui se plaisoit par trop, de sentir son mal : assavoir qu'il entendist combien il estoit encore loin de la parfaite obéissance de la Loy, laquelle il s'attribuoit faussement. Je confesse que ce lieu a esté mal entendu par aucuns des Pères, et que de là est venu qu'on estimoit une grande vertu, d'appeter une povreté volontaire : d'autant qu'on tenoit pour bien-heureux ceux qui se demettoyent de toutes choses terriennes pour se vouer tout nuds à Christ. Mais j'espère que tous lecteurs débonnaires et non contentieux seront satisfaits de l'exposition que j'ay

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