CHAPITRE XIII
donnée, tellement qu'ils ne douteront point que c'est le vray sens.
li. Combien qu'il s'en faille becaucoup que ce fust l'intention des Pères, d'estiiblir une telle perfection ((n'ont depuis forgée les Moynes en leur cahuet, pour constituer une double Chrestienté. Car ceste meschante doctrine n'estoit point encore née, laquelle fait conqiaraison entre le Haiitesme et la moynerie : et niesme afferme ([ue la moynerie est une espèce de second I5aptesnie. Qui est-ce qui ne cognoit que les saincts Pères ont du tout en horreur un tel blasphème '? Touchant de la charité a laquelle saiiict Augustin dit (lue les anciens Moynes ont rapporté toute leur vie. ([u'est-il (juestiou de monstrer (|ue cela est du tout contraire à la profession des Moynes de nostre temps? La chose est toute patente, que ceux, qui entrent en un cloistre pour se faire Moynes, se séparent et aliènent de l'Eglise. nu"ainsi soit, ils font un gouvernement à part, et une administration des Sacremens séparée des autres. Si cela n'est dissiper la comnuuiion de l'Eglise, je ne say quelle plus grande dissipation il y peut avoir. Et afin de suyvre la comparaison que nous avons commencé de faire et de venir à la fin en telle conclusion, qu'est-ce (ju'ils ont de semblable en cest endroit avec les Moynes anciens ? Car anciennement les Moynes, encore qu'ils habitassent aniere des autres, n'avoyent pas pourtant une Eglise séparée: ils recevoyent les Sacremens avec les autres, ils vcnoyent aux jours solennels ouyr le sermon et faiie les prières en la compagnie des fidèles, et estoycnt là comme une portion du peuple. Ceux-cy du temps présent, en se dressant un autel à part, ont rompu le lien d'unité. Car ils se sont excommuniez du corps de l'Eglise : ils ont contemné le ministère ordinaire, par lequel Dieu a voulu ([ue paix et charité fust entretenue entre les siens. Parquoy autant f|u'il y a aujourdhuy de monastères au monde, je dy que ce sont autant de conventiculos de schismatiqucs, qui ont troublé l'ordre de l'Eglise, pour se retreucher de la compagnie légitime des fidèles. Et pour monstrer encore plus ouvertement un tel divorce qu'ils faisoyent, ils se sont imposez divers noms de sectes: et n'ont point eu honte de se glorifier en ce que sainct Paul a en si grande exécration que rien plus : sinon qu'on vousist dire que Jésus Christ eust esté divisé entre les Corinthiens, quand chacun se glorifioit en son propre Docteur (1 Cor. 1, 12: 3, 4), et <iue maintenant il ne soit rien derogué à l'honneur de Jésus Christ, quand les uns se nomment Franciscains, les autres de sainct Dominique, et les autres de sainct Benoist: mesme qu'ils usurpent ces filtres peur faire une profession spéciale, en laquelle ils soyent distinguez de la reste des Chrestiens.