‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 585 sur 703 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

chair, pèche plus grièvement que sil se contaminoit et corps etame par paillardise.

18. Mais ils ont encore une autre réplique, s'elTorçans de monstrer qu'une telle manière de vœu a esté en usage, mesme du temps des Apostres : dautant ([ue sainct Paul dit qne les vefves, lesquelles après avoir esté receues au service pul)li(|ue de l'Eglise, se marioyent, rompoyent leur première foy ou promesse (1 Tim. o, 12). Je ne nie pas que les vefves, lesquelles ils prenoyent pour servir à l'Eglise, se submettoyent quant et quant à eeste condition de ne se point marier : non point pour mettre quelque saincteté en cela, comme on a depuis fait : mais pource qu'elles ne se pouvoyent point acquiter d'une telle charge, sinon estiius en liberté, et non liées par mariage. Que si après avoir fait telle promesse a l'Eglise elles pensoyent à se marier, elles renoncoyent par ce moyen à la vocation de Dieu. Ce n'est point donc de merveille que l'Apostre dit qu'icelles, en convoitant de se marier, regimboyent contre Christ. Apres, pour amplilier encore davantage, il adjouste que tant. s'en falloit qu'elles accomplissent ce qu'elles avoyent promis à l'Eglise, qu'elles rompoyent mesme la première promesse faite auBaptesme : en hKjuelle est contenu ce poinct, que chacun doit servir à Dieu en Testât où il est appelle : sinon que quelcun aymast mieux entendre, qu'ayans quasi perdu toute honte, elles ne se soucioyent plusd'honnesteté, ets'abandonnoyent à toutes dissolutions : tellement qu'elles ne ressembloyent nullement à femmes Chrestiennes. Lequel sens me plaist tresbien. Pom-tant je respon à noz adversaires, que les vefves qu'on recevoit lors au servicede l' Eglise, s'astreignoyent bien à ceste nécessité de ne se plus marier. S'il advenoit qu'elles se mariassent, nous pouvons bien penser qu'elles se monstroyent telles que dit sainct Paul : c'est qu'ayans rejette toute honte, elles s'abandonnoyent à une insolence non convenable à femmes Chrestiennes. Et ainsi, que non seulement elles pechoyent en rompant leur promesse faite à l'Eglise, mais en délaissant la condition de femmes Chrestiennes. Mais je nie pour le premier, que les vefves vouassent pour lors de vivre en estât de continence pour autre cause, sinon d'autant que le mariage ne convenoit point à l'office auquel elles se presentoyent. Mesme je nie qu'elles eussent autre considération, que de s'acquiter de la charge que portoit leur estât. Secondement, je nie qu'elles ayent esté astreintes en telle sorte, qu'il ne leur fust encore plustost permis de se marier que d'estre bruslées de concupiscence, ou de tomber en quelque vilainie. Tiercement,je dy que sainct Paul détermine un aage, lequel est communément hors du danger d'incontinence, défendant d'en recevoir qu'elles n'ayent soixante ans : mesmement quand il adjouste encore plus, que celles

qu'on reçoit nayent point esté mariées qu'mie fois, et (lue par ce moyen elles ayent desja donné une approbation de leur continence. Or nous ne reprouvons point le vœu de s'abstenir de mariage, ([ue pour ces deux causes : c'est que faussement on l'estime un service agréable a Dieu : item, qu'il se fait témérairement de ceux qui n'ont point la puissance de le garder.

19. Mais encore, de quoy appartient ce passage de sainct Paul aux Nonnains ? Car on eslisoit les vefves au service de l'Eglise, non pas pour resjouir Dieu de chansons ou de barbotemens non entendus, vivans le reste du temps en oisiveté : mais pour servir aux povres au nom de toute l'Eglise, et s'employer du tout à offices de charité. Elles ne vouoyent point de vi\Te hors Testât de mariage, pource qu'elles pensassent que ce fust un service plaisant à Dieu, que de s'abstenir de se marier, mais seulement pour estre plus à délivre à faire leur devoir à la charge qu'elles prenoyent. Finalement, elles ne faisoyent point un tel vœu ou en leur première jeunesse, ou estans encore en fleur d'aage, pour expérimenter puis après quand il eust esté trop tard, en quel abysme elles s'estoyent précipitées : mais quand il estoit vray-semblable qu'elles estoyent ja hors du danger d'incontinence, elles faisoyent le vœu de se contenir. Toutesfois, encore que je ne m'arreste point au reste, ce seul poinct suffira : c'est qu'il n'estoit point licite de recevoir une femme à faire vœu de continence devant Taage de soixante ans, puis que l'Apostre Tavoit défendu, commandant aux plus jeunes de se marier (1 Tim. 0, 9). Pourtant, ce qu'on est depuis venu à quarante huit ans, et après k quarante, et consequemment à trente, pour assigner un nouveau terme de faire un tel vœu, ne se peut nullement excuser. C'est donc une chose encore moins tolerable, que les povres fillettes, devant qu'elles ayent eu le loisir de se cognoistre, et devant qu'elles ayent expérimenté leur portée, non seulement sont induites par finesse et pratiques cauteleuses, mais aussi contreintes par force de se mettre au col ce malheureux lien. Quant est des autres deux vœuz que font les Moynes et Xonnains, assavoir de povreté et d'obéissance, je n'en feray plus long procès : je diray seulement ce mot, qu'outre ce qu'ils sont enveloppez avec beaucoup de superstitions, selon que les choses sont aujourdhuy disposées, il semble proprement advis qu'ils soyent faits pour se moquer de Dieu et des hommes. Mais afin qu'il ne semble que je soye trop rigoureux en espluchant par le menu toutes les parties, contentons-nous de la réfutation générale que j'ay mise cy dessus.

20. Je pense avoir suffisamment declairé quels sont les vœuz légitimes et agréables à Dieu : mais pource qu'il y a quelque fois des consciences craintives, lesquelles encore qu'un vœu

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