LIVRE IV
poiulre, d'autre part je leur dcmanrle, Ne sententils point une bonne partie de leur cœur estre desnuée et vuide de foy ? Ne cognoissent-ils point en eux tous les jours quelque nouveau accroissement de foy? Un Payen se «.dorifioit qu'il devenoit vieil en apprenant. Nous Chrestiens donc sommes plus que misérables, si nous vieillissons sans rien profiter, desquels la foy doit avoir ses aa^^es, par lesquels elle aille tousjours eu avant, jusques à ce qu'elle grandisse en homme p.'trfait (Ephes. 4, 13). Pourtant en ce lieu. Croire de tout son cœur, n'est pas estre parfaitement fiché à Jésus Christ : mais est seulement l'embrasser de bon courage, et de zèle non feinct : n'estr'e point comme soulé de luy, mais d'ardente alTection en avoir comme faim et soif, et souspirer après luy. C'est une manière tant et plus commune de parler de l'Escriture, qu'elle dit estre fait de tout le cœur, ce qu'elle veut signifier estre fait de bon courage et sans feintise. Tels sont ces passages : En tout mon CŒ'ur, je t'ay cherché. Item, je te loueray en tout mou cœur : et autres semblables (Ps. 119, 10; 111, 1; 138, 1). Comme au contraire, reprenant les hypocrites et trompeurs, elle a coustume de leur reprocher qu'ils ont cœur et cœur, c'est à dire le cunu' double (Ps. 12, .3). Ils adjoustent en après, que si la foy estoit augmentée par les Sacremens, le sainct Esprit anroit esté donné en vain, duquel l'œuvre et la vertu est de commencer, confermer et parfaire la foy. Je leur confesse que la foy est propre et entière œuvre du sainct Esprit, par lequel estans illuminez, nous recognoissons Dieu et les grans thresors de sa bénignité et sans la lumière duquel nostre esprit est tellement aveuglé, qu'il ne peut rien voir : tellement desprouveu de tout sentiment, qu'il ne peut rien flîiirer des choses spirituelles. Mais pour une grâce de Dieu qu'ils considèrent, nous en recognoissons trois. Car premièrement, nostre Seigneur nous enseigne et instruit par sa parolle. Secondement, il nous confirme par ses Sacremens. Tiercement, par la lumière de son sainct Esprit il esclaire nostre entendement, et donne entrée en nos cœurs et h. la Parolle et aux Sacremens, lesquels autrement battroyent seulement aux oreilles, et se presenteroyent aux yeux, mais ils ne penetreroyent et n'esmouveroyent point le dedans.
9. Pourtant je veux que les lecteurs soyent advertis que ce que j'attribue aux Sacremens l'office de confermer et augmenter la foy, n'est pas que j'estime qu'ils ayent une vertu perpétuelle de ce faire : mais pource qu'ils sont instituez de Dieu a ceste fin. Au reste, ils produisent lors leur efficace, quand le Maistre intérieur des âmes y adjouste sa vertu : par laquelle seule les cœurs sont percez, et les affections touchées pour y donner entrée aux Sacremens. Si cestuylà défaut, ils ne peuvent non plus apporter aux
esprits, que la lumière du soleil aux aveugles, ou une voix sonante à sourdes oreilles. Pourtant je mets ceste différence entre l'Esprit et les Sacremens, que je recognoy la vertu résider en l'Esprit, ne laissant rien davantage aux Sacremens, sinon qu'ils soyent instrumens dont le Seigneur use envers nous : et tels instrumens, qui seroyent inutiles et vains sans l'opération de l'Esprit : neantmoins qu'ils sont pleins d'efficace quand l'Esprit besoigne par dedans. Maintenant il est évident comment, selon mon opinion, la foy est par les Sacremens confermée : assavoir comme les yeux voyent par la lueur du soleil, et les oreilles oyent par le son de la voix. Certes la lumière ne feroit rien envers les yeux, sinon que la faculté de voir y fust pour la recevoir : ne la clameur aux oreilles, sinon que l'ouye leur fust donnée de nature. Or si c'est chose véritable (comme elle doit estre résolue entre nous) que l'opération du sainct Esprit pour engendrer, entretenir, conserver et establir la foy, est pareille à la veue de l'œil, et à l'ouye de l'oreille, l'un et l'autre s'ensuit tresbien. Que les Sacremens ne profitent de rien sans la vertu d'iceluy: et neantmoins que cela n'empesche rien, qu'aux cœurs ja par luy enseignez, la foy ne soit corroborée et augmentée par les Sacremens. Il y a seulement ceste différence, que nos yeux et oreilles ont naturellement la faculté de voir et ouyr : mais le sainct Esprit a ce mesme office en nos âmes d'une grâce spéciale outre le cours de nature.
10. Par laquelle raison sont aussi solues les objections qu'ont accoustumé aucuns de faire : c'est si nous attribuons l'accroissement ou confirmation de foy aux Créatures, qu'en cela nous faisons injure k FEsprit de Dieu, lequel seul il faut recognoistre autheur d'icelle. Car nous ne luy ravissons point en ce faisant, la louange qui luy appartient, veu que mesme ce qui est dit confermer et augmenter, n'est autre chose qu'appareiller par son illumination nostre esprit à recevoir la confirmation qui est proposée aux Sacremens. Et si cela est encore trop obscurément dit, il sera esclairci par ceste simihtude. Si on veut persuader quelcun à faire une chose, on méditera toutes les raisons par lesquelles il soit attiré à celle sentence, et quasi soit contraint d'obtempérer. Mais encores il n'y a rien de fait, si le personnage auquel on a affaire, n'est d'un jugement vif et aigu, pouvant comprendre quel poids il y a aux raisons qu'on luy amené : s'il n'est pareillement de nature docile, et enchn à obéir à bonne doctrine : si finalement il n'a conceu une telle opinion de la loyauté et prudence de celuy qui luy donne conseil, qu'elle luy forme un demy jugement pour recevoir ce qui luy sera baillé. Car il y a plusieurs dures testes qu'on ne pourra jamais fieschir par aucune raison. Quand la preudhommie est suspecte, ou l'authorité