‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 60 sur 703 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Carcomnient l'esprit humain restreindra-il à sa petit*^ capacité l'esstMice infinie de Dieu, veii qu'il n"a peu cncores deterniiner [lour certain quel est le corps du Soleil, lequel neantinoins on voit journellement ? mesines connnent parviendroitil de sa jtropre conduite a sonder l'essence de Dieu, veu ipi'il ne coj;noist poiiU la sienne propre ? i*arquoy laissons à Dieu le i)rivile^'e de se co- ;.'noistre : car c'est luy seul, connue dit sainct Hilaire, «pu est tesmoin idoine de soy, et lequel ne se cojrnoist que par soy. '" Or nous luy laisserons ce qui luy appartient, si nous le coml»renons tel (ju'il se declaire, et ne nous en(|uestons point de luy que par sa paroUe. Il y a cintj sermons de ('hrysostome traitans de cest ar;,niment. lesquels n'ont peu reprimer l'audace des Sophistes, qu'ils ne se soyent desl)ordez à babiller sans raison ne mesure : car ils ne se sont point icy portez plus rassis (pi'en tout le reste : et d'autant tjue Dieu a maudit leui' témérité, nous devons estre adveitis par leur exemple, pour bien estre résolus de ceste question, d'apporter i)lustost docilité (jue sulHilité : et ne mettons point en nostre cerveau de chercher Dieu, sinon en sa parolle. de penser de luy sinon estans fruidez par icelle, et n'en rien ilire qui n'en soit tiré et puisé. Que si la liistinction des personnes selon qu'elle est difficile à comprendre, tourmente quiMques uns de scrupules : qu'il leur souvienne que si noz pensées se laschent la bride à faire des discours de curiosité, elles entrent en un labyrinthe : et combien qu'ils ne comprennent pas la hautesse de ce mystère, qu'ils souffrent il'estre gouvernez par la saincte Kscriture.

2:2. De faire un lont: dénombrement des erreurs dont la pureté de nostre foy a esté jadis assaillie en cest article, il seroit trop long et fascheux sans ])rofit. Plusieurs des premiers hereti(jues se sont jettez aux champs pour anéantir la gloire de Dieu par des resveries si énormes, que ce leur estoit assez d'esbranler et troubler les povres idiots. D'un petit nombre d'aliusenrs .*;onl sorties plusieurs sectes, connue un menu fretin : lesquelles en partie ont tendu à dissiper l'essence de Dieu, en partie à mesler et confondre la liistinction des personnes. Or si nous tenons pour bien conclud ce que nous avons cy dessus monstre par l'Escriture, assavoir que Dieu est «l'une simple essence, et laquelle ne se peut diviser, combien iju'elle appartienne au Père et au Fils et au sainct Esprit : et derechef que le Père diffère jiar ipielque propriété d'avec le Fils, et le Fils d'avec le sainct Esprit : la porte sera fermée non seulement aux Arriens et Sabelliens, mais aussi à tous les phantastiques qui les ont précédez. Mais pource que de nostre temps queUpies phrenetiques se sont aussi levez, comme Serset et ses semblables, lestpiels ont tasché de tout envelopper par leurs

illusions : il sera expédient de descouvrir en bref leurs ftillaces. Le n(mi de Trinité a esté tant odieux à Servet, voire dctest^iblc, (pi'il ;i[ipelle gens sans Dieu tous ceux aus(piels il avoit inqiosé le nom de Trinitaires. .le laisse beaucoup de mots vilains, connue injures de h;u'engeres, dont ses livres sont farcis. La sonnne de ses resveries a esté, qu'on faisoit un Dieu de trois pièces, en disant qu'il y a trois personnes résidentes en Dieu : et (pie ceste trinité est imaginaire, d'autant (ju'elle contrarie à l'unité de Dieu, t-ependant il vouloit ipip les personnes fussent connue idées ou quehfues images extérieures : et non pas résidentes en l'essence de Dieu, mais pour le nous figurer en une sort(^ ou en l'autre. Il adjouste, «[u'au conuuencement il n'y avoit rien distinct en Dieu, pource (jue la Parolle estoit aussi l'Esprit : mais depuis que Jésus Christ est apparu. Dieu de Dieu, (jue de luy est découlé un autre Dieu, assavoir le sainct Esprit. Or combien qu'il farde quelque fois ses mensonges par allégories, comme en disant que la Parolle eteraelle de Dieu a esté l'esprit de Christ en Dieu, et rcluisance de son idée : item, que l'Esprit a esté une ombre de la deité : toutesfois puis après il abolit la deité tant du Fils que du sainct Esprit, disant (pie selon la mesure que Dieu dispense, il y a en l'un et en l'autre quelque portion de Dieu : comme le mesme Esprit estant sul)stantiellement en nous, est aussi une portion de Dieu, mesmes au bois et aux pierres. Quant à ce qu'il gergonne de la personne du Médiateur, nous le verrons en son lieu. Cependant ceste resverie si monstrueuse, que le mol de Personne n'emporte sinon un regard visible de la gloire de Dieu, n'a ja besoin de longue réfutation, (^ar puis que sainct .lean afferme que devant que le monde fust créé, desja la Parolle estoit Dieu, il la sef)are bien loin de toutes idées ou visions (Jean 1, l) : car si lors et de toute éternité ceste Parolle estoit Dieu, et avoit sa propre gloire et clarté avec le Pero (Jean 17, o), elle ne jtouvoit estre (juelque lueur se monstranl seulement par dehors, ou figurative : mais il s'ensuit nécessairement que c'estoit une vraye h\-])ostase résidente en Dieu. Or combien qu'il ne soit fait nulle mention de l'Esprit, sinon en la création du monde : toutesfois il est la introduit non pas comme une ombre, mais comme vertu essentielle de Dieu, quand Moyse recite que la masse confuse dont les éléments ont esté formez, estoit dés lors maintenue par luy en son estât (Cen. 1, 2). Il est donqucs alors api)aru ([ue l'Esprit avoit esté éternel en Dieu, d'autant qu'il a végété et conservé ceste matière confuse dont le ciel et la terre devoyent estre formez : voire devant que cest ordre tant beau et excellent y fust. Certes pour lors il ne pouvoit estre image ou représentation de Dieu, selon la resverie de Servet.

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