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CHAPITRE XIV

contemplible, on ne profile de rien, voire envers ceux qui sont aisez à mener : aucontraire, que toutes ces clioses soyent ensemliie conjoinctes, elles feront que le conseil ([u'on baille sera volontairement receu, lequel autrement eust esté mesprisé. L'opération du sainct Esprit est pareille en eux. Car afin que la Parolle ne batte point en vain les oreilles, ou (jue les Sacremens ne soyent point en vain présentez aux yeux, il doclaire que c'est Dieu ([ui parle là. et amolist la dureté de uoslre cœur, pour nous appi'ester à l'obéissance, laquelle est deue à sa parolle. Finalement, il transfère aux oreilles de l'esprit, tant les parolles ((ue les Sacremens. Il n'y a donc imlle doute que tant la Parolle que les Sacremens ne conferment nostre foy, en nous remonstrant à veue d'oMl la bonne volonté do nostre Pore céleste envers nous : on rintoUigenco de laquelle consiste la fermeté do nostre foy, et toute la force rei)ose. L'Esprit aussi conforme la foy, entant qu'il imprime on nostre cœur icelle confirmation pour luy donner efficace. Cependant le Père des clarlez n'est pas empesché qu'il ne puisse esclairer nos âmes par le moyen des Sacremens, connue il esclaire nos yeux corporels par les rayons du soleil.

il. Que ceste propriété soit en la parolle extérieure, le Seigneur Jésus le demonstre quand il l'appelle Semence. Car comme la semence, si elle tombe eu quelque endroit désert, et qui ne soit point labouré, se perd sans rien produire : aucontraire, si elle est jettée en un champ bien labouré, rapporte son fruict en abondance : ainsi la parolle de Dieu, si elle tombe en quelque dure cervelle et rebelle, demeure stérile, comme la semence jettée au gravier de la mer : mais si elle trouve une ame bien apprestée par l'opération du sainct Esprit, elle est féconde et fertile en fruit (Mattli. Li, 4 : Luc 8, lo). Or s'il y a si bonne similitude entre la semence et la Parolle : comme nous disons que le blé croist, procède et vient en perfection de la semence, pourquoy ne dirons-nous aussi bien que la foy prend son commencement, accroissement et perfection de la Parolle? Sainct Paul exprime tresbien l'un et l'autre en divers passages. Quand il réduit eu mémoire aux Corinthiens, en (pioUe efficace Dieu s'est servi de sa prédication, il se glorifie que son ministère a esté spirituel, comme si la vertu du sainct Esprit eust esté conjoincte avec sa prédication, pour leur illuminer les ontendemens et esmouvoir leurs cœurs (1 Cor. "2, 4). Mais en un autre passage, les voulant admonnester que c'est que vaut la parolle de Dieu, quand elle est preschée par un homme, il accompare les prescheurs a des laboureurs, lesquels après avoir travaillé et prins peine à cultiver la terre, ne peuvent faire autre chose. ( >r que seroit-ce d'avoir cultivé, semé et arrousé : ou que profiterait tout cela, si Dieu ne donnoit sa

vertu d'en haut ? Pourtant il conclud que celuy qui plante n'est rien, ne celuy qui arrouse : mais (pi'il faut tout attribuer à Dieu, qui donne l'accroissement (i Cor. 3, G). Les Aposlrcs donc preschent avec efficace du sainct Esprit, entant que Dieu s'en sert comme d'instrumens. Mais il faut tousjours tenir ceste distnu'tion : c'est (pi'il nous souvienne ipie c'est (juo l'honnuo peut de soy, et ce qui est propre à Dieu.

12. Or il est si vray que les Sacronu^ns sont conlirmalion do nostre foy,(iu'aucuno fois Dieu, (piand il veut oster la fiance des choses qui estoyont promises aux Sacremens, oste mesmes les Sacremens. Quand il dospouille et rejette Adam du don d'immortalité, il dit, Qu'Adam ne recueille point du fruit de vie, afin qu'il ne vive éternellement (Gen. 3, "li). Qu'est-ce que nous oyons ? Ce fruit pouvoit-il l'ondre et restituer à Adam l'incorruption, de laquelle il estoit desja decheut ? Nenny : mais cela est autant comme s'il eust dit. Le signe de ma promesse qui luy peut faire quelque espérance d'immortalité, luy soit osté, afin qu'il ne prenne plus vaine confiance. Par une mesme raison aussi l'Apostre, (juand il exhortoit les Ephesieus qu'ils eussent souvenance d'avoir esté estrangers des promesses, esloignez de la compagnie d'Israël, sans Dieu, sans Christ, il dit qu'ils n'ont point esté participans de la Circoncision (Ephes. 2, 11. 12). En quoy il signifie qu'ils estoyent exclus de la promesse, puis qu'ils n'en avoyent point eu le mereau. Ils font une autre objection : que la gloire de Dieu est transférée aux créatures, ausquelles on attribue tant de veriu : et qu'ainsi elle est d'autant diminuée. Il est facile d'y respondre. Que nous ne mettons point aucune vertu aux créatures, mais seulement disons que Dieu use de tels moyens et instrumens qu'il voit luy-mesme estre convenables : afin que toutes choses servent à sa gloire, puis qu'il est de toutes choses Seigneur et Maistre. Comme donc il nourrist nos corps de pain et autres viandes, comme il esclaire le monde par le soleil, comme il l'eschauffe par le feu, et neantmoins ne le pain, ne le soleil, ne le feu ne font rien, sinon entîint que sous tels moyens il nous eslargist ses bénédictions : ainsi pareillement il repait et nourrit spirituellement la foy par les Sacremens, lesquels n'ont autre office que de nous représenter les promesses d'iceluy devant nos yeux, et mesme nous en estre gage. Et comme nous ne devons mettre aucune fiance aux a,utres créatures, lesquelles j)ar la bonne volonté de Dieu sont destinées à nos usages, et par le service des([uelles il nous eslargist les dons de sa bonté, et ne les devons avoir en admiration ne glorifier comme causes de nostre bien : ainsi nostre confiance ne se doit arrester aux Sacremens, et la gloire de Dieu ne leur doit point estre transférée : mais en délaissant et nous destournant de

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