‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 592 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

toutes choses, et nostre foy et nostre confession doyvent s'eslever et s'adresser à celuy qui est autlieur et des Sacremens et de tous autres biens.

13. Et ce que finalement du nuni mesmes de Sacrement ils cherchent couverture à leur erreur, c'est une raison trop débile. Car ils disent que combien que Sacrement es autheurs Latins ait beaucoup de significations, loutesfois il n'en a qu'une qui soit convenante, ne qui api)articnne aux signes : c'estassavoir qu'il signifie le solennel jurement que le gendarme fait à son Prince ou Capitaine, quand il est enroUé et receu en bande. Car comme par ce jurement les nouveaux gendarmes obligent leur foy à leur Prince ou Capitaine, et se promettent à luy, s'advouans estre de sa gendarmerie : ainsi nous aussi par nos signes confessons Jésus Christ estre nostre Capitaine, ettestifions que nous guerroyons sous son enseigne. Ils adjoustent des similitudes pour rendre leur dire plus clair et plus évident. Comme en la guerre on recognoist les François et les Anglois les uns des autres, parce que les François portent la croix blanche, et les Anglois la croix rouge : comme aussi les Romains estoyent discernez des Grecs par diversité d'accoustremens : et davantage, comme les estais de Rome estoyent distinguez l'un de l'autre par leurs propres signes, c'est assavoir les Sénateurs des Chevaliers par les habits de pourpre et les souliers rons, et d'autrepart, les Chevaliers du populaire par un anneau : ainsi nous avons noz signes par lesquels nous sommes distinguez et discernez des infidèles et estrangiers de nostre religion. Mais il appert par ce qui a esté dit, que les Anciens, qui ont donné le nom de Sacrement a nos signes, n'ont point regardé en quelle signification les escrivains Latins avoyent usé de ceste diction : ains pour leur commodité luy ont attribué ceste nouvelle, par laquelle simplement ils ont voulu designer les signes sacrez. Et si nous le voulons subtiliser plus haut, il est à penser qu'ils ont transféré ce nom à ceste signification, par mesme raison et similitude qu'ils ont fait le nom de foy à celle signification en laquelle maintenant nous en usons. Car combien que foy proprement signifie la vérité qu'on a à tenir sa promesse, toutesfois ils l'ont prinse pour signifier la certitude ou certaine persuasion qu'on a de celle vérité. En ceste manière, combien que Sacrement soit le jurement par lequel le gendarme se promet et s'oblige à son Capitaine, ils l'ont prins pour signifier le signe dont le Capitaine use pour recevoir ses gendarmes en sa bende et solde. Car le Seigneur par ses Sacremens nous promet qu'il sera nostre Dieu, et que nous luy serons son peuple. Mais nous délaissons telles subtilitez, puis que par bien clairs argumens je pense avoir monstre que les Anciens n'ont eu autre esgard en appellant nos si-

gnes, Sacremens, que de signifier que ce sont signes de choses sainctes et spirituelles^ Nous recevons bien les similitudes qu'ils proposent, estans tirées des marques ou livrées des gendarmes : mais nous n'endurons point que ce qui est le moindre es Sacremens, soit par eux constitué en premier lieu, et mesme qu'ils n'y recognoissent autre chose. Or ce.ste »»nsideration doit estre principale aux Sacremens, qu'ils sont pour servir à nostre foy envers Dieu : la seconde,, qu'ils sont pour tesmoigner nostre confession envers les hommes. Et selon ceste dernière raison sont bonnes et bien convenantes lesdites similitudes, moyennant que le premier nous demeure : car autrement les Sacremens n'auroyent gueres de vigueur, s'ils ne servoyent à soustenir nostre foy, et qu'ils ne fussent accessoires de la doctrine.

14. D'autrepart, il nous faut estre advertisque comme ceux-ci destruisent l'efficace des Sacremens, et en abolissent l'usage : aussi il y en a aucontraire qui attribuent aux Sacremens quel- (pies je ne say (juelles vertus secrettes, qu'on ne lit point jamais leur avoir esté dannées de Dieu. Par lequel erreur sont deceus et trompez i les simples et ignorans, d'autant qu'ils s'accous- ' tument de chercher les dons et grâces de Dieu où elles ne se peuvent nullement trouver, et sont peu à peu destournez ei retirez de luy, pour suyvre pures vanitez au lieu de la vérité d'iceluy. Car les escoles des Sophistes d'un commun consentement ont déterminé que les Sacremens de la nouvelle Loy, c'est à dire ceux desquels l'Eglise Chrestienne use maintenant, justifient et confèrent grâce, si nous n'y mettons object ou empeschement de péché mortel. On ne pourroit assez declairer combien est pernicieuse ceste opinion : et ce d'autant plus que par si longues années au grand détriment de l'Eglise elle a esté receue, et dure encore en une bien grande partie du monde. Certes elle est pleinement diabolique. Car d'autant qu'elle promet justice sans la foy, elle envoyé et dejette les consciences en confusion et damnation. Davantage, faisant le Sacrement comme cause de justice, elle lie et enveloppe les entendemens humains en ceste superstition, qu'ils se reposent plustost en une chose corporelle qu'en Dieu : veu qu'ils sont naturellement trop plus enclins en la terre qu'il ne faudroit. Desquels deux vices il seroit à désirer que nous n'eussions pas si grande expérience : tant s'en faut qu'il y ait mestier de grande probation. Et qu'est-ce que Sacrement prins sans foy, sinon la ruyne de l'Eglise? Car puis qu'il n'en faut rien attendre sinon en vertu de la promesse, laquelle ne dénonce pas moins l'ire de Dieu aux incrédules, qu'elle présente sa grâce aux fidèles, celuy qui pense recevoir des Sacremens autre bien que celuy qu'il accepte par foy, comme il luy est présenté de la parolle,

Page 1