‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 593 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

s'abuso grantlemont. Dont aussi se peut infcror le reste, que la fiance de salut ne dépend point de la participation des Sacremens, comme si la justice y estoit colloquée, laquelle nous savons estre située en Jésus (Ihrist seul, et ne nous estre pas moins communiquée par la prédication de l'Evangile que par la testilication des Sacre-

Imens, sans laquelle elle peut entièrement consister. Tellement est verit^ible ce que dit sainct Augustin, que le signe visible souvent apparoist sans la sanctification invisible : et derechef, la sanctification sans le signe visible ^^\ Car comme luy-mesme dit en un autre lieu, les bommes reçoyvent aucune fois Jésus Christ jusques à la seule réception des Sacremens, aucune fois jusques à la sanctification dévie '°^ Le premier de ces deux est conuuun aux bons

»et aux mauvais : le second est propre et particulier seulement aux fidèles.

13. A quoy se rapporte la distinction que met aussi le mesme Docteur entre Sacrement et la chose, moyennant qu'on l'entende bien. Car il ne signifie pas seulement que la figure et la vérité sont comprinses au Sacrement, mais qu'elles ne sont pas tellement liées ensemble, que l'une ne puisse estre sans l'autre. Et mesmes quand elles sont conjointes, qu'il faut tellement discerner la chose du signe, qu'on ne transfère point à l'un ce qui est propre à l'autre. Touchant de la séparation, il en parle, quand il dit que les Sacremens n'ont leur offect sinon aux esleus ^*^ Item en un autre jjassage parlant des Juifs : Combien, dit-il, que les Sacremens fussent communs À tous, la grâce toutesfoisn'estoitpas commune, laquelle est la vertu des Sacremens. Ainsi maintenant le Sacrement de régénération est commun à tous : mais la grâce par laquelle nous sommes faits membres de Christ pour estre régénérez, n'est pas commune a tous ^^*. Item parlant de la Gène du Seigneur, Nous avons bien aujourdhuy receu tous la viande visible : mais c'est autre chose du Sacrement, et autre chose de la vertu d'iceluy. Dont vient cela, que plusieurs viennent à l'autel, et prennent à leur condamnation ce qu'ils reçoyvent ? Car le morseau de pain que donna nostre Seigneur a Judas, luy fut poison: non pas qu'il fust mauvais, mais d'autant que l'homme qui le prenoit estans mauvais, le prenoit mal. Un peu après, Le Sacrement de cecy, c'est à dire de l'unité spirituelle que nous avons avec Christ, nous est présenté à la table du Seigneur aux uns à vie, aux autres k mort : mais la chose dont il est figure, est à vie à tous, et ne peutestre à mort. Or il avoit dit un peu auparavant, Celuy qui en aura mangé ne mourra point : mais j'enten celuy qui aura la vérité du Sacrement, et non pas le Sacrement visible : qui l'aura mangé au dedans, et non pas dehors : riui l'aura mangé du cœur, cl non point masché des dents ^°^. Nous

voyons en tous ces passages, comme il testifie que la vérité du Sacrement est tellement séparée de la figure par l'indignité de ceux qui le reçoyvent mal, qu'il n'y demeure que la figure vuide et inutile. Celuy donc qui veut avoir le signe avec la chose, et non pas vuide de sa vérité, doit appréhender par foy la parolle qui est là enclose. Et ainsi, d'autant que l'homme profitera par les Sacremens en la communication de Christ, il recevra autant de profit d'iceux.

1(3. Si cela est obscur à cause de la brièveté, je le declaireray plus au long. Je dy que Jésus Christ est la matière ou la substance de tous les Sacremens, d'autant que tous ont en luy fermeté, et ne promettent rien hors' luy. Et d'autant moins est supportable l'erreur du m.aistre des Sentences, lequel nommément les tient pour cause de Justice et salut '**. Comme ainsi soit qu'ils ne tendent sinon k exclurre toutes causes que se forge l'entendement humain, pour nous retenir en Jésus Christ. D'autant donc que nous sommes aidez par iceux, soit pour nourrir, confermer et augmenter en nous la cognoissance de Jésus Christ, soit pour le nous faire posséder plus pleinement et jouyr de ses biens, autant ont-ils d'efficace envers nous, et non plus. Cela se fait quand nous recevons en vraye foy ce qui nous y est offert. Quelcun demandera. Comment donc les meschans peuvent-ils faire par leur ingratitude, (jue l'ordonnance de Dieu soit vaine, et qu'elle perde sa vertu ? Je respon que je n'enten [)as ce que j'ay dit, comme si la force et la vérité du Sacrement dependoit de la condition ou nature de celuy qui les reçoit : car ce que Dieu a institué une fois demeure ferme, et retient tousjours sa propriété, comment que ce soit que les hommes varient. Mais d'autant que c'est autre chose d'offrir que de recevoir, il n'y a nul inconvénient qu'un Sacrement de nostre Seigneur ne soit vrayement ce qu'il est dit et recité estre, et qu'il ne retienne sa vertu, et toutesfois qu'un homme meschant n'en sente nulle utilité. Mais sainct Augustin soud tresbien ceste question en peu de parolles : Si tu le reçois, dit-il, charnellement, il ne laisse point d'estre spirituel, mais ce n'est pas à toy '". Or comme ce sainct Docteur a monstre au passage que nous avons allégué, ([ue le Sacrement n'est rien (juand il est séparé de sa vérité : aussi il admonneste autre part qu'en conjoignant l'un avec l'autre, il nous faut bien adviser de ne nous point amuser par trop au signe externe : Comme, dit-il, c'est un vice d'infirmité servile, de suyvre la lettre, et prendre les signes au lieu des choses : aussi c'est un erreur, de prendre les signes en sorte qu'il n'en revienne nulle utilité '^^ 11 met deux vices desquels il nous faut garder : l'un est, quand nous prenons les signes comme s'ils avoyent

Page 1