‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 595 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

gnes et seaux de ses promesses. Et certes auparavant l'arbre estoit arbre, et l'arc estoit arc, mais après (pi'ils ont esté manjuez parla par^Ue de Dieu, il leur a esté baillé nouvelle forme pour commencer d'estre ce que devant ils n'estoye.nt pas. Et afin que quelcun n'estime pascecy estre dit en vain, l'arc nicsme nous est encore aiijourdbuy tesmoinji: de celle promesse et convenance que Dieu accorda avec Xoé : et toutes fois et quantes (|ue nous le rej^^ardons, nous coguoissons en luy celle promesse de Dieu, que la terre jamais ne sera perdue par déluge. Farquoy si quelque Philosophe volant, pour se moccpierde la sinq)licité de nostre foy, dit que celle variété de couleurs que fait l'are, provient naturellement de la réverbération des rais du soleil et de la nuée opposite, nous aurons à luy confesser : mais nous pourrons reprendre son ignorance en ce, qu'il ne recognoist point Dieu estre le Seigneur de nature, qui selon sa volonté use de tous elemens pour s'en servir a sa gloire. Et si au soleil, aux estoilles, à la terre, aux pierres il eust engravé et donné telles marques et enseignes, tout cela nous seroil Sacremens. Car pour (pielle cause ne sont d'un mesme prix et valeur l'argent en masse, et celuy (jui est marqué et monnoyé, puis que c'est du tout un mesme metail ? c'est pource que le premier n'a rien outre sa nature : et l'autre, qui est frappé du coing publi(iue, est fait argent monnoyé, et reçoit nouvelle taxe de valeur. Et Dieu ne pourra-il point par sa paroUe signer et marquer ses créatures, afin qu'elles soyent faites Sacremens. où elles n'estoyent rien auparavant que nuds et purs elemens? Les exemples de la seconde manière ont esté, comme quand il a donné la vision à Abraham d'une lampe ardente au milieu d'un four embrasé avec fumée espesse (Gen. 15, 17), etriuand il arrousa la peau sans que la terre sentist quelque rousée : et quand au contraire il arrousa la terre, la peau demeurant seiche, pour promettre la victoire à (iedeon (Juges 6, 37) : et quand il recula de dix lignes l'horologe, pour promettre santé à Ezechias (i Hois ^0, 9; Is. :i8, 7. S). Puis que ces choses estoyent faites pour soustenir, conforter et confirmer l'imbécillité de la foy de ceux-là, eUes leur estoyent aussi Sacremens.

19. Mais ce qu'avons proposé pour le présent, est de traiter spécialement des Sacremens, lesquels nostre Seigneur a constituez etvoulu estre onlinaires en son Eglise, pour nourrir et entretenir les siens en une foy, et en la confession d'icelle. Car comme dit sainct Augustin, les hommes ne se peuvent unir en quelque religion que ce soit, ou vraye ou fausse, sinon par le moyen de quelques Sacremens i®". Dieu donc voyant dés le commencement ceste nécessité, avoit ordonné à ses serviteurs certaines cérémonies, pour estre exercices de leur religion, lesquelles Satan a depuis dépravées et corrompues

en plusieurs sortes, les transférant à des superstitions meschantes. De là sont venues toutes les façons de faire des Payens, dont ils ont usé en leur idolâtrie. Or cond)ien qu'il n'y eust qu'erreur et pollution, toutesfois ils nous sont tesmoignages que les honunes ne se peuvent passer de signes externes, quand ils veulent protester d'avoir ([uelque religion. Or tous les signes (lu'ont ou les Payens, d'autant qu'ils n'estoyent point fondez eu la paroUe de Dieu, et ne se rapportoyent point à la vérité, laquelle est le but de tous Sacremens, ne sont point dignes de venir en conte, ne qu'on en face mention aucune, quand il est question des Sacremens que nostre Seigneur a ordonnez, et qui sont demeurez en leur pureté, n'estans point retirez du vray fondement, pour estre aides de pieté et religion. Oi iceux consistent non seulement en signes, mais en cérémonies : ou si quelcun aime mieux ainsi dire. Les signes ({ui y sont donnez, sont cérémonies. Or comme il a esté dit cy dessus, qu'ils nous sont donnez de Dieu pour tesmoignages de sa grâce en nostre salut : aussi d'autre costé ce sont enseignes de nostre profession, par les(iaelles nous nous advouons publiquement à Dieu, luy obligeans nostre foy. Pourtant Chrysostome parle tresbien, en les appellant Factions, par lesqueUes la cedule de nostre dette est effacée : et d'autrepart. Obligez, par lesquels nous nous rendons detteurs de vivre purement et sainctement, pource qu'il y a stipulation mutuelle interposée entre Dieu et nous. Car comme nostre Seigneur remet en iceux toute la dette, de laquelle nous sommes chargez pour les fautes et offenses par nous commises, et nous reconcilie à soy en son Fils unique: aussi mutuellement nous nous obligeons à luy de le servir en saincteté et innocence de vie. Tellement qu'on peut définir tels Sacremens estre cérémonies, par lesqueUes le Seigneur veut exercer son peuple: premièrement a entretenir, exerciter et confermer la foy au dedans du cœur : en après, pour testifier la religion devant les homems.

20. Ces Sacremens mesmes aussi ont esté divers, selon la dispensation du temps, par laquelle il a pieu au Seigneur se révéler et manifester aux hommes en diverses manières. Car à Abraham et a sa postérité la Circoncision fut commandée, à laquelle après par la Loy Mosaïque furent adjoustez les ablutions et sacrifices et autres figures fGen. 17, 10; Levit. 1, 2). Ç'ont esté les sacremens des Juifs jusques a l'avenement de nostre Seigneur Jésus Christ : auquel ceux-là ont esté aboliz, et deux autres instituez, desquels l'Eglise Chrestienne use maintenant : c'est à savoir, le Baptesme et la Cène du Seigneur (Matth. 28. 19: 26, 26). Je parle des Sacremens donnez pour l'usage commun de toute l'Eglise : car touchant de l'Imposition des mains, par laquelle les Ministres ou Pasteurs sont

receuz en leur office, comme je permets bien volontiers qu'on la nomme Sacrement : aussi je ne la tien point entre les Sacremens ordinaires qui sont donnez pour tous. Touchant des autres qui ont esté tenuz communément, il en sera traité cy après. Combien que les anciens Sacremens des Juifs ayent tendu à une mesnie fin et à un mesme but que font aussi maintenant les deux nostres : c'est à dire, d'envoyer et conduire à Jésus Christ : ou plustost comme ima- ^es, de le présenter et donner a cognoistre. Car puis que (comme nous avons desja devant monstre) les Sacremens sont comme seaux, desquels les promesses de Dieu sont scellées, et (lu'il est certain que nulle promesse de Dieu n'a esté faite aux hommes, sinon en Jésus Christ (2 Cor. 1, 20) : il faut nécessairement que les Sacremens, pom' nous enseigner et admonester des promesses de Dieu, nous monstrent Jésus Christ. Ce qui a esté signifié par le patron du tabernacle et de tous ses oruemeus, qui fut monstre h Moyse en la montagne (Ex. 25, 40). Il y a seulement une dilTerence entre ces Sacremens anciens et nouveaux : c'est que ceux-là ont préfiguré le Christ promis, quand encore on l'attendoit à venir : et les nostres nouveaux tesmoigneut et enseignent qu'il a desja esté donné et exhibé.

21. Quand toutes ces choses auront esté declairées chacune à part, elles en seront beaucoirp plus clairement entendues. Premièrement, la Circoncision estoit aux Juifs un signe, pour les admonnester que tout ce qui provient de la semence d'homme, c'est à dire toute la nature de l'homme, est corTompue : et qu'elle a besoin d'estre circoncise et taillée. Davantage, elle leur estoit une certification et souvenance pour les confirmer en la promesse faite à Abr'aham, de la semence bénite : en laquelle devoyenl estre bénites toutes les nations de la terre, et de laqueUe ils devoyent aussi attendre leur bénédiction (Gen. 22, 18). Or ceste semence salutaire, ainsi que nous enseigne sainct Paul, estoit Jésus Christ (Gai. 3, 16) : auquel seul ils esperoyent recouvrer .ce qu'ils avoyent perdu en Adam. Parquoy la Circoncision leur estoit ce que sainct Paul dit qu'elle avoit esté à Abraham, c'est à dii'e un seel de la justice de foy (Rom. 4, M), par lequel ils fussent de plus en plus confirmez que leur foy, en laquelle ils attend oyent ceste semence bénite, leur estoit et seroit tousjour's imputée de Dieu à justice. Mais nous poursuyvrons en un autre passage plus proprement la comparaison de la Circoncision et du Baptesme. Les ablutions et purifications leur demonstroyent leur immondicité, leur ordure, leur pollution, par laquelle ils estoyent en leur nature souillez, maculez et infects, et aussi leur pr'omettoyent un autre lavement, par lequel ils seroyent purifiez et nettoyez de leurs macules et

infections: et ce lavement estoit Jésus Christ: par le sang duquel nous sommes purgez et mondifiez, par les playes duquel nous sommes gucriz, tellement (jue uoz souilleures sont cachées, afin que nous apportions une vraye pureté devant Dieu (Hebr. 9, 1. 14; 1 Jean 1, 7; A|)oc. i, 6 ; 1 Pierre 2, 24). Les sacrifices les argiroyent et conveinquoyent de leurs péchez, et iniquité, et ensemble leur enseignoyent qu'il lerrr estoit nécessaire (jue quelque satisfaction en fust faite à la justice de Dieu : et que pource il seroit un grand Prestre et Evesque, Médiateur entre Dieu et les hommes, lequel contenter'oit icelle justice de Dieu par effusion de sang et immolation d'un sacrifice lequel seroit acceptable pour la remission des péchez. Ce grand Prestre a esté Jésus Christ, l'eiïusion a esté de son sang, luy mesmes a esté le sacrifice (Hebr 4, 14; o, 5; 9, 11). Car il s'est offert au Père, obéissant jusques à la mort : par laquelle obéissance il a aboly la désobéissance de l'homme (Phil. 2, 8 ; Rom. 5, 19), qui avoit provoqué et irrité l'indignation de Dieu.

22. Quarrt à iroz deux Sacremens, ils nous pi-esentent d'autant plus clairement Jésus Christ, qu'il a esté manifesté de plus près aux hommes, depuis que vrayement il a esté donné et révélé tel qu'il avoit esté promis du Père. Car le Baptesme nous rend tesmoignage que nous sommes purgez et lavez : et la Cène de l'Eucharistie, que nous sommes rachetez. En l'eau nous est figurée ablution : au sang, satisfaction. Ces deux choses sont trouvées en Jésus Christ : lequel, comme dit sainct Jean, est venu en eau et en sang (1 Jean 5, 6), c'est à dire, pour purger et racheter. De ce est tesmoin l'Esprit de Dieu : ou plustost trois en sont tesmoins ensemble, L'eau, le sang et l'Esprit. En l'eau et au sang nous avons le tesmoignage de nostre purgation et rédemption : et le sainct Esprit, qui est principal tesiuoin, nous approuve certainement ce tesmoigrrage, nous le fait croire, entendre et recognoistre ; car autrement ne le pourrions comprendre. Ce haut mystère nous a bien esté monstr'é, quand du sacré costé de Jésus Christ pendant en la croix, est sailly sang et eau (Jean 19,34). Lequel costé cà ceste cause sainct Augus- Un a tresbien dit estre la source et fontaine dont sont issuz noz Sacr'emens, ^"^ desquels ils nous faut encores un peu plus amplement traiter. Davantage-, il n'y a nulle doute, si on compare un temps avec l'autre, que la grâce du sainct Esprit ne se monstre icy plus amplement. Car cela est bien convenable pour magnifier la gloire du rogne de Christ : comme il appert de plusieurs passages, et sur tout du septième chapitre de sainct Jean. Il faut prendre en ce sens le dire de sainct Paul, qu'il n'y a eu qu'ombres sous la Loy, et que le corps est en Christ (Col. 2, 17). Car son intention n'est pas d'anéantir l'effect des

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