‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 597 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

plustost de la façon de signifier. Car jusques à ce que Christ a esté révélé en chair, les Sacremens du vieil Testament l'ont liijiné comme absent : combien qu'il ne laissast point de faire sentir eu iceux la présence de sa grâce et de soy-mesmes à ses fidèles. Mais le principal (]ui est à noter, c'est que sainct Paul ne parle pas simplement de la chose, mais à esgard à ceux contre lesquels il dispute. Pource donc qu'il combatoit contre les faux Apostres, qui constituoyent la (^lircstienté aux seules cérémonies, sans avoir esgard à Christ, il suffisoit pour les réfuter, de déduire que c'est que vallent les cérémonies par soy. C'est aussi le but (]u'a regardé l'autheur de l'Epistre aux Hebrieux. Qu'il nous souvienne donc qu'il n'est point icy question des cérémonies prises en leur signification vraye et naturelle, mais destournees en une fausse interprétation et perverse : que la dispute n'est point de l'usage légitime d'icelles. mais de l'abus de la superstition. Ce n'est pas donc de merveille, si les cérémonies estans ainsi séparées de Christ, sont despouillées de toute vertu : car tous les signes sont réduits à néant, quand la chose signifiée en est ostée. En ceste manière .Jésus Christ ayant atî'aire avec ceux qui n'estimoyent autre chose de la Manne, sinon (jue ç'avoit esté une viande pour repaistre le ventre, accommode et conforme sa parolle à leur rudesse, disant qu'il leur donnera une meilleure viande pour les nourrir en l'espérance d'immortalité (Jean G, 27). Si quelcun veut avoir la solution plus clairement, voicy où revient la somme : Pour le premier, toutes les cérémonies qui ont esté en la Loy de Mo\ se, ne sont que fumée et vanité, si ou ne les rapporte h Christ. Secondement, que Christ en a tellement esté le but et la fin, que quand il a esté révélé en chair, elles ont dcu cesser et estre cachées. Finalement, qu'il falloit qu'elles fussent abolies à l'advenement de Christ : tout ainsi que l'ombre s'esvanouist quand la plaine clairté du soleil domine. Toutesfois pource quejedilîere à tenir plus long propos tie ceste matière au lieu où j'ay délibéré de coiuparcr le Baptcsme avec la Circoncision, je la touche maintenant plus brièvement..

26. Possible est que ce que ces povres Sophistes sont toml)ez en cest erreur, est qu'ils ont esté trompez et abusez par les excessives louanges des Sacremens, qu'on lit es anciens Docteurs : comme est ce que dit sainct Augustin, que les Sacremens de la vieille Loy promettoyent seulement salut : mais que les nostres le donnent*®"-. Or n'appercevans point que telles manières de parler estoyent hyperboliques, c'est à dire excessives, ils ont aussi de leur part semé et divulgué leurs conclusions hyperboliques : mais ce du tout en autre sens que les Anciens ne favoyent i)iins en leurs escrits. Car eu ce lieu-lcà sainct Augustin n'a pas voulu dire autre

chose, que ce que luy-mesme en un autre pasgjjggiGs escrit : c'est assavoir, les sacremens de la Loy Mosaïque avoir preannoncé Jésus Christ, et les nostres annoncé. Item contre Faustus Manichéen**'*, qu'iceux contenoyent promesses des choses à venir, ceux-cy sont enseignes des choses acconq)lies^''-', comme s'il disoit que ceux-là ont figuré Jésus Christ quand encores on l'attendoit advenir: mais que les nostres le monstrent présent, après qu'il est desja venu et nous a esté donné "■"^. Or il parle de la façon de signifier, comme on le peut cognoistre par un autre lieu, (|uand il dit, La Loy et les Prophètes ont eu des Sacremens pour dénoncer au paravant ce qui estoit à venir : noz Sacremens annoncent, que ce qui estoit lors promis est advenu *®^ Touchant de l'efficace et de la vérité, il demonstre bien en plusieurs passages ce qu'il en a senty : comme quand il dit, les Sacremens des Juifs en signes avoir esté divers : mais en la chose qui est signifiée, avoir esté pareils : divers en visible apparence, pareils et uns en vertu et efficace .spirituelle. Item, Nostre foy et celle des Pères est une en signes divers, voire en signes divers comme en paroUes diverses: car les mots changent leurs sons selon la diversité des temps : et les parolles n'ont autre etfect que les signes. Les Pères donc anciens ont beu un mesme breuvage spirituel que nous, combien que leur breuvage corporel fust autre. Ainsi les signes ont esté changez, sans le changement de foy. La pierre leur estoit adonc Jésus Christ : et ce qui nous est présenté à l'autel, c'est Jésus Christ. Ce leur a esté un grand mystère que l'eau qu'ils ont beu, venant de la pierre : les fidèles savent ce que nous beuvons. Si on regarde l'apparence visible, il y a difïerence: si on regarde la signification intérieure, c'est tout un. Item, Nostre viande et nostre breuvage est un avec celuy des Pères anciens, quant au mystère : c'est à dire, quant à ce qui est signifié, non pas quant au signe apparent. Car c'est un mesme Jésus Christ qui leur a esté figuré en la pierre, et qui nous a esté manifesté en chair'*'^ Jusques icy j'ay recité les tesmoignages de sainct Augustin. Au reste, je confesse bien qu'il y quelque différence quant à ce poinct, entre les Sacremens anciens et les nostres. Car comme ainsi soit que tant les uns que les autres testifient que l'amour paternel de Uieu nous est offert en Christ, avec les grâces du sainct Esprit: les nostres en rendent un tesmoignage plus clair et évident. Semblablement Jésus Christ s'est bien communiqué aux Pères par les signes anciens, mais il se communique plus pleinement à nous par ceux qu'il nous donne, selon que le requiert la nature du nouveau Testament, au prix du vieil. Et c'est ce que le mesme Docteur a voulu dire, lequel j'allègue volontiers entre les autres, comme le plus fidèle

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