‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 599 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Du Baptesme.

1. Le Baptesme est la marque de nostre Cbrestienté, et le signe par lequel nous sommes receuz en la compagnie de l'Eglise, afin ([u'estans incorporez en Christ, nous soyons reputez du nombre des enfans de Dieu. Or il nous a esté donné do Dieu, preiiiiorement pom" servir à nostre foy envers luy : secondement, pour servir à nostre confession envers les liomines : ce quej'ay desja dit estre commun à tous Sacremens. Nous traiterons par ordre ces deux Ans et causes de son institution. Ouant à la première, le Baptesme apporte trois choses à nostre foy, lesquelles aussi il nous faut voir chacune à part. Premièrement, il nous est proposé de Dieu pour nous estre signe et enseigne de nostre purgation : ou pour ie mieux expliquer, il nous est envoyé de luy comiue une lettre patente signée et seellée, par laquelle il nous mande, conforme et asseure que tous noz pochez nous sont tellement remiz, couverts, aboliz et etïacez, qu'ils ne viendront jamais à estre regardez de luy, ne seront jamais remis en sa souvenance, et ne nous seront jamais de lui imputez, (^ar il veut ([ue tous ceux qui auront creu soyent baptisez en la remission de leurs péchez. Parquoy ceux qui ont osé escrire que le Baptesme n'est autre chose qu'une marque et enseigne, par la(|uellc nous protestons devant les hommes nostre religion, ainsi qu'un homme d'armes porte la livrée de son Prince, pour s'advouor de luy, n'ont pas considéré ce qui est le principal au Baptesme, c'est que nous le devons prendre avec ceste promesse, que tous ceux qui auront creu et seront baptisez, auront salut (Marc 16, 16).

± Il faut entendre en ce sens ce qui a esté escrit de sainct Paul : que l'Eglise a esté sanctifiée et mondiliée par son Espoux Jésus Christ, par le Baptesme d'eau, en la parolle de \ie (Ephes. 5, 26). Et en un autre lieu, que selon sa miséricorde

nous avons esté sauvez par le lavement de régénération et rénovation du sainct Esprit (Tite 3, 5). Et ce aussi qui a esté escrit par sainct Pierre, que le Baptesme nous sauve (1 Pierre 3, 21). Car sainct Paul n'a pas voulu signifier nostre ablution et nostre salut estre parfait par le moyen de l'eau, ou l'eau contenir la vertu pour purger, régénérer ou ronouvellor : ne sainct Pierre aussi n'a pas voulu dire que l'eau soit la cause de nostre salut. Mais seulement ils ont voulu signifier, qu'on reçoit en ce Sacrement asscurance de telles grâces : ce qui est assez évidemment expliqué par leurs paroli(>s mesmes. Car sainct Paul conjoinct ensemble la parolle de vie, qui est l'Evangile, et le Baptesme de l'eau : comme s'il disoit, par l'Evangile nostre ablution et nostre sanctification nous estre annoncée : et par le Baptesme ce message estre signé et scellé. Et sainct Pierre après avoir dit que le Baptesme nous sauve, adjouste incontinent, ce Baptesme n'estre pas le nettoyement des ordures du corps, mais estre bonne conscience envers Dieu, laquelle vient de foy. Mais aucontraire, le Baptesme ne nous promet autre purification que par l'aspersion du sang de Christ, lequel est figuré par l'eau, pour la similitude qu'il a avec icoUe de laver et nettoyer. Qui est-ce donc qui dira que nous sommes purifiez par coste eau, laquelle testifie le sang de Christ estre nostre vray lavement et uniiiue (1 Pierre 1, 2) ? Tellement qu'(>n ne pourroit trouver meilleur argument pour réfuter l'erreur de ceux qui rapportent tout à la vertu de l'eau, qu'en remonstrant qu'elle est la signification du Baptesme, laquelle nous retire tant de l'élément visible que nous voyons à l'oMI, que de tous moyens d'acquérir .salut, pour nous faire pleinement arrester à Jésus Christ.

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