LIVRE IV
soit donné seulement pour le temps passé, tellement que pour les péchez ausqucls nous recheons après le Baptesme, il nous faille chercher autre nouveau remède. Je say que de cest erreur est provenu (ju'aucuns anciennement ne vouloyent eslre baptisez, sinon en la fin de leur vie et à l'heure de leur moit : afin (pi'ainsi ils obtinssent rémission pleniere pour toute leur vie : laquelle folle fantasie est souvent reprinse des Evescjucs en leurs cscrits. Mais il nous faut savoir qu'en quelque temps (jue nous sonunes baptisez, nous sommes une fois lavez et purgez pour tout le temps de nostrevic. Pourtant toutes les fois que nous serons recheus en péchez, il nous faut recourir à la mémoire du Baptesme, et par icelle nous confermer en icelle foy, que nous soyons tousjours certains et asseurez de la remission de noz péchez. Car combien que nous ayant esté une fois administré, il semble qu'il soit desja passé : touteslois il n'est pas effacé par les péchez subsequens. Car la pureté de Jésus Christ nous y est offerte, et elle a tousjours vigueur, tousjours dure, et ne peut estre surmontée d'aucune macule, ains elle abolist et nettoyé toutes noz souilleures et immondicitez. Or de ce nous ne devons pas prendre occasion ne licence de plus facilement pécher à l'advenir. Car par cecy nous ne sommes point incitez à telle hardiesse : mais ceste doctrine est seulement donnée à ceux lesquels après avoir péché sont désolez et se pleignent, estans lassez et grevez sous le faiz de leurs péchez : afin qu'ils ayent dequoy se relever et consoler, pour ne tomber point en confusion et desespoir. A ceste cause dit sainct Paul, (pie Jésus Christ nous a esté fait propiciateur à la remission des péchez precedens (Rom. 3, 2o). En quoy il ne veut pas dire que n'ayons en luy remission des péchez perpétuelle et continuelle jusques à la mort : mais il veut signifier qu'il a esté donné du Père aux povres pécheurs, lesquels blessez du cautère de conscience, souspirent après le médecin. A ceux-cy est offerte la miséricorde de Dieu : aucontraire, ceux qui s'attendans à impunité, en cherchent et prennent matière et liberté de pécher, ils ne font qu'irriter contre eux l'ire et le jugement de Dieu.
4. Je say bien ([ue l'opinion commune est, que la remission des péchez qui nous est donnée en nostre première régénération par le Baptesme, se reçoit puis après par pénitence et par le bénéfice des clefs : mais ceux qui parlent ainsi, faiilent en ce qu'ils ne considèrent point que la puissance des clefs, dont ils font mention, dépend tellement du Baptesme, qu'elle ne s'en peut en nulle façon séparer. 11 est bien vray que le pécheur obtient pardon de ses péchez par le ministère de l'Eglise, mais c'est en vertu de la prédication de l'Evangile. Et quelle est ceste prédication ? Assavoir que nous sommes
nettoyez de noz péchez par le sang de Christ. Oi' quel est le signe et tesmoignage de ce lavement, sinon le Baptesme ? Nous voyons donc comment ceste absolution se rapporte au Baptesme. Cest erreur nous a enfanté le sacrement imaginaire tle pénitence, qu'on tient en la Papauté, duquel j'ay touché quelque mot ailleurs: et ce qui reste à en dire, je le reserve eu lieu plus opportun. Or il ne se faut esbahir si ces docteurs de mensonges, lesquels selon leur bestise sont excessivement attachez à choses externes, se sont ainsi monstre lourds en cest endroit: c'est qu'en ne se contentant point des signes ordonnez de Dieu, ils en ont forgé à leur poste: comme si le Baptesme, à parler proprement, n'estoit point Sacrement de pénitence. Or si nous devons continuer la pénitence que Dieu nous commande, toute nostre vie, il faut bien que la vertu du Baptesme s'estende jusques à ces limites-là. Pourtant il n'y a doute que les fidèles tout le temps de leur vie ne doivent avoir recours à la souvenance de leur Baptesme, toutes fois et quantes que leur conscience les redargue, afin d'avoir ferme fiance d'estre participans de l'ablution unique et perpétuelle, laquelle gist au sang de Jésus Christ.
0. La seconde consolation que nous apporte le Baptesme, est qu'il nous monstre nostre mortification en Jésus Christ, et aussi nostre nouvelle vie en luy. Car, comme dit sainct Paul, nous sommes baptisez en sa mort, ensevelis avec luy en similitude de sa mort, afin (}ue nous cheminions en nouveauté de vie (Rom. 6, 3. 4). Par lesquelles parolles il ne nous exhorte pas seulement à une imitation de luy comme s'il disoit que nous sommes admonnestez par le Baptesme, afin qu'à quelque similitude et exemple de la mort de Jésus Christ, nous mourions à noz concupiscences, et qu'à l'exemple de sa résurrection nous soyons ressuscitez à justice: mais il le prend bien plus haut, c'est assas"oir, que Jésus Christ par le Baptesme nous a fait participans de sa mort, afin que nous soyons entez en elle. Et comme une ente tire sa substance et nourriture de la racine où elle est entée, ainsi ceux qui reçoivent le Baptesme en telle foy qu'ils doivent, ils sentent vrayement l'efficace de la mort de Jésus Christ en la mortification de leur chair: semblablement aussi de sa résurrection, en leur vivification d'esprit. Et de ce il prend après occasion et matière d'exhorter que si nous sommes Chrestiens, nous devons estre morts à péché, et vivre à justice. Il use de ce mesme argument en un autre lieu, où il dit (lue nous sommes circonciz, et avons despouifié le vieil homme, puis que nous sommes enseveliz avec Christ par le Baptesme (Col. 2, 12). En ce sens il l'a appelle au passage que nous avons auparavant allégué. Lavement de régénération et rénovation (Tite 3, o). Ainsi Diea