‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 61 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

En un autre lieu il est contreint de flescouvrir plus à plein son ini|)ieté, c'est (pie Dieu en sa raison éternelle decietant d'avoir un fils visii)le, s'est monstre visible par ce moyen, (^.ar si cela est vray, on ne laissera autre (livinitr à Jésus (Christ, sinon d'autant que Dieu l'a ordonné i)our Fils par son décret éternel. Il y a plus c'est que les pliantosmes qu'il suppose au lieu des personnes, sont telkunent transformez par luy, ({u'il ne fait nul scrupule de mettre des accidens nouveaux en Dieu. Sur tout il y a un blasphème exécrable (ju'il mesie imlilTeremment tant le Fils de Dieu ipie l'Ksprit parmi les créatures : car il aflernie à pur et à plat, ((u'il y a des parties et des parfaites en Dieu, et (pie chacune portion est Dieu inesmcs : cjue les âmes des fidèles sont coeternelles et C(jnsubstantielles à Dieu : combien qu'ailleurs il attrilme deité substantielle non seulement à noz âmes, mais à toutes choses créées.

;23. De ce bourbier est sorty un autre monstre assez semblable: c'est (|ue des brouillons, pour éviter la haine et déshonneur (}ue l'impiété de Seryet tire avec soy, ont bien confessé trois personnes : mais en adjoustant la raison, que le Père estant proprement seul vray Dieu s'est formé son Fils et son Esprit : et ainsi a fait découler sa divinité en eux. Mesmes ils usent hardiment d'une fa(^on de parler espovantable, c'est ([ue le Père est distingué par ceste marque d'avec le Fils et le sainct Esprit, [d'autant] que luy seul est essentiateur. Voici la couleur (pi'ils prétendent en premier lieu: c'est (pie C.hrist est souvent nommé Fils de Dieu, dont ils concluent qu'il n'y a point d'autre Dieu-(iue le Père. Or ils ne considèrent pas, combien que le nom de Dieu soit aussi bien commun au Fils, (pi'il est quel- ([uefois attribué au Père par excellence, pource (pi'il est la source et principe de deité : et que cela se fait pour noter la simple unité et indivisible qui est en l'essence divine. Ils repli(pient, que si Jésus Christ est vrayement Fils de Dieu, ce seroit chose absurde de le tenir Fils d'une Itersonne. Je respon ([ue tous les deux sont vrais, assavoir qu'il est Fils de Dieu d'autant (pi'il est la Parolle engendrée du Père devant tous siècles (car nous ne parlons pas encores de luyentantqu'il est Médiateur): et toutesfois i)our mieux déclarer le sens de ces mots, ({u'il faut avoir esgard à la personne: tellement que le nom de Dieu ne se prenne pas simplement, mais pour le Père. Car si nous nerecognoissons autre Dieu que le Père, le Fils sera manifestement débouté de ce degré. Parquoy toutes fois et (plantes qu'il est fait mention de la deité, on ne doit nullement admetti'e que le Fils soit opposé au Père, comme si le nom, de vray Dieu convenoit au Père seulement. Car le Dieu (lui est apparu à Isaie estoit le vray Dieu et unique et toutesfois sainct Jean afferme que c'estoit Jésus

(Christ (Is. 6. 1 : .lean, 12, 41).Celuyqui a menacé [lar le mesnie Prophète les Juifs de leur estre ])ierre de scandale, estoit le seul vray Dieu: or sainct Paul prononce, que c'est Jésus Christ (Is. 8, 14; Rom. 9, ;{3). Celuy qui derechef parle haut et clair, disant <iue tout genouil sera ployé devant luy, est le seul Dieu vivant: or sainct Paul l'interpi-ete de Jésus Christ (Is. 45, 23; Rom. 14, il). Adjoustans les tesmoignages que l'Apostre anieine, Toy Dieu as fondé le ciel, et la terre est ouvrage de tes mains. Item, Tous les Anges de Dieu t'adorent ; nous ne pouvons dire (pie tout cela ne conq)ete à un seul vray Dieu. Et toutesfois l'Apostre dit que ce sont les propres filtres de Jésus Christ (Ilebr. 1, 10. 6 ; Ps. 102, 26; 97, 7). De dire que ce qui est propre a Dieu soit communiqué à Jésus Christ, pource qu'il est la splendeur de sa gloire: c'est une cavillation qui n'est nullement à recevoir. Car puis que le nom de l'Eternel est mis par tout, il s'ensuyt qu'il a son estre de soy-mesme au regard de sa deité : car puis (pi'il est l'Eternel, on ne peut nier (ju'il ne soit le Dieu qui dit ailleurs en Isaie, Ce suis-je moy qui suis, et n'y a autre Dieu que moy (Is. 44, 6). Aussi ceste sentence de Jeremie mérite bien d'estre notée : Que les dieux, dit-il, (pii n'ont point fait le ciel et la terre, soyent exterminez de la terre qui est sous le ciel (Jer. 10, 11); car il est nécessaire de conclurre à l'opposite, ([lie le Fils de Dieu est celuy du(iuel Isaie prouve souvent la divinité par la création du monde. Or comment le Créateur qui donne estre à toutes choses ne sera-il de soy-mesme, mais empruntera son essence d'ailleurs ? car quiconque dit (]ue le Fils soit essencié du Père (puis que tels abuseurs forgent des noms contre nature) il nie qn'û ait estre propre de soy. Or le sainct Esprit contredit à tels blasphèmes, le nommant Jehova, qui vaut autant à dire comme celuy qui est de soy et de sa propre vertu. Or si nous accordons que toute essence soit au seul Père, ou elle sera divisible, ou elle sera du tout ostée au Fils : et par ce moyen estant despouillé de son essence, il sera seulement un Dieu titulaire. Si on veut croire ces bavars, l'essence de Dieu ne conviendra qu'au Père seul, d'autant (pie luy seul a estre, et qu'il est essentiatem' de son Fils : par ainsi l'essence du Fils ne seroit (|u'un extrait je ne say quel, tiré comme par un alambic de l'essence de Dieu, ou bien une partie découlante du total. Davantage, ils sont contraints par leur principe de confesser que l'Esprit est du Père seul : car si c'est un ruisseau découlant de la première essence, laquelle selon eux n'est propre qu'au Père, il ne pourra estre tenu ne réputé Esprit du Fils: ce qui est toutesfois rembarré par le tesmoignage de sainct Paul, ([uand il le fait commun tant au Fils qu'au Père. Outreplus, si on efface de la trinité la personne du Père, en quoy sera-il discerné du Fils et de

CHAF^ITRE XIII

rEs|)i'it, sinon ontant (ju'il sora soûl Dieu? ('es lilianUisti(iuos ciinrcsscnl {\ne Christ est Dieu, et neantnioins (juil ililïero d'avec le Porc. Or icy il faut avoir quel(|ue niarcjuc de discrétion, en sorte que le Père ne soit jioint le Kils. Ceux-cy la mettant en l'essence aneantissiMit notoirement la vraye deité de Jésus Christ: laquelle ne ]>eut ostre sans l'essence, voiro toute entière. Certes le Père ne dilïerera point d'a\ec son Fils, sinon qu'il ait quelque chose de propre en soy, et qui ne suit point commune au Fils. Que trouverontils maintenant en (pioy ils le puissent distini^^uer ? Si la discrétion est en l'essence, qu'Us me respondent assavoir s'il ne l'a point conununiijuco a son Fils. Or cela ne s'est point l'ait en partie, d'autant que ce seroit abomination de lori^er un dieu à demy. Il y a aussi une autre absm'dilé : (•"est qu'ils descliirent vilainement l'essence de Dieu, entant qu'en eux est. 11 faut donipies condurre (|u'ellc est comnmnc au Fils et à l'Esprit en son entier. Or si cela est vray, on ne pourra pas au regard d'icelle distinguer le Père d'avec le Fils, veu (jue ce n'est ([u'un. S'ils répliquent que le Père en essenciant son Fils est neantmoins demeuié seul vray Dieu, ayant l'essence on soy : CJirist donc ne sera (ju'un Dieu figuratif, et seulement d'apparence et de nom, sans avoir rellect ou vérité : veu ([u'il n'y a rien de plus piopre à Dieu, (lue d'estre: selon la sentence (Je .Movse, Celuv qui est. nfa envové à vous (Ex. :i 14).

"l'i. ('e qu'ils prennent pour une maxime est faux, assavoir (jue toutes fois et quautes (juc le nom de Dieu se trouve sans queue (comme l'on 'lit) il se rapporte au Père seul: mosnies aux passages (|u'ils amènent, ils descouvront trop lourdement leur ignorance, })ource que là le nom du Fils est mis à ropj)osite : dont il appert qu'il y a conqiaraison de l'un à l'autre, et que [M>ur ceste cause le nom de Dieu est particulièrement donné au Pore. Ils repli({uent, Si le Pore n'estoit seul vray Dieu, il seroit son Pore à ce conte. Je re.spon (lu'il n'y a nul inconvénient, à cause du degré et ordre que nous avons dit, que le Père soit nommé Dieu spécialement, pource que non seulement il a engendré de soy sa sagesse, mais aussi est le Dieu de Jésus Christ selon (|u'il est médiateur: do quoy il sera ailleurs traité plus au long. Car depuis (|ue Jésus Christ est manifesté en chair, il est appelé Fils de Dieu, non seulement pource (luc devant tout tiMups il a esté engendré du Pore comme sa Parolle éternelle, mais aussi que pour nous conjoindre à luy il a pris la personne du médiateur. Et puis que si hardiment ils déboutent Jésus (Christ de la dignité divine, je vouvlroye bien savoir (piand il [iidnonce qu'il n'y a nul bon qu'un seul Dieu (Matth. 19, 17), .s'il se prive de sa bonté, ou non. Je ne parle point de sa nature humaine, afin qu'ils ne prétendent point (lue le

liien (|iii est en elle procède de don gratuit: je demande si la l'ar(jlle éternelle de Dieu est bonne, ou non. S'ils le nient, leur impieté sera desja assez convaincue : en le Cijnfessant ils se couperont la gorge. Or ce qu'il semble de i)rime face que Jésus Chiist rejecte loin do soy le nom do Bon, conforme encores mieux nostre sentence: car |tource que c'est un tiltre singulier appartenant a un seul Dieu, d'autant ((u'il avoit esté nommé bon a la façon accoustumée: on rejettant cest honneur frivole il admoimesle (pie la bonté qui est en luy est divine. Je tlemande aussi, ([uand sainct Paul enseigne que Dieu seul est inunortol, sage et véritable (l Tim. 1, 17), si par ces mots il renvoyé Jésus Christ au nombre dos créatures humaines, où il n'y a (pie fragilité, folie et vanité: car par ce moyen celuy (pu a esté la vie dés le commencement, voij'O pour donner immortalité aux Anges, ne seroit pas luy-mesmc immortel : celuy qui est la sagesse do Dieu, ne seroit point .sage : celuy f|ui est la vérité, ne seroit point véritable. Et combien cela est-il détestable? Je demande outreplus, s'ils estiment qu'on doive adorer Jésus Christ, ou non: car si cest honneur luy appailient de droit, (pie tout genouil se ployé devant luy (Phil. '2, 10), il s'ensuit qu'il est le Dieu (pii a défendu on laLoy ((u'on n'adorast point autre (pie luy. S'ils veulent que ce qui est dit en Isaio, (Test moy (pii suis, et n'y a nul que moy (Is. 44, 6), se rapporte au Porc seul: je di qu'il est propre à confondre leur erreur, veu que l'Aposlre en l'alléguant de (^iiiist, luy attribue tout ce (pii est de Dieu. S'ils allèguent que Jésus Christ a esté ainsi exalté en sa chair, en lat[uolle il avoit esté aliaissé, et (pie c'est au regard de la chair que tout ciiq)ire luy est donné au ciel et en la terre : ceste cavillation ne leur sert de rien ; car combien que la majesté de Juge et do Roy s'ostendc à toute la liersonne du Médiateur: toutesfois s'il n'estoit Dieu manifesté en chair, il ne pourroit ostre oslevé en telle hautesse, (pie Dieu ne fust contraire à soy. lit sainct Paul décide tresbion ce diiïeront, quand ildit'iu'il estoit égal à Diou,de- ^•ant (pie s'anéantir sous la forme de serviteur (Phil. 2, 6. 7). Or comment ceste e(pialité pourroit-ello convenir, sinon qu'il fust le Dieu duquel le nom est souverain et éternel, lequel chevauche sm' les Chérubins, et (pii est Roy do toute la terre, voiro Roy perin;uieut ? Htioy ([u'ils grondent, ce qu'l.saie dit en l'autre passage ne i)cut ostre ravi à Christ: assavoir, C'est-cy. c'est-cy nostre Dieu, nous l'avons attendu (Is. ;2o,9). (^ar là il est notamment parlé de la venue du Rédempteur, qui dovoit non souiement délivrer le peii])le de la captivité de Babylone, mais aussi lemettre pleinement son Eglise au dessus, ("est aussi on vain (ju'ils tergiversent, que Jésus Christ a esté Dieu en son Pore : car combien que nous confessons qu'au regard do l'ordre et de-

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