CHAPITRE XV
nous y promet pardon gratuit de noz péchez pour nous accepter comme justes, et secondement la grâce île son Esprit, pour nous reformer en nouveauté de vie.
G. Finalement nostre foy reçoit aussi cesie utilité (lu Haptesme, (pie non seulement il nous certifie »pie nous sonunes entez en la mort et la vie de Christ: mais ([uenous sommes tellement uniz à luy, (pi'il nous fait participans de tous ses hiens. Car pour ceste cause il a dédié et sanctilié le liaiitesine en son corps (Matth. 15, i:i), ahn que ce fust un terme lien de la société et union laipielle il a voulu avoir a\ec nous : telleuient que sainct l'aul prouve que nous sommes ent'ans de Dieu, d'autant que par le Baptesme nous avons vestu (Christ (Gai. 3, 27).Ainsi voyons nous que l'accomplissement du Bajjtesme est en luy. Pour laquelle raison nous le nommons Le propre ohject et le but auquel le Baptesme regarde. Panpioy ce n'est point de merveille si " lesApostres ont haptizé en son nom (Act. 8, 16; 19,0): combien qu'ils eussent eu le commandement de baptizer aussi au nom du Père et du sainct Esprit. Car tout ce qui est proposé au Baptesme des dons de Dieu, est trouvé en un seul Christ. Xeantmoins il ne se peut faire que celuy (pii liaptize au nom de Christ, n'invoque pareillement le nom du Père et du sainct Esprit (Matth. 28, 19). Car ce que nous avons nostre purgation au sang de Christ, c'est pourtant que le Père de miséricorde nous voulant selon sa bonté incomparable recevoir à merci, nous met au devant ce Médiateur, pour nous acquérir faveur envers luy. Et lors nous obtenons nostre régénération en sa mort et sa vie (Jean 3, 6), si par la sanctification de l'Esprit il y a une nouvelle nature spirituelle édifiée en nous. Parquoy la cause tant de nostre purgation que de nostre régénération, se doit recognoistre estre en Dieu le Père: la matière au Fils: l'efficace au sainct Esprit. Ainsi preuH'erement sainct Jean et puis après les Apostres ont haptizé du Baptesme de pénitence, en la remission des péchez : entendans par ce mot de Pénitence, la régénération : et par la remission des péchez, l'ablution (Matth. 3,6. 11 : Luc 3, 16: Jeaiij;5, 23 : 4, 1).
7. Parquoy aussi il nous est fait trescertain, que c'a esté entièrement une mesme administration de Baptesme, celle de sainct Jean, et celle qui depuis fut donnée aux Apostres. Car le Baptesme n'est point fait divers, pource (ju'il est administré de diverses mains, mais une mesme doctrine fait que le Baptesme est un (Act. 2, 38. 41). Sainct Jean et les Apostres ont consenty et accordé en une mesme doctrine. Ils ont tous haptizé en pénitence, tous eu la remission des péchez, tous au nom de Christ, duquel est la pénitence et la rémission des péchez. Sainct Jean appeUe Jésus Christ l'Agneau de Dieu; par lequel estoyent ostez etelîacez les pé-
chez du monde (Jean 1, 28. 29). En quoy il la confessé, avoué et lesmoigné estre le sacrifice agréable au Père, estre Propiciateur, estre Sauveur. (Jue pouvt)yent les Apostres plus adjouster à ceste confession ? Certes rien: car elle est [ileinc. et entière. Pourtant ipie nul ne se trouble de ce que les Anciens s'ellbrcenl de distinguer un Baptesme de l'autre. Car leur authorité ne nous doit p(Mnt estre de si grande foy, qu'elle face vaciller la raison de l'Escriture. Qui est-ce (pii accordera plustost avec Chrysostome, niant que la remission des péchez ait esté comprinse sous le IJaptesme de sainct Jean, qu'avec sainct Luc alïermant le contraire, que Jean a [iresché le Baptesme de pénitence en la remission des péchez •'" (Luc 3, 3). Ceste subtilité de sainct Augustin n'est non plus à recevoir, quand il dit (pie par le Bai)tesme de Jean les jtechez ont esté remis en espérance, mais qu'au Bai)tesme de Christ ils sont remis de fait '"'. Car j)uis (jue l'Evangehste tesnioigne clairement (jue Jean a haptizé en la remission des péchez, quel mestier est-il d'amoindrir la grâce de son Baptesme, quand nulle nécessité n'y contraind ? Que si quelcun y cherche diiïerence par la paroUe de Dieu, il n'y en trouvera nulle autre, sinon que Jean baptizoit au nom de celuy qui devoit venir: les Apostres au nom de celuy qui s'estoit desja manifesté.
8. Ce (jue les grâces du sainct Esprit ont esté plus abondammenteslargiesapres la résurrection de Jésus Christ, cela ne fait rien pour establir quelque diversité entre les Baptesmes. Car le Baptesme que distribuoyent les Apostres du temps qu'ils conversoyent encore en terre, estoit renommé de luy: et neantmoins n'avoit point plus grande abondance de l'Esprit, que le Baptesme de Jean (Act. 8, 14. 17). Et mesme après l'Ascension, les Samaritains, combien qu'ils soyent baptizez au nom de Jésus, ne reçoivent point autres grâces qu'avoyent receu les fidèles au temps précèdent, jusques a ce que Pierre et Jean leur sont envoyez, pour leur imposer les mains. Ce que les Anciens ont estimé que le Baptesme de Jean n'estoit qu'une préparation ci celuy de Christ, je pense qu'ils se sont abusez de ce (pi'ils lisoyent, ceux qui avoyent receu le Baptesme de Jean avoir esté derechef baptizez par sainct Paul (Act. 19, 3. 5). Mais combien leur intelligence a esté fausse, il apparoistra cy après. Qu'est-ce donc que Jean dit, que luy il baptize en eau, mais (jue Jésus Cb.rist devoit venir, (}ui baptizeroit au sahict Esprit et en feu (Matth. 3, 11)? Cecy peut estre brièvement declairé. Car il n'a pas voulu distinguer l'un des Baptesmes de l'autre : mais il a fait comparaison de sa personne à celle de Jésus Christ. Et s'est dit estre ministre de l'eau, et Jésus estre le donateur du sainct Esprit: et (juil declaireroit ceste vertu par miracle visible au jour qu'il