‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 602 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

envoyeroit le sainct Esprit à ses Apostres sous langues de feu. Que se sont peu attribuer les Apostres outre cela? et que se pourroyent attribuer davantage ceux (lui baptizent encore aujourdliuy ?Car ils sont tous seulement ministres du signe extérieur: mais Jésus (Christ estautheur do la grâce intérieure. Comme aussi les anciens Docteurs le confessent, et principalement sainct Augustin, lequel use de ce principal appuy contre les Donatistes, que quels que soyent les Ministres du Baptesme, Jésus Christ neantmoins y préside.

9. Ces choses que nous avons desja dites de de la niortihcation, et puis de l'ablution ou purgation, ont esté figurées au peuple d'Israël: lequel à ceste cause sainct Paul dit avoir esté baptizé en la nuée et en la mer (1 Cor. 10, 2). La mortification a esté figurée, quand en les délivrant de la puissance et de la cruelle servitude de Pharaon, il leur fit voye par la mer rouge, et submergea Pharaon et les Egyptiens leurs ennemis qui les poursuyvoyenL Car en ceste manière au Baptesme il nous promet, et par signe nous demonstre et asseure, que par sa vertu et puissance nous sommes délivrez de la captivité d'Egypte, c'est à dire de la servitude de péché (Ex. 14, 21. 26): et que nostre Pharaon, qui est le diable, est submergé: combien qu'encore ainsi il ne cesse point de nous exercer et fascher. Mais comme cest Egyptien noyé ne demeura point au profond de la mer, ainsi estant rejette au rivage faisoit peur aux en fans d'Israël, qui le voyoyent si espouvantable, combien qu'il ne leur pouvoit nuire, ainsi certes cest ennemy infernal monstre ses armes, et se fait sentir, mais il ne peut veincre. En la nuée a esté figurée la purgation. Car comme lors nostre Seigneur les couvrit d'une nuée (Xomb. 9, 18), leur donnant ret'raichissement, afin qu'ils ne défaillissent et fussent corrompus par la trop a'^pre et véhémente ardeur du soleil : ainsi au IJaptesme nous est demonstre que nous sommes couverts et préservez par le sang de Jésus Christ, afin que la rigueur du jugement de Dieu, laiiuelle est vrayement un feu et ardeur intolérable, ne tombe sur nous. Or combien que ce mystère ait esté pour lors obscur et cognu de peu de gens, toutesfois puis qu'il n'y a moyen d'obtenir salut (ju'en ces deux grâces. Dieu n'a point voulu (]ue les Pères anciens qu'il avoit adoptez pour héritiers, fussent privez des marques et Sacremens tant de l'un (pie de l'autre.

10. Nous pouvons desja appercevoir clairement combien est faux ce qu'aucuns ont enseigné, enciuoy plusieurs persistent, que par le Baptesme nous sommes desliez et deslivrez du péché originel, et de la corruption qui est descendue d'Adam sur toute sa postérité, et que nous sommes restituez en une mesme justice originelle et pureté de na'ure, qu'eust eu Adam,

s'il eust tousjours demeuré en l'intégrité en laquelle il avoit premièrement esté créé. Car telle manière de docteurs n'ont jamais entendu que c'est que péché originel, que c'est (jue justice originelle, que c'est que la grâce du Baptesme. Or il a esté cy dessus disputé, (lue péché originel est une perversité et corruption de nostre nature, laquelle corruption premièrement nous rend coulpables de l'ire de Dieu et de damnation : et davantage elle produit aussi en nous les œuvres que l'Escriture appelle les œuvres de la chair (Gai. o, 19). Dont ces deux choses sont à considérer distinctement: c'est assavoir premièrement, qu'ainsi estans vicieux et pervertis en toutes les parties de nostre nature, nous sommes desja à bon droit à cause seulement de telle corruption, condamnez et conveincus devant Dieu, auquel rien n'est acceptable, sinon justice, innocence et pureté. Et pourtant les enfans mesnies apportent du ventre de leur mère avec eux leur damnation, lesquels combien qu'ils n'ayent encores produit les fruits de leur iniquité, toutesfois ils en ont la semence enclose en eux : et plustost toute leur nature est une semence de péché. A ceste cause il ne se peut faire qu'elle ne soit odieuse et abominable ci Dieu. Les fidèles sont faits certains par le Baptesme, que ceste damnation leur est ostée et dechassée hors d'eux, puis que, comme nous avons dit, nostre Seigneur nous promet par ce signe, que pleine et entière remission de péchez nous est faite tant de la coulpe qui nous devoit estre imputée, que de la peine, que pour la coulpe il nous falloit porter et souffrir. Et aussi ils reçoivent justice, mais telle qne le peuple de Dieu peut obtenir en ceste vie, c'est assavoir par imputation seulement, parce que nostre Seigneur par sa miséricorde les tient pour justes et innocens.

11. La seconde chose qui est à considérer, c'est que ceste perversité ne cesse jamais en nous: mais assiduellement produit nouveaux fruits, c'est assavoir les œuvres de la chair que dessus nous avons descrites: tout ainsi comme une fournaise ardente tousjours jette feu et flammettes: ou comme une source coulante, continuellement envoyé son eau. Car la concupiscence ne meurt et n'est jamais esteinte pleinement es hommes, jusques à ce que par la mort estans délivrez du corps de mort, ils se soyent entièrement despouillez d'eux mesmes. Le Baptesme certes nous promet que nostre Pharaon est submergé, et que nostre chair est mortifiée : non pas toutesfois en telle sorte qu'il ne nous face plus d'ennuy, mais seulement à ce qu'il ne nous surmonte point. Car tant que nous vivrons enfermez en ceste prison de nostre corps, les restes et reliques de péché habiteront en nous: mais si nous retenons par foy la promesse qui

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