‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 603 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nous a esté donnée de Dieu au Baptesme, elles ne domineront et ne régneront point. Touteslois que personne ne se trompe, que personne ne se tlatte en son mal, (juand il oit dire que le péché habite tousjours en nous. Cela n'est pas dit, afin que ceux (jui desja ne sont que par trop enclins a mal, s'endorment asseurémenten lem's péchez: | mais seulement atin que ceux qui sont chatouillez, exercez et pic(iuez de leur chair, ne se désolent, perdent courage et espérance: mais que plustost ils se considèrent encores estre au chemin, et se pensent avoir profité, (luand ils sentiront leurs concupiscences se diminuer aucunement de jour en jour, jusqu'à ce qu'ils seront 1 parvenuz où ils tendent : c'est assavoir au dernier abolissement de leur chair, qui sera parlait en la fin de ceste vie mortelle. Cependant, qu'ils ne cessent de batailler vertueusement, prendre courage à s'avancer, et s'inciter et soliciter à la victoire. Car quand ils voyent qu'après s'estre bien etîorcez, il leur reste encore grande difficulté, tant plus ont-ils d'occasion à s'esvertuer de plus en plus. Il nous faut donc savoir et retenir que nous sommes baptizez en la mortification de nostre chair, laquelle dés le Baptesme est commencée en nous, et tous les jours de ceste vie la poursuyvons : mais elle sera parfaite, quand nous serons allez de ceste vie à nostre Seigneur.

12. En cecy nous ne disons autre chose que ce que dit sainct Paul au septième des Romains. Car après avoir disputé de la justice gratuite, d'autant qu'aucuns meschans concluoyent de sa doctrine, (}ue nous pouvons bien vivre à nostre plaisir, puis que nous ne sommes point agréables à Dieu par le mérite de noz œuvres, il adjouste que tous ceux qui sont vestuz de la justice de CLrist, sont quant et quant régénérez de son Esprit, et que nous avons au Baptesme l'arre de ceste régénération. De là il exhorte les lideles de ne point laisser dominer le péché en leurs membres. Mais pource qu'il cognoissoit que les fidèles ont tousjours beaucoup d'infirmité, de peur de les descourager il adjouste une consolation, qu'ils ne sont plus sous la Loy. D'autrepart, pource qu'aucuns eussent peu prendre occasion de se desbaucher, sous ombre (ju'il disoit que les Chrestiens ne sont plus sous , le joug de la Loy : il monstre quelle est l'aboli- | tion de la Loy: et aussi quel est l'usage d'icelle. Or la somme de ce qu'il en traite, c'est que nous sommes délivrez de la rigueur de la Loy, pour adhérer à Christ : et que l'office de la Loy est de nous rendre conveincuz de nostre perversité, pour nous faire confesser nostre foiblesse et misère. Or pource que la malice de nostre nature n'apparoist pas si aisément en un homme charnel, lequel est mené de ses concupiscences sans avoir crainte de Dieu: il prend exemple en sa personne, d'autant qu'il estait régénéré par

l'Esprit de Dieu. Il dit donc qu'il a à luiter continuellement contre les reliques de sa chair, et qu'il est tenu comme prisonnier, pour ne pouvoir du tout obéir à la Loy de Dieu, tellement qu'il est contraint de s'escrier qu'il est malheureux, et demander qui le délivrera (Rom. 7, i'i). Si les enfans de Dieu sont en prison et captivité durant ceste vie mortelle, il ne se peut faire (pi'ils ne soyent en grande angoisse, pensans au dangier où ils sont. Il adjouste donc une consolation pour cela: c'est qu'il n'y a plus de condamnation sur ceux qui sont en Jésus Christ (Rom. 8, 1). En (luoy il signifie que ceux que Dieu a receuz une fois en grâce, et incorporez en la communion de Jésus Christ, et- adoptez en la compagnie des fidèles par le Baptesme, moyennant qu'ils persévèrent en l'obéissance de la foy, sont absouz, et ne sont point tenuz coulpables devant le jugement de Dieu, combien que le péché leur face tousjours la guerre, et mesme qu'ils rayent et le portent en eux-mesmes. Nous suyvons donc de mot à mot la doctrine de sainct Paul, en ce que nous disons que le péché est remis au Baptesme quant à la coulpe, mais qu'il demeure tousjours quant à la maUere, en tous Chrestiens jusques à la mort.

13. Le Baptesme sert à nostre confession devant les hommes, en ceste manière : c'est qu'il est une marque et enseigne, par laquelle nous protestons que nous voulons estre annombrez au peuple de Dieu : par laquelle nous testifions que nous consentons et accordons au service d'un seul Dieu et en une religion avec tous les Chrestiens: par laquelle finalement nous declairons etasseurons publiquement quelle est nostre foy, afin que non seulement Dieu soit glorifié en noz cœurs, mais aussi que noz langues et tous les membres de nostre corps, entant qu'ils peuvent, au dehors resonnent ses louanges. Car en ce faisant, tout ce qui est nostre est employé comme il appartient à servir à la gloire de Dieu, de laquelle nulle chose ne doit estre vulde : et les autres à nostre exemple, sont incitez de pareillement s'y employer. A quoy regardoit sainct Paul quand il demandoit aux Corinthiens, s'ils n'avoyent pas esté baptisez au nom de Christ (1 Cor. 1, 13). Enquoy il signifie qu'ils s'estoyent donnez et dédiez à luy, qu'ils l'avoyent advoué pour Seigneur et Maistre, et luy avoyent obligé leur foy devant les hommes : tellement qu'ils ne pourroyent plus confesser autre que luy seul, s'ils ne vouloyent renier leur confession qu'ils avoyent faite au Baptesme.

14. Maintenant puis que nous avons déclaré la fin et la cause pour laquelle nostre Seigneur a institué et ordonné le Baptesme, il sera facile de monstrer comment nous en devons user, et comment le devons prendre. Car entant qu'il nous est donné pour conforter, consoler et confirmer nostre foy, il le faut prendre comme de

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