‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 604 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

la main de l'autlieur propre : et avoir pour certain et indubital)le que c'est luy (pii parle à nous par ce signe : que c'est iuy (|ui nous purge, qui nous nettoyé, et abolist la mémoire de noz péchez : que c'est luy qui nous lait participans de sa mort : que c'est luy (jui destruit et amortit les lorces du diable et de nostre concupiscence: mesme qui se fait un avec nous, à ce que par telle union nous soyons aussi i)ien n^pulez enfans de Dieu. 11 nous faut donc croire et estre asseurez qu'aussi véritablement et certainement il fait toutes ces choses intérieurement à nostre ame, comme nous voyons nostre cor[)s par le dehors estre lavé, submergé et circuy d'eau. Car ceste ou analogie ou similitude est une trèscertaine reigle des Sacreinens, qu'aux choses corporelles nous contemplions et pensions les choses spirituelles, comme si elles nous estoyent mises devant les yeux, puis qu'il a pieu au Seigneur nous les représenter en telles ligures. Non pas que telles grâces soyent liées ou encloses au Sacrement, ou qu'en la vertu d'iceluy elles nous soyent conférées : mais seulement pource que par signe et marque le Seigneur nous testifie sa volonté, c'est assavoir qu'il nous veut donner toutes ces choses: et ne repaist pas seulement noz yeux d'un spectacle nud et vuide, mais nous meine i)resentcment k la chose, et accomplit de fait ce qu'il figure.

15. Cecy se voit en l'exemple du Centenier Corneille, lequel après avoir receu remission de ses péchez, et les grâces visibles du sainct Esprit, fut depuis neantnioins baptizé (Act. 10, 48) : non point pour avoir plus ample remission par le Baptesme, mais pour plus certain exercice de sa foy, mesme accroissement, par le gage qui luy en estoit donné. Quelcun, peut estre, fera une objection : Si les péchez ne sont pardonnez par le Baptesme, pourquoy donc disoit Ananias à sainct Paul, que par le Baptesme il purgeast ses péchez (Act. 9, 17)? Je respon qu'il est dit que nous recevons, obtenons, ou impetrons ce que nous croyons nous estre donné de Dieu, soit que nous commencions lors premièrement à le cognoistre, soit que l'ayans auparavant cognu, nous venions à en avoir plus certaine persuasion. Pourtant Annulas en ces parolles a seulement voulu dire cela : Paul, afin que tu sois certain que tes péchez te sont remis, sois baptizé, car le Seigneur promet au Baptesme la remission des péchez : reçoy-la, et tien toy asseuré. Combien que je n'entende pas de nullement amoindrir la force du Baptesme, que la chose et la vérité ne soit conjointe au signe : selon que Dieu besongne par moyens externes. Au reste, nous n'avons autre chose de ce Sacrement, sinon autant que nous en recevons par foy. Et si la foy nous défaut, il nous sera en tesmoignage d'ingratitude, pour nous acccuser devant Dieu que nous aurons esté incrédules à la

promesse qui y estoit donnée : mais entant que le Baptesme est un signe et enseigne de nostre confession, nous devons par iceluy testifier que nostre fiance est en la miséricorde de Dieu, que nostre pureté est en la remission des péchez qu'on a par Jésus Christ, et que nous entrons en l'Eglise de Dieu, afin qu'en union et consentement de foy et de charité nous vivions d'un mesme courage avec tous les fidèles. C'est ce qu'a voulu sainct Paul, quand il a dit que nous sommes tous baptisez en un mesme Esprit, pour estre faits un mesme corps (1 Cor. 12, 13). 16. Or si ce qu'avons arresté est véritable, que le Sacrement ne doit pas estre prins comme de la main de ccluy par lequel il est administré, mais comme de la main mesme de Dieu, duquel sans doute il est envoyé : on peut de cela con- (iurre que rien n'y est adjousté ny esté pour la dignité de celuy par la main duquel il est administré. Et comme entre les hommes si quelque lettre est envoyée pourveu que la main et le signe de l'escrivain soit bien cognu, c'est tout un qui ou quel en soit le messagier : ainsi ce nous doit estre assez que de cognoistre la main et le signe de nostre Seigneur en ses Sacremens, par quelconque messagier qu'ils soyent apportez. Par cecy est bien refuté et destruit l'erreur des Donatistes, lesquels mesuroyent et prisoyent la vertu et valeur du Sacrement, selon la dignité et la valeur du Ministre. Tels sont aujourdhuy noz Anabaptistes, qui nient que nous ayons bien esté baptisez, par ce que nous avons esté baptisez des infidèles et idolâtres au royaume du Pape : pourtant ils requièrent furieusement qu'on soit rebaptizé, Contre les folies desquels nous sommes garnis d'assez forte raison, si nous pensons qu'avons esté baptisez, non pas au nom de (pielque homme, mais au nom du Père, et du Fils et du sainct Esprit : et pourtant que le Baptesme n'est point d'homme, mais de Dieu, par quelconque il ait esté administré. Quelque ignorance donc ou contemnement de Dieu qui ait esté en ceux qui nous baptizoyent, ils ne nous ont pas baptisez en la communion de leur ignorance et impieté, mais en la foy de Jésus Christ. Car ils n'y ont pas invoqué leur nom, mais celuy de Dieu : et ne nous ont point baptisez en autre nom. Or si le Baptesme estoit de Dieu, il a certainement eu la promesse de remission des péchez, de mortification de la chair, de vivification spirituelle, de participation de Christ. En ceste manière quand les Juifs ont esté circoncis par leurs sacrificateurs, qui s'estoyent desbauchez jusqu'cà estre de vilains apostats, cela toutesfois ne leur a point nuit, et le signe n'en a pas esté inutile, pour dire qu'il le fallust réitérer, mais a suffit qu'on recom'ust tousjours à la pure origine. Ce qu'ils objectent, que le Baptesme se doit faire en la compagnie des fidèles, n'emporte pas que s'il est vicieux

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