‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 605 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

en lin endroit, tnule sa forco soit estointo. Car quand nous enseignons ce qui se doit l'aire, atin que le Baptesme soit pur et entier et sans aucune souilleure. nous n'abolissons point l'institution lie Dieu, combien que les idolâtres la corrompent. Et de tait, combien que jadis' la Circoncision fust souillée de beaucoup de superstitions, si n'a-elle pas laissé d'estre tenue pour marciue de la grâce de J)ieu: comme aussi les saincts RoisJosias et Ezecbias, en ramassant de tout Israël ceux qui s'estoyent révoltez de Dieu, ne les ont pas contraints n'y induits à une Circoncision nouvelle.

17. Davantage, pource qu'ils nous interroguent quelle foy en nous a ensuyvi le Baptesme par ([uelipies années, atin (jue de la ils puissent conciurre que nostrc Baptesme a esté en vain, lequel ne nous est point sanctifié, sinon que la ParoUe de la promesse soit receue par foy : nous respondons à ceste demande, que certes nous avons esté par long temps aveugles et incrédules, et n'avons point prins la promesse laquelle nous estoit donnée au Baptesme : toutesfois que ceste promesse, puis qu'elle estoit de Dieu, dés lors incontinent et tousjours est demeurée ferme et vraye. Encore que tous les hommes fussent mensongers et infidèles, toutesfois Dieu ne laisse point d'estre véritable. Encore que tous fussent perduz et damnez, toutesfois Jésus Christ demeure salut. Nous confessons donc le Baptesme pour ce temps-là ne nous avoir rien profité, puis que la promesse demeuroit mesprisée, qui nous estoit en iceluy olîerte, sans laquelle le Baptesme n'est rien. Maintenant puis que, grâces à Dieu, nous avons commencé a nous amender, nous accusons nostre aveuglement et dureté de cœur, entant qu'avons esté tant longuement ingrats à sa bonté : mais nous ne croyons pas pourtant (jue sa promesse se soit esvanouye, ains plustost considérons ainsi : Dieu par le Baptesme promet remission des péchez, et sans doute tiendra promesse à tous croyans. Celle promesse nous a esté offerte au Baptesme : embrassons-la donc par foy. Certes elle nous a long temps esté ensevelie, pour raison de nostre infidélité: maintenant donc recouvrons-la par foy. Pour ceste raison, (]uand le Seigneur exhorte à repentance le peuple Judaïque, il ne commande pas à ceux qui avoyent esté circoncis par les mains des iniques et des sacrilèges, et avoyent aussi vescu quelque temps en mesme impieté, de se circoncir derechef: mais requiert laseuJe conversion du cœur. Car comment que ce fust que son alliance eust esté violée par eux, toutesfois le signe d'icelle, comme il l'avoit institué, demeuroit tousjours ferme et inviolable. Donc il les recevoit par ceste seule condition, qu'ils revinssent à amendement : leur confermant l'alliance laquelle il avoit une fois faite avec eux par la Circoncision,

combien (pfelle leur eust esté l)aillée par mesclians Sacrilicateurs, et qu'elle leur eust esté faussée par leur propre iniquité, entant qu'en eux estoit, jusqu'à en estaindre l'elTect.

18. .Mais il leur semble advis qu'ils nous jettent un dard de feu, quand ils allèguent sainct Paul avoir rebaptizé ceux qui avoyent une fois esté baptizez du Baptesme de sainct Jean (Act. 19, 3. 5). Car si selon nostre confession, le Baptesme de sainct Jean a esté du tout un mesme Baptesme qu'est maintenant le nostre : comme ceux-là estans auparavant mal instituez, après avoir esté enseignez de la droite foy, ont en icelle esté rebaptizez : ainsi le Baptesme qui a esté sans vraye doctrine, doit estre réputé pour rien : et devons estre baptizez de nouveau en la vraye religion, laquelle maintenant nous avons tout premièrement goustée. Il semble advis a d'aucuns (juc ç'avoit esté quelque fol imitateur de sainct Jean, qui les avoit auparavant baptizez plustost en quelques vaines superstitions, qu'en la vérité. Et ont pour raison ceste conjecture, qu'iceux confessent qu'ils ne savent que c'est du sainct Esprit : en laquelle ignorance sainct Jean, ne les eust pas laissez, Mais il n'est pas non plus vray semblable que des Juifs mesmes, qui n'eussent point esté baptizez, n'eussent eu aucune cognoissance de l'Esprit, duquel il leur estoit fait souvent mention en l'Escriture. La response donc qu'ils font, c'est qu'ils ne savent si l'Esprit est, se doit entendre qu'ils n'avoyent rien entendu, assavoir si les grâces du sainct Esprit, desquelles sainct Paul les interroguoit, estoyent distribuées aux disciples de Christ. Quant à moy, j'accorde le premier Baptesme qui fust donné à ceux-là, avoir esté le vray Baptesme de sainct Jean, et un mesme avec celuy de Jésus Christ : mais je nie qu'ils ayentesté rebaptizez. Que veulent donc dire ces parolles : Ils ont esté rebaptizez au nom de Jésus "? Aucuns l'interprètent, que seulement c'est à dire qu'ils furent par sainct Paul instruits de pure et bonne doctrine : mais je l'aime mieux entendre plus simplement qu'il parle du Baptesme du sainct Esprit : c'est à dire que les grâces visibles du sainct Esprit leur furent données par l'imposition des mains. Lesquelles grâces sont assez souvent en l'Escriture nommées Baptesme. Comme il dit, qu'au jour de la Pentecoste les Apostrcs se .souvindrent des parolles du Seigneur touchant le Baptesme de TEsprit et du feu (Act. 1, o ; H, 16). Et .sainct Pierre recite que les grâces qu'il voyoit cspandues sur Corneille et sui' sa famille, luy avoyent aussi réduit en mémoire les mesmes parolles. Et ne répugne point ce qui est après escrit : Quand il leur eust imposé les mains, le sainct Esprit descendit sur eux. Car sainct Luc ne recite pas deux choses diverst^s, mais il poursuit une forme de narration familière aux Hebrieux;

Page 1