LIVRE IV
lesquels proposent premièrement la chose en somme, après ils la declairent plus ampleiiient. Ce qu'un chacun peut appercevoir de la déduction mesme des paroUes. Car il est dit, Ces choses ouyes ils ont esté baptizez au nom de Jésus : et (juand sainct Paul leur eust imposé les mains, le sainct Esprit descendit sur eux. Par ceste dernière locution est descrit quel fust ce Baptesme-là. Que si le premier Baptesme estoit cassé et annulé par l'i^aiorance de ceux qui l'auroyent receu, tellement qu'il en fausist reprendre un autre, les Apostres devoyent estre rebaptizez les premiers : lesquels après leur Baptesme ont esté trois ans qu'ils n'avoyent pas grande cognoissance de la vraye doctrine. Et entre nous, quelles mers pourroyent suffire à réitérer tant de Baptesmes, que uostre Seigneur corrige journellement en nous d'ignorances ?
19. La vertu, dignité, utilité, et la fin de ce mystère doyvent estre assez esclaircies, comme je pense. Quant est du signe extérieur, il seroit bien à désirer que la pure institution de Jésus Christ eust eu telle révérence qu'elle meritoit, pour reprimer l'audace des hommes. Car comme si c'eusl esté chose contemptible et do petite valeur, de baptizer en eau selon le précepte de Jésus Clunst, on a controuvé une bénédiction solennelle, ou plustost une conjuration et enchantement, pour polluer la vraye consécration de l'eau. On a puis adjousté le cierge avec le chresme. Il a semblé que le souffle pour conjurer le diable ouvroit la porte au Baptesme. Or combien que je n'ignore pas combien l'origine de ces fatras estranges est ancienne, toutesfois il nous est licite de rejetter tout ce que les hommes ont osé adjouster à l'institution de Jésus Christ. Au reste, le diable voyant que ses tromperies avoyent esté dés le commencement de l'Evangile si aisément receues et sans difficulté, par la folle crédulité du monde, s'est enhardy à se desborder à des moqueries plus lourdes. Et de là est venu leur crachat, leur sel, et tels badinages, qui ont esté mis en avant avec une horrible licence, en opprobre et vitupère du Baptesme. Apprenons donc par telles expériences, qu'il n'y a saincteté ne meilleure ne plus asseurée, que de nous arrester du tout à l'authorité de Jésus Christ. Ainsi il eust beaucoup mieux vallu, laissant ces pompes de farces, qui esblouissent les yeux de» simples et abestissent leurs sens, quand il y a quelcun à baptizer, qu'il fust représenté devant l'Eglise pour estre offert à Dieu de tous avec prières : que là fust recitée la confession de foy, et ce qui est de l'usage du Baptesme, et ainsi que l'action fust simple, comme l'Escriture le porte : que les promesses qui sont au Baptesme fussent là proposées et declairées : qu'il fust après baptizé au nom du Père et du Fils et du sainct Esprit : que finalement avec prières et action de grâces il
fust renvoyé. Ainsi rien n'y seroit omis de ce ([ui y sert, et celle unique cérémonie de laquelle Dieu est autheur reluyroit tresclairement sans estre opprimée de nulles estranges ordures. Au reste, c'est une chose de nulle importance, si on baptize en plongeant du tout dedans l'eau celuy qui est baptizé, ou en respandant seulement de l'eau sur luy : mais selon la diversité des religions, cela doit demeurer en la liberté des Eglises. Car le signe est représenté et en l'un et en l'autre. Combien que le mot mesme de Baptizer, signifie du tout plonger: et (ju'il soit certain que la coustume d'ainsi totalement plonger, ait esté anciennement observée en l'Eglise.
20. Il est mestier d'advertir icy que c'est une cbose perverse qu'un privé entreprenne d'administrer ne le Baptesme ne la Cène. Car la dispensation de l'un et de l'autre, est une partie du ministère pubhque. Qu'ainsi soit, Jésus Christ n'a point commandé aux femmes ny à personnes privées de baptizer : mais a commis ceste charge à ceux qu'il avoit ordonnez Apostres. Et quand il a commandé à ses disciples de faire en célébrant la Ceue, ce qu'il avoit fait : il les a sans doute voulu instruire, qu'à son exemple U y en eust un qui dispensast le Sacrement aux autres. Touchant ce que de long temps, et quasi du commencement de l'Eghse, ceste coustume a esté introduite, qu'en l'absence du ministre un homme particulier peust baptizer mi enfant qui fust en danger de mort, cela n'est fondé en nuUe raison. Et mesme les Anciens qui observoyent ceste coustume, ou la toleroyent, n'estoyent point certains si c'estoit bien fait ou non : car sainct Augustin en parle avec doute, et ne peut pas déterminer si cela se fait sans péché. Touchant des femmes, il fut résolu de son temps au Concile de Carthage ^'-, qu'elles n'eussent à baptizer sur peine d'excommunication "l Us allèguent, que si un enfant decedoit sans Baptesme, il seroit privé de la grâce de régénération. Je respon que c'est folie. Dieu prononce qu'il adopte noz enfans, et les retient pour siens devant qu'ils soyeut naiz, en nous disant qu'il sera le Dieu de nostre semence après nous (Gen. 17, 7). C'est en ceste paroUe que leur salut consiste et est comprins : et ce seroit faire trop grande injure à Dieu, de nier que sa promesse ne suffise à mettre en effect ce qu'elle contient. Peu de gens se sont advisez combien ceste sentence mal entendue et mal exposée estoit pernicieuse : assavoir que le Baptesme est requis à salut de nécessité. Et voila pourquoy ils la laissent couler trop facilement. Car si ceste opinion a lieu, que tous ceux qui n'auront peu estre plongez en l'eau sont damnez, nostre condition sera pire que celle du peuple ancien : d'autant que la grâce de Dieu sera plus restreinte qu'elle n'estoit sous la Loy. Et par ainsi on esti-