‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 607 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

mera que Jésus Christ est venu, non pas pour accomplir les promesses, mais pour les anéantir. Veu que la promesse de salut avoit assez de vertu devant le huietieme jour, encore que la Circoncision ne fust point receue: maintenant elle n'auroit nulle fermeté sans eslre aidée du signe.

21. Or il appert par les plus anciens Docteurs quelle a esté la coustume de l'Eglise devant que sainct Augustin lust nay. En premier lieu, de Tertullien, quand il dit qu'il n'est point permis à une femme de parler, ne d'enseigner, ne baptizer, ny oll'rir : afin qu'elle n'usurpe nul estât propre à l'homme, et tant moins au Prestre. Nous avons aussi un bon tesmoin et authentique en Epiphane ^'*, quand il reproche à Marcion comme une lourde faute, qu'il donnoit licence aux femmes de baptizer. Je say bien ce (|u'on allègue au contraire, que l'usage est différent de ce qui se fait par nécessité urgente. Mais puis qu'Epiphane prononçant que c'est une moquerie de donner congé aux femmes de baptizer, n'adjouste nulle exception, il appert (jue cest abus est tellement condamné de luy, qu'il n'admet nulle excuse au contraire. Pareillement au livre troisième, disant qu'il n'a pas esté licite mesme a la vierge Marie de baptizer, il n'est pas question de restreindre aucunement son propos.

2:2. L'exemple de Sephora est icy tiré inconsidérément: car ce qu'ils allèguent qu'elle a circoncy son fils, et que l'Ange de Dieu par ce moyen a esté appaisé (Ex. 4, 23): de là ils infèrent sottement que l'acte ait esté approuvé de Dieu. Car par une mesme raison il faudroit dire, que le service meslé que dressèrent en Samarie ceux qui estoyent là envoyez d'Orient, eust esté aggreable à Dieu: veu que depuis ils ne furent plus molestez des bestes sauvages. Mais il est aisé à prouver par beaucoup d'autres bonnes raisons, que c'est une bestise de vouloir tirer en exemple pour imiter, le fait de ceste folle femme. Si je disoye que c'a esté un acte singulier qui ne doit point estre tiré en reigle : item, Puis que nous ne lisons point qu'il y eust eu jadis mandement exprés donné aux Prestres pour circoncir, qu'il y a quelque diversité entre l'estat d'aujourdhuy et celuy d'alors, cela possible suffiroit pour clorre la bouche à ceux qui introduisent les femmes à baptizer. Car les paroUes de Jésus Christ sont claires, Allez, enseignez tous peuples et les baptisez (Matth. 28, 19). Puis qu'il n'ordonne point d'autres ministres du Baptesme, que ceux-là mesmes ausquels il donne la charge de prescher l'Evangile : et que tesmoin l'Apostre, nul ne doit usurper honneur en l'Eglise sinon qu'il soit appelle, comme Aaron (Hebr. o, 4) : quiconque baptize sans vocation légitime, fait mal et perversement

de s'ingérer en la charge d'autruy.Sainct Paul declaire (lue tout ce qu'on entre[)rond sans certitude de foy, voire aux choses les plus petites, comme au boire et au manger, est péché (Rom. H, 23). 11 y a bien donc faute plus lourde et énorme au baptesme des femmes, où il est tout évident qu'on viole la reigle donnée de (Christ, d'autant (|ue nous savons que c'est un sacrilège de distraire les choses que Dieu a conjointes. Mais encore que je laisse tout cela, j'adverly seulement les lecteurs qu'ils considèrent bien que la femme de Moyse n'a rien moins cherché que d'otlrir son service a Dieu. Voyant son enfant en danger de mort, elle se despite et murmure : et jette le prépuce en terre non sans colère : et en injuriant son mary, elle s'aigrit et se rebecque contre Dieu. Bref, tout ce qu'elle fait procède d'une impétuosité desordonnée, d'autant qu'elle se fasche et se desgorge contre Dieu et son mary, à cause qu'elle est contrainte d'espandre le sang de son fils. Et encore qu'elle se fust bien portée en tout le reste, c'est une témérité inexcusable de ce qu'elle présume de circoncir son enfant en la présence de Moyse si excellent Prophète de Dieu, qui n'a point eu son pareil en Israël : ce qui ne luy estoit pas plus loisible, qu'il est aujounihuy a une femme de baptizer présent un Evesque. Au reste, toutes ces questions seront décidées, quand ceste fantasie sera arrachée des esprits des hommes : c'est que les enfans sont forclos du royaume du Paradis, s'ils n'ont receu le Baptesme. Or comme nous avons dit, on fait grand tort et injure à la vérité de Dieu, si on ne s'y repose du tout, tellement que de soy elle ait pleine et entière vertu de sauver. Le Sacrement est puis après adjousté comme un seau, non pas pour donner vertu à la promesse, comme si elle estoit débile de soy, mais seulement pour la ratifier envers nous: afin que nous la tenions tant plus certaine. De là il s'ensuit que les petits enfans engendrez des Chrestiens ne sont point baptizez pour commencer d'estre enfans de Dieu, comme si auparavant ils ne luy eussent en rien appartenu, et eussent esté estrangiers de l'Eglise : mais plusto.st afin que par ce signe solennel il soit d éclairé qu'on les reçoit en f Egfise, comme estans desja du corps d'iceUe- Car quand il n'y a ne contemnement, ne nonchalance, nous sommes hors de tout danger. Parquoy le meilleur est de porter cest honneur à f ordonnance de Dieu, que nous ne prenions point les Sacremens d'ailleurs que du lieu où il les a mis. Or il en a donné la dispensation à l'Eglise. Quand donc nous ne les pouvons recevoir d'icelle, n'estimons pas que la grâce du sainct Esprit soit tellement liée à iceux, que nous ne l'obtenions en vertu de la seule parolle de Dieu.

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