‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 608 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Que le Baptesme des petits enfaus convient tresbien à l'institution de

Jésus Christ et à la nature du signe.

1. Or d'autant que nous voyons l'oljservation que nous tenons de haptizer les petits enfans, estre impugnée et débattue i)ar aucuns esprits malins, comme si elle n'avoit point esté instituée de Dieu, mais inventée nouvellement des hommes, ou pouj- le moins quehiues années après le temps des Apostres: j'estime qu'il viendra bien à propos, de confermer en cest endroit les consciences imbecilles, et réfuter les objections mensongieres que pourroyent faire tels séducteurs, pour renverser la vérité de Dieu aux coHirs des simples, qui ne seroyent pas fort excrcitez pour respondre à leurs cautellcs et cavillations. Car ils usent communément d'un argument assez favorable en première apparence: c'est qu'ils ne désirent autre chose, sinon que la parolle de Dieu soit purement gardée et maintenue en son entier, sans y rien adjouster ne diminuer, comme ceux qui premièrement ont esté inventeurs de baptizer les petits enfans y ont adjousté, y attentans ceste chose sans en avoir aucun commandement. Laquelle raison nous concéderions estre assez suffisante, s'ils pouvoyent prouver leur intention, que ce Baptesme soit procédé de l'invention des hommes, et non pas de l'ordonnance de Dieu. Mais rpiand aucontraire, nous aurons clairement monstre que faussement et à tort ils imposent ceste calomnie, d'appeller Tradition humaine ceste institution très-bien fondée sur la parolle de Dieu, que reste-il plus, sinon que ceste couleur laquelle ils prétendent en vain, s'en aille en fumée ? Ainsi cherchons l'origine première du Baptesme des petits enfans. Car s'il appert qu'il ait esté controuvé par la témérité des hommes, je confesse qu'il le f;xut la laisser, pour en prendre la vraye reiglo de ce ([ue le Seigneur en a ordonné: d'autant que les Sacremens ne pendroyent que d'un filet, s'ils n'estoyent fondez en la parolle de Dieu. Mais si nous trouvons que les petits enfans sont baptizez en l'authorité de Dieu, gardons bien de iuy faire outrage, en reprouvant son ordonnance.

2. Pour le premier, ce doit bien estre une chose résolue entre les fidèles, que la droite considération des signes ou Sacremens que le Seigneur a laissez et recommandez à son Eglise, ne gist point en l'extériorité ou cérémonie externe seulement: mais principalement dépend

des promesses et mystères spirituels que nostre Seigneur a voulu représenter par telles cérémonies. Parquoy pour bien recognoistre que c'est (lue du Baptesme, et qu'il emporte, il n'est pas ([uestion de s'arrester du tout à l'eau et ce qui se fait extérieurement: mais il est besoin d'eslever noz pensées aux promesses de Dieu qui nous y sont données, et aux choses intérieures et spirituelles qui nous y sont demonstrées. Si nous avons cela, nous tenons la substance et la vérité du Baptesme: et mesme de là viendrons à comprendre à (|uelle fin a esté ordonnée ceste aspersion d'eau qui se fait, et de quoy elle nous sert. D'autrepart, si ces choses mesprisées et laissées, nous avons l'esprit fiché seulement et du tout en l'observatien extérieure, nous ne comprendrons jamais sa vertu, ne l'importance du Baptesme, ne mesme que veut dire ceste eau de laquelle on y use, ne qu'elle signifie. Nous ne poursuyvons pas cecy par longues paroUes, veu que c'est une chose tant clairement et si souvent desmontrée en l'Escriture, qu'elle ne peut estre aucunement douteuse ny obscure entre les Chrestiens. Il reste donc au surplus de chercher es promesses données au Baptesme, quelle est la propre substance d'iceiuy. L'Escriture nous enseigne que la remission et purgation de nos péchez, que nous avons par l'effusion du sang de Jésus Christ, nous y est premièrement représentée: après, la mortification de nostre chair, que nous obtenons pareillement en communicant à sa mort, pour ressusciter à nouveauté de vie : c'est assavoir à innocence, saincteté et pureté. En quoy nous comprenons premièrement, que le signe visible et matériel n'est sinon représentation des choses plus hautes et plus excellentes : pour lesquelles comprendre, il nous faut avoir nostre recours k la parolle de Dieu, en laquelle gist toute la vertu du signe. Or par icelle nous voyons les choses signifiées et représentées, estre la purgation de noz péchez, la mortification de nostre chair, pour estre faits participans de la régénération spirituelle, laquelle doit estre en tous les enfans de Dieu. Davantage, elle monstre que toutes ces choses sont causées en Jésus Christ, comme en estant le fondement. Voila en somme la déclaration du Baptesme, à laquelle se peut réduire et référer tout ce qui en est dit en l'Escriture :

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