LIVRE
gré, l;i .source de divinité soit au Père: loutesfois nous disons que c'est une illusion détestable, que l'essence soit réservée à luy seul à part, comme s'il avoit déifié son Fils : car par ce moyen il y auroit essence diverse et desclii(iuetée en pièces, ou Jésus Christ scroit appelé Dieu à fausses enseignes, et par imagination. S'ils accordent que le Fils soit Dieu, mais second après le Père : il s'ensuyvra que l'essence laiiuelle est au Père sans génération ne forme, aura esté engendrée et formée en Jésus Christ. Je say f[ue beaucoup de gaudisseurs se mo(]uent, (juaud nous tirons la distinction des personnes du passage de Moyse, p-aisons rhonune à nostre image (Cen. 1, iQ) : et toutesfois quiconcjue sera de sens rassis voit bien que telle forme de deviser seroil froide et inepte, s'il n'y avoit plusieurs personnes en Dieu. Or il est certain que ceux ausquels le Père s'adresse n'ont point esté créez. De chercher rien qui n'ait esté créé, c'est un abus : excepté Dieu , voire luy seul. Maintenant s'ils n'accordent ([ue la puissance de créer et droit de commander a esté commun au Fils et au sainct Esprit aussi bien qu'au Père, il s'ensuyvra (pie Dieu n'a point lors parlé en soy, mais ([u'il aura adressé son propos h des ouvriers forains; bref un seul passage nous depeschera de leurs deux objections; car quand Jésus Christ dit que Dieu est esprit (Jean 'i, 24), de restreindre cela au Père, il n'y auroit ordre, comme si la Parolle n'estoit point de nature spirituelle. Or si le nom d'esprit convient au Fils, je conclu qu'il est aussi bien compris sous le nom de Dieu. Tantost après il est adjousté, que le Père n'approuve point autre service que celuy qui luy est fait en esprit et vérité; dont il s'eiisuyt que Jésus Christ en exerçant l'office de Docteur sous le souverain chef, attribue au Père le nom de Dieu : non pas pour abolir sa deité de luy, mais pour nous eslever à icelle comme par degrez.
25. Mais voicy en quoy ils s'abusent, assavo ir d'en imaginer trois, desquels chacun ait une partie de l'essence divine. Or nous enseignons selon fEscriture, qu'il n'y a qu'un seul Dieu essentiellement ; et que l'essence du Fils n'est engendrée non plus que celle du Pcre : mais d'autant que le Père est premier en ordre, et (lu'il a engendré de soy sa sagesse, c'est à bon droict qu'il est tenu pour principe et source de toute divinité, comme il a esté dit. Ainsi Dieu absolument n'est point engendré ; et le Père aussi au regard de sa personne n'est point en. gendre. Ils se trompent aussi en une autre illusion, c'est qu'il leur semble que nous estaljlissons une quateruité: mais ils nous imposent faussement ce (pi'ils ont forgé en leur cerveau, comme si nous disions que trois personnes découlassent d'une essence comme trois ruisseaux. Or auconU'aire il appert par toute nostre doctrine, (iue nous ne tirons pas les personnes de
l'essence pour en cstre séparées ; mais en disant qu'elles y résident, nous mettons distmctiou de l'une à l'autre. Si les personnes estoyent séparées de l'essence, leur raison auroit quelque couleur: mais en ce faisant il y auroit une trinité de dieux, non point de personnes, lesquelles nous disons qu'un seul Dieu comprend en soy : et ainsi la question frivole qu'ils esmeuvent est solue: assavoir quand ils demandent si l'essence n'entrevient point à faire la trinité: comme si nous estions si bestes dépenser ([ue trois dieux descendissent d'icelle. Or nous disons que Dieu estant entier en soy, a seulement ses proprietez distinctes. En ce qu'ils répliquent (jue la trinité sera donques sans Dieu, ils se monstrent tousjours aussi lourds et hebetez. Car combien ({u'elle n'entrevienne point à distinguer les personnes comme une partie ou portion, toutesfois les personnes ne sont pas sans icelle, ne hors d'icelle, veu que le Père sans estre Dieu ne pouvoit estre Père: et le Fils ne pouvoit autrement estre Fils sinon estant Dieu. Pourquoy nous disons absolument que la deité est de soy : et voila pourtpioy nous confessons ([ue le Fils, entant qu'il est Dieu, sans avoir esgard à la personne a son estre de soy mesme: entant qu'il est Fils, nous disons qu'il est du Père : par ce moyen son essence est sans commencement, et le commencement de sa personne est Dieu. Et de fait tous les anciens docteurs de l'Eglise, en parlant de la trinité ont rapporté seulement ce nom aux personnes : pource ({ue ce seroit un erreur trop énorme, voire mesmes une impieté trop brutale, de mettre l'essence en la distmctiou. Car ceux qui se forgent une concurrence, de l'essence et du Fils et de l'Esprit, comme si l'essence estoit au lieu de la personne du Père, anéantissent ouvertement l'essence du Fils et de l'Esprit. Car le Fils a quelque estre, ou il n'en a point. S'il en a, voila deux essences pour jouster l'une contre l'autre : s'il n'en a point, ce ne seroit qu'une ombre. Bref si ces deux noms. Père et Dieu, valloyent autant l'un comme l'autre, et que le second n'appartint point au Fils, le Père seroit tellement déliant, ({u'il ne resteroit au Fils qu'un ombrage de phantosme : et la trinité ne seroit autre chose qu'une conjonction d'un seul Dieu avec deux choses créées.
20. Quant à ce (ju'ils objectent, que si Christ est vrayement Dieu il seroit mal nommé Fils de Dieu: desja j'ay respondu, puis que lors il se fait comparaison d'une personne à l'autre, que le nom de Dieu n'est point pris absolument : mais qu'il est speciflé du Père entant qu'il est le commencement de deité: non pas en donnant essence à son Fils et à son Esprit, comme ces Ithautastiques babillent, mais au regard de l'ordre que nous avons declairé. En ce sens se doit prendre le propos du Seignem' Jésus Christ, C'est la vie éternelle de croire que tu es le seul Dieu,