LIVRE IV
rituel? auquel si nous avons esgard, il n'y aura nulle doute que le Baptesnie n'appartienne à Ijon droit aux ent'ans. Car par ce que nostre Seigneur a ordonné anciennement la Circoncision aux enfans, il a monstre évidemment qu'il les faisoit participans de tout ce qui y estoit représenté. Autrement il taudroit dire que telle institution n'auroit esté que mensonge et feintise, et mesmes belle tromperie : ce qui ne peut esu-e ouy ny enduré entre les fidèles. Car le Seigneur dit notamment, (jue la Circoncision donnée au petit enfant, luy sera en confirmation de l'alliance laquelle a esté recitée. Si donc l'alliance demeure tousjours une, il est trescertain que les enfans des Chrestiens n'en sont pas moins participans, qu'ont esté les enfans des Juifs sous le vieil Testament. Et s'ils sont participans de la chose signifiée, pourquoy ne leur sera communiqué le Sacrement, qui n'est sinon figure et représentation? S'il est question de discerner le signe extérieur de la Parolle, lequel sera estimé le plus grand et le plus excellent ? Certes d'autant que le signe sert à la Parolle, on voit bien qu'il est inférieur et de moindre estime. Or il est ainsi que la parolle du Baptesme s'adresse aux petits enfans : pourquoy donc en destournera-on le signe, lequel est comme une dépendance d'icelle? S'il n"y avoit que ceste seule raison, elle est bien assez suffisante pour fermer la bouche à tous contreilisans. La raison (pi'on amené touchant le jour prefix à la Circoncision n'est aucunement de mise. Bien est vray que le Seigneur ne nous a pas liez à certains jours, comme il a fait les Juifs : mais nous laissant liberté en cela, il nous a toutesfois declairé comment les petits enfans devovent estre solennellement receuz en son alliance. Qu'est-ce que nous demandons davantage ?
6. Toutesfois l'Escriture encores nous ameine à plus évidente cognoissanee de vérité. Car il est certain (|ue l'alliance qu'a faite une fois le Seigneur avec Abraham, disant qu'il vouloit estre son Dieu et le Dieu de sa semence, n'est pas moms aujourdhuy entre les Chrestiens, qu'elle a esté lors entre le peuple Judaïque : et que ceste parolle ne s'adresse pas moins aujourdhuy aux Chrestiens qu'elle s'adressoit aux Pères du vieil Testament. Autrement il s'ensuyvroit que la venue de Jésus Christ auroit amoindri et accoure! la grâce et miséricorde de Dieu : qui est un horrible blasphème à dire et à ouir. Et de fait, comme les enfans des Juifs ont esté appeliez Lignée saincte, à cause qu'ils estoyent héritiers de ceste alliance, et estoyent segregez des enfans des infidèles et idolâtres : aussi les enfans des Chrestiens sont dits par mesme raison, Saincts, encore qu'ils ne soyent engendrez sinon de père fidèle ou de mère, et sont discernez des autres par le tesmoignage de l'Escriture (1 Cor. 7, i4). Or est-il ainsi que le
Seigneur, après avoir promis à Abraham ceste alliance, veut qu'elle soit testifiée et seellée aux petits enfans par le Sacrement extérieur (Gen. 17, 12). QueUe excuse donc avons-nous, que nous ne la testifions et seellions aujourdhuy comme de ce temps-là? Et ne peut-on alléguer qu'il n'y a eu autre Sacrement ordonné pour la testifier que la Circoncision, laquelle est abolie. Car la response est preste, Que pour le temps nostre Seigneur a lors ordonné la Circoncision : neantmoins qu'après la Circ(mcision abroguée, la raison de la confermer demeure tousjours, veu qu'elle nous est autant commune comme aux Juifs. Et pourtant il faut tousjours diligemment regarder ce que nous avons commun avec eux et semblable, et ce qui est divers. L'alliance est commune, la raison de la confermer est semblable : la di v'ersité est seulement en cela, qu'ils ont eu la Circoncision pour confirmation, dequoy le Baptesme aujourdhuy nous sert. Autrement la venue de Christ auroit fait que la miséricorde de Dieu devroit moins estre sur nous declairée qu'elle n'a esté sur les Juifs, si le tesmoignage qu'ils ont eu pour leurs enfans nous estoit osté. Si cela ne se peut dire sans deshonnorer grandement Jésus Christ, par lequel la bonté infinie du Seigneur a esté plus amplement et richement que jamais espandue et manifestée sur la terre, il faut concéder que la grâce de Dieu ne tloit pas estre plus cachée, ne moins asseurée qu'eUe n'a esté sous les ombres de la Loy.
7. A ceste cause nostre Seigneur Jésus, voulant monstrer qu'il estoit plustost venu pour augmenter et multiplier les grâces de son Père que pour les restreindre, reçoit benignement et embrasse les enfans qui luy sont présentez, reprenant ses Apostres de ce qu'ils y vouloyenl mettre empeschement, pource qu'ils destournoyent ceux ausquels le royaume des cieux appartient, de venir à luy qui en est la voye et l'accès (Mattb. 19, 13. i4). Mais (luelle similitude, dira quelcun, a cest embrassement de Jésus avec le Baptesme ? Car il n'est pas dit qu'il les ait baptisez, mais seulement qu'il les a receuz et embrassez, et prié pour eux. Pour bien donc ensuyvre cest exemple de nostre Seigneur, il faudroit prier pour les petits enfans, et non pas les baptizer, ce qui n'a pas esté ftiit de luy. Or il nous faut un petit mieux poiser la doctrine de l'Escriture, que ne font pas teUes gens. Car ce n'est pas une chose legiere, que Jésus Christ veut les enfans luy estre présentez : adjoustant la raison, Pource qu'à tels est le royaume des cieux. Et encore après il declairé sa volonté par efïect, entant qu'il les embrasse et prie pour eux. Si c'est une chose raisonnable d'amener les enfans à Jésus Christ, pourquoy ne sera-il loisible de les recevoir au Baptesme, qui est le signe extérieur par lequel Jésus Clirist nous de-