CHAPITRE XVI
claire la communion et société que nous avons avec luy? Si le royaume des cicux leur appartient, pour(iuoy leur sera ilenié le sii^ne, par lequel nous est donnée comme une entrée en l'Eglise , pour nous ileclairer héritiers du royaume de Dieu? Ne serions-nous pas bien inicjues de repousser ceux (jue nostre Seigneur appelle à soy? de leur refuser ce qu'il leur donne ? de leur fermer la porte quand il leur ouvre? Et s'il est (luestion de séparer du Haptesme ce qu'a fait Jésus Christ: toutesfois lequel doit estre estimé le plus grand, ou (pie Jésus Christ les reçoyve, leur imi)ose les mains i)Our signe de sanctification, et prie pour eux, demonstrant qu'ils sont siens : ou que nous par le Baptesme testifions qu'ils appartiennent k son alliance? Les autres cavillations ([u'on amené pour soudre ce passage, sont trop frivoles. Car de vouloir prouver (jue c'estoyent enfans desja grans, pource que Jésus dit qu'on les laisse venir, cela répugne trop évidemment à l'Escriture, laquelle les appelle petits enfantelets, qu'il falloit porter: tellement que ce mot. Venir, doit estre interprété pour Approcher simplement. Voila comment ceux qui s'opiniastrent contre la vérité, cherchent en chacune syllabe matière de tergiverser. Ce (jue d'autres objectent qu'il n'est pas dit que le royaume céleste appartienne aux enfans, mais à tels (ju'eux, est aussi bien une évasion eschap[)atoire. Car si cela avoit lieu, ([uelle seroit la raison de nostre Seigneur, par laquelle il veut monstrer que les enfans doyvent approcher de luy? Quand il dit : Laissez les enfans venir à moy, il n'est rien plus certain ([u'il parle des petits enfans d'aage. Et pour donner à entendre qu'il est raisonnable, il adjouste : Car à tels est le royaume des cieux. En quoy il faut nécessairement (ju'ils soyent comprins. Et partant faut exposer le mot de Tels, en ceste manière : Qu'à eux et leurs semblables appartient le royaume des cieux.
8. Il n'y a desja celuy qui ne voye, le Baptesme des petits enfans n'avoir esté forgé témérairement des hommes, veu qu'il a si évidente approbation des Escritures. Et n'y a aucune apparence en l'objection que font aucuns : c'est assavoir fju'on ne sauroit monstrer par l'Escriture, que jamais enfant ait esté baptizé par les Apostres. Car combien que nous confessons qu'il n'est point expressément monstre, toute.sfois ce n'est pas à dire qu'ils ne les ayent baptisez, veu que jamais n'en sont exclus, quand il est fait mention que quebiue famille a esté baptizée (Act. 16, io, 33). Par un tel argument nous pourrions prétendre que les femmes ne doyvent estre admises à la Cène de nostre Seigneur, puis (ju'il n'est jamais parlé en l'Escriture qu'elles y ayent communié du temps des Apostres. Mais en cela nous suyvons, comme il appartient, la reigle de la foy, regardans seulement
si l'institution de la Cène leur convient, et si selon l'intention de nostre Seigneur, elle leur doit estre baillée : comme aussi nous faisons en ce Baptesme. Car en considérant pour qui lia esté ordonné, nous trouvons qu'il n'appartient pas moins aux petits enfans, (ju'aux grans d'aage. Parquoy ce seroit frauder l'intention du Seigneur, s'ils en estoyent rejetiez. Tant y a que ce ([u'ils sèment est une pure menterie : de dire (lue long tenqjs après les Apostres il a esté mis sus. Car nous n'avons histoire tant ancienne depuis l'Eglise i)rimitive, laquelle ne rende tesmoignage qu'en ce temps-la mcsmc il estoit en usage.
9. Il reste de monstrer quel profit revient aux fidèles de ceste observation de baptizer leurs enfans : et aux enfans mesmes d'estre baptizez en tel aage. Car il y en a quelques uns qui la rejettent comme inutile et do nulle importance. En quoy ils sont grandement abusez : et quand il n'y auroit autre chose, qu'en ce faisant ils se moquent de l'ordonnance (|u'a fait le Seigneur de la Circoncision, laquelle est de mesme estime et considération, il y auroit assez de matière pour réprimer leur témérité et outrecuidance, de ce que follement et desraisonnablement ils condamnent tout ce qu'ils ne peuvent comprendre en leur sens charnel. Mais nostre Seigneur a encore mieux pourveu pour abbattre leur folle arrogance. C«ar il n'a pas laissé sa volonté si cachée, qu'il n'ait monstre évidente utilité de son institution : c'est que le signe donné aux petits enfans est un seel, pour conformer et comme ratilier la promesse qu'a fait nostre Seigneur à ses fidèles, qu'il espandroit sa miséricorde non seulement sur eux, mais sur leur postérité, jusques en mille générations. En quoy premièrement la bonté de Dieu est testifiée, pour magnifier et exalter son Nom : secondement pour consoler l'homme fidèle, et luy donner meilleur courage de s'adonner du tout à Dieu, quand il voit ce bon Seigneur n'avoir point seulement cure de luy, mais aussi de ses enfans et de sa postérité. Et ne faut dire que la promesse suffiroit pour nous asseurer du salut de noz enfans. Car il a semblé advis autrement à Dieu, lequel cognoissant l'infirmité de nostre foy, l'a voulu en cest endroit supporter. Pourtant quiconques par certaine fiance se reposent sur ceste promesse, que Dieu veut faire miséricorde à leur lignée, leur office est de présenter leurs enfans pour recevoir le signe de la miséricorde : et en cela se consoler et corroborer, quand ils voyent à l'œil l'alliance du Seigneur signée aux corps de leurs enfans. Ce profit en revient à l'enfant, que l'Eglise Chrestiennc le recognoissant membre de son corps, l'a en plus singulière recommandation. Et luy quand il vient en aage, a occasion d'estre plus enclin de servir au Seigneur, lequel s'est de-