‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 612 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

claire à luy pour Père, devant qu'il le cogneust, le recevant au nombre de son peuple dés le ventre de sa mère. Finalement, il nous faut tousjours craindre ceste menace, que si nous mesprisons de marquer noz cnfans du signe de l'alliance, que le Seigneur en fera la vengeance (fien. 17, 14): d'autant qu'en ce faisant nous renonçons au bénéfice qu'il nous présente.

10. Venons aux argumens, «lesquels le malin esprit a tasché d'envelopper plusieurs en erreur et déception, sous ombre de se vouloir arrester à la parollc de Dieu : et considérons quelle force il y a en toutes les machines de Satan, jiar lesquelles il a tasché de renverser ceste saincte ordonnance du Seigneur : laquelle a tousjours, comme il estoit convenable, esté reveremment observée en son Eglise. Ceux donc (;ue le diable pousse de contredire en cest eudroit à la paroUe de Dieu tant certaine, pource (Ui'ils se voyent fort pressez et trop puissamment conveincuz par la similitutle que nous avons mise de la Circoncision avec leBaptesme, s'efforcent de monstrer quelque grande diversité entre ces deux signes, tellement qu'il n'y ait rien commun de l'un à l'autre. Premièrement, en disant que la chose figurée est diverse. Secondement, que l'alliance est toute autre. Tiercement que les enfans doyvent cstre entenduz en diverses manières. Mais quand ils veulent prouver le premier poinct, ils allèguent que la Circoncision a esté figure de la mortification, et non pas du Baptesme. Ce que certes nous leur concédons tresvolontiers : car cela fait pour nous. Et mesme, pour bien prouver nostre intention, n'usons point d'autres mots, sinon que la Circoncision et le Baptesme représentent pareillement la mortification. Et de cela concluons que le Baptesme a succédé à la Circoncision, pource qu'il signifie une mesme chose aux Chrestiens qu'icelle faisoit aux Juifs. Quant au second article, ils monstrent combien ils sont transportez d'esprit: non pas en renversant seulement un passage par fausse interprétation, mais toute l'Eseriture universellement. Car il nous font les Juifs comme un peuple charnel et brutal, qui n'ait eu autre alliance de Dieu que pour la vie temporelle, ny autre promesse, que pour les biens presens et corruptibles. Si ainsi estoit, que reste-il plus sinon que l'on estime ceste nation-là comme un trouppeau de porceaux, lequel nostre Seigneur ait voulu nourrir en l'auge, pour les laisser après périr éternellement? Car toutes fois et quantes que nous objectons la Circoncision et les promesses ([ui y sont données, ils ont incontinent en la bouche, que c'est un signe litcral, et des i)romcsses charnelles.

11. Certes si la Circoncision a esté un signe literal.aussi bien est le Baptesme :veu que sainct Paul au deuxième des Colossiens n'en fait pas

l'un plus spirituel que l'autre, disant qu'en Christ nous sommes circonciz de la Circoncision faite sans main, (luand nous avons despouillé la masse de péché qui habite en nostre chair, laquelle est la Circoncision de Christ (Col. 2, 11). Puis après pour declairer cela, il dit que nous avons esté enseveliz avec Christ au Baptesme. Qu'est-ce que veut dire ce passage autre chose, sinon que l'accomplissement du Baptesme est l'accomplissement de la Circoncision, d'autant que les deux figurent une mesme chose ? Car il veut monstrer que le Baptesme est aux Chrestiens, ce qu'avoit esté auparavant la Circoncision aux Juifs. Or pource que nous avons évidemment cy-dessus exposé, que les promesses de ces deux signes, et les mystères en iceux représentez, ne différent en rien, nous ne nous yarresterons point de présent plus longuement. Seulement nous admonnesterons les fidèles, de considérer si un signe doit estre estimé charnel et litcral, quand tout ce qu'il contient est spirituel et céleste. Mais pourtant qu'ils allèguent quelques passages pour donner apparence à leur mensonge, nous soudrons en trois mots les objections qu'ils peuvent faire. Il est certain que les principales promesses que nostre Seigneur a données à son peuple en l'ancien Testament, esquelles consistoit l'alliance qu'il faisoit avec eux, ont esté spirituelles, appartenantes à la vie éternelle: et pareillement ont esté spirituellement entendues des Pères, pour concevoir espérance de la gloire future, et estre raviz en icelle de toute leur affection. Neantmoins nous ne nions pas qu'il n'ait testifié envers eux sa bonne volonté par autres promesses charnelles et terriennes, voire pour conferiner telles promesses spirituelles : comme nous voyons qu'après avoir promis la béatitude immortelle à son serviteur Abraham, il luy adjouste la promesse de la terre de Clianaan, pour luy declairer sa grâce et faveur sur luy (Gen. 15, 1. 18). En telle sorte il faut prendre toutes les choses terriennes qu'il a promises au peuple Judaïque, tellement que la promesse spirituelle précède tousjours comme fondement et chef, auquel tout le reste se rapporte. Ce que je touche, plus légèrement, pource qu'il a esté déduit plus à plein au traité du vieil et nouveau Testament.

12. La différence des enfans du vieil Testament, (juils veulent mettre avec ceux du nouveau, est telle: Que les enfans d'Abraham pour lors ont esté sa lignée charnelle : maintenant ce sont ceux qui ensuyvent safoy. Et pourtant, que les enfans d'aage, qui estoyent pour lors circonciz, ont figuré les enfans spirituels, qui par la paroUe de Dieu sont régénérez <à vie incorruptible. Enquoy nous recognoissons quelque petite estincelle de vérité : mais en cela s'abusent ces povres estourdiz,qu'ayans leuquelque chose, ils n'ont point l'entendement de passer outre à

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