‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 613 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

considérer ce qui reste encore : ne le jugement pour discerner et accorder tout ce qui appartient à la matière. Nous confessons bien que la semence corporelle d'Abraham a tenu pour un temps le lieu des enfans spirituels, qui par Iby sout incorporez avec luy : car nous sommes appeliez ses enfans, combien (jue nous ne luy attouchons point île parentage charnel (Gai. 4, 28 : Rom. 4, 1:2). Mais s'ils entendent, comme certainement ils demonstrent, que nostre Seigneur n'eust point promis aussi sa bénédiction spirituelle k la semence charnelle d'Abraliam, en cela ils s'abusent grandement. Pourtant voicy la droite intelligence où nous mené l'Escriture: c'est que le Seigneur a donné la promesse à Abraham, que de luy sortiroit la semence dont toutes les nations de la terre seroyent bénites et sanctifiées : luy asseurant (|u'il seroit son Dieu et le Dieu de sa semence. Tous ceux qui reçoivent Jésus Christ par foy, sont héritiers de ceste promesse : et pourtant sont nommez Enfans d'Abraliam.

13. Or combien qu'après la résurrection de Jésus Christ, le royaume de Dieu a esté publié par tout indill'eremment, pour y faire ouverture à tous peuples et nations: afin, comme il dit, (jue les fidèles vinssent d'Orient et d'Occident pour avoir place au royaume céleste, en la compagnie d'Abraham, ïsaac et Jacob (Matth. 8, 11): toutesfois tout le temps qui avoit précédé, nostre Seigneur avoit ordinairement tenu une telle miséricorde comme enclose entre les Juifs : les- (juels il disoit estre son royaume, son peuple peculier, sa propre possession (Ex. 19, o). Or le Seigneur pour declairer une telle grâce envers ceste nation, leur avoit ordonné la Circoncision: laquelle leur fust en signe qu'il se declairoit pour leur Dieu, les recevant en sa protection, pour les conduire en la vie éternelle. Car quand Dieu nous prend en sa charge pour nous garder, que nous peut-il jamais defailUr ? A ceste cause sainct Paul, voulant monstrer que les Gentils sont enfans d'Abraham comme les Juifs, parle en ce.ste manière : Abraham a esté justifié par foy devant qu'eslre circoncy : après a receu la Circoncision pour seel de sa justice, afin qu'il fust père de tous croyans incirconciz, et aussi père des circonciz : non pas de ceux qui n'ont que la Circoncision, mais qui cnsuyvent la foy qu'il a eue (Rom. 4, 10). Ne voyons-nous pas bien comment il les fait pareils et d'égale dignité ? Car pour le temps que nostre Seigneur avoit disposé, il a esté père des fidèles circonciz: quand la muraille a esté rompue, comme dit l'Apostre, pour donner entrée au royaume de Dieu k ceux qui en estoyent forcloz (Ephes. 2, 14) il a esté fait aussi bien leur père, ja soit qu'ils ne fussent circonciz : car le Baptesme leur est pour Circoncision. Et ce que sainct Paul met notamment, qu'il n'est pas père de ceux

qui n'ont autre chose que la Circoncision, c'est pour rabbattre la vaine confiance des Juifs qu'ils avoyent aux cérémonies extérieures. Comme on en pourroit autant dire du Baptesme, pour confuter l'erreur de ceux qui n'y cerchent que l'eau.

14. Qu'est-ce donc que veut dire autre part l'Apostre, quand il enseigne que les vrays enfans d'Abraham ne simt [joint de la chair, mais que seulement ceux (jui sont enfans de la promesse, sont reputez en la semence (Rom. 9, 7. 8)?Ilsemi)le bien que par ces mots il veuille conclurre que d' estre descendu de la semence charnelle d'Abraham ne profite de rien. 11 nous faut icy diligemment noter l'intention de sainct Paul. Car pour monstrer aux Juifs que la grâce de Dieu n'est pas liée à la semence d'Abraham : et mesme que ceste cognation charnelle, par soy n'est d'aucune estime, il lem* ameine au neufieme chapitre des Romains, Ismael et Esau, lesquels combien qu'ils descendissent d'Abraham ont esté rejetiez comme estrangers: et la bénédiction a esté mise en Isaac et Jacob : de quoy il s'ensuit ce qu'il conclud après, c'est ([ue le salut dépend de la miséricorde de Dieu, laquelle il fait à qui bon luy semble : et pourtant, que les Juifs n'ont pas à se glorifier d'estre l'Eglise de Dieu, s'ils n'obéissent à sa paroUe. Xeantmoins après avoir ainsi chastié lenr vaine gloire, cognoissant d'autre part que l'alliance faite avec Abraham pour luy et sa semence n'estoit pas de nulle valeur, mais avoit tousjours son importance : en l'onzième chapitre il deelaire comment on ne doit point contemner icelle semence charnelle d'Abraham, et qu'ils sont les droits et premiers héritiers de l'Evangile, sinon d'autant que par leur ingratitude ils s'en rendent indignes. Si ne laisse-il toutesfois, quelques incrédules qu'ils soyent, de les appeller Saincts, à cause de la saincte progenie dont ils sont descenduz: disant que nous au prix d'eux ne sommes qu'avortons, qui avons esté prins pour estre entez en leur racine, dont ils sont les rameaux naturels. C'est la cause pourquoy il a fallu que l'Evangile leur fust présenté en premier lieu, comme aux enfans premiers naiz en la maison du Seigneur, ausquels telle prérogative estoit deue,jusquàce qu'ils l'ont refusée. Et encore ne les devons-nous contemner, quelque rébellion que nous voyons en eux, espérant que la bonté du Seigneur est encore sur eux à cause de la promesse. Car sainct Paul tesmoigne qu'eUe n'en partira jamais, disant que les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance ne mutation (Rom. M, 29).

15. Voila de quelle importance est la promesse donnée à Abraham pour les siens. Pourtant, combien que la seule élection du Seigneur domine en cest endroit, pour discerner les héritiers du royaume céleste, d'avec ceux qui n'y

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