‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 614 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ont nulle part : si a voulu ce bon Dieu mettre spécialement sa miséricorde sur la lignée d'Abraham, et la testifier et seeller par la Circoncision. Or il y a maintenant une mcsme raison entre les Chresliens. Car comme sainct Paul en ce passage là dit que les Juifs sont sanctifiez par leur souche et origine : aussi autrepart il afferme que les enfans des Chrestiens sont maintenant sanctifiez par leurs parens (1 Cor. 7, 14): pourtant ils doyvent estre segregez des autres, lesquels demeurent immondes. Panjuoy on peut facilement juger, que ce qu'ils prétendent consecjuemment, est faux: c'est que les enfans d'aago, qui ont esté circonciz, ont figuré seulement les enfans spirituels, qui sont régénérez par la parolle de Dieu. Sainct Paul ne l'a pas prins si haut, quand il a cscrit (|ue Jésus Christ estoit ministre de la nation Judaïque pour confermer les promesses faites à leurs pères (Rom. 15,8): comme s'il disoit, Puis (pie les promesses données à Abraham et aux Pères, sont pour leur semence, Jésus Christ, afin d'accomplir la vérité de son Perc, est venu pour tirer ceste nation à salut. Voila comment mesme après la résurrection de Jésus Chiist, sainct Paul entend tousjours la promesse devoir estre accomplie literaleinent. Autant en dit sainct Pierre au second des Actes, dénonçant aux Juifs que la promesse leur appartient, à eux et à leurs enfans (Act. 2, 39). Et au troisième chapitre, il les appelle Enfans, c'est à dire héritiers des Testaniens, regardant tousjours à ceste promesse. Ce que demonstre bien aussi le passage de sainct Paul, qu'avons icy dessus allégué : car il met la Circoncision donnée aux enfans petits d'aage, pour tesmoignage de la communication spirituelle avec Christ (Ephes. 2, il). Et de fait, que pourroit-on autrement respoiidrc à la promesse que fait le Seigneur à ses fidèles par sa Loy, dénonçant qu'il fera miséricorde a leurs enfans pour l'amour d'eux, en mille générations ? Dironsnous que ceste promesse est abolie ? Mais ce seroit destruire la Loy de Dieu, laquelle plustost est establie par Christ, entant qu'elle nous tourne à bien et salut. Que ce nous soit donc un poinct résolu, que le Seigneur reçoit en son peuple les enfans de ceux ausqucls il s'est monstre Sauveur, el qu'en faveur des premiers il accepte les successeurs.

16. Les autres diversitez qu'ils taschent de monstrer entre la Circoncision et le Baptesme, sont du tout ridicules et sans propos : et mesme répugnantes ensemble. Car après qu'ils ont affermé que le Baptesme appartient au premier jour de la bataiUe Chrestienne, la Circoncision au liuitieme, après que la mortification est totalement faite: ils disent incontinent après, que la Circoncision figure la mortification de péché : le Baptesme est l'ensevelissement, après que nous y sommes morts. Certes un phrenetique ne se

contrediroit tant ouvertement : car par l'un des propos il s'ensuyvroit que le Baptesme devroit précéder de la Circoncision : par l'autre, on pourroit déduire qu'il l'a doit suyvre. Or il ne se faut esmerveiller de telle répugnance : car l'esprit de l'homme s'adonnant à forger fables et imaginations semblables cà songes, est enclin à trebuscher en telles absurditez. Nous disons donc que la première de ces deux différences qu'ils veulent mettre, est une pure resverie. Ce n'est pas en ceste manière qu'il faut allegoriser sur le huitième jour. Encore vaudroit-il beaucoup mieux exposer avec les Anciens, que c'estoit pour demonstrcr le renouvellement de vie estre dépendant de la résurrection de Christ, laquelle a esté faite au huitième jour : ou bien, qu'il faut que cesle Circoncision de cœur soit perpétuelle, tant que ceste vie icy dure. Combien qu'il y ait apparence que nostre Seigneur en ce jour ait regardé à la fragilité des enfans. Car voulant son alliance estre imprimée en leurs corps, il est vray-semblable qu'il a mis ce terme, afin qu'ils fussent tellement conformez, que leur vie n'en fust point en danger. La seconde différence n'est pas plus certaine ne solide : car de dire que par le Baptesme nous soyons enseveliz après la mortification, c'est une moquerie. Plustost nous sommes enseveliz pour estre mortifiez, comme l'Escriture l'enseigne (Rom. 6, 4). Finalement, ils allèguent que si nous prenons la Circoncision pour le fondement du Baptesme, ([u'il ne faudroit point que les filles fussent baptizées : veu qu'il n'y avoit que les masles seulement circonciz. Mais s'ils consideroyent bien la convenance de la Circoncision, ils delaisseroyent ceste raison tant frivole. Car d'autant que par ce signe le Seigneur demonstroit la sanctification de la semence d'Israël, il est certain qu'il servoit aussi bien aux femelles qu'aux masles : mais il ne leur estoit appliqué, pource que la nature ne le porte pas. Le Seigneur donc en ordonnant que le masle fust circoncy, a comprins souz iceluy la femelle, laquelle ne pouvant recevoir la Circoncision eu son propre corps, communiquoit aucunement à la Circoncision du masle. Ainsi toutes ces folles fantasies délaissées et rejettées, comme elles le méritent, nous avons tousjours la similitude qui demeure entre le Baptesme et la Circoncision, touchant le mystère intérieur, les promesses, l'usage et l'efficace.

17. Consequemment ils prétendent que le Baptesme ne doit estre communiquez aux petits enfans, lesquels ne sont encores capables du mystère qui y est présenté. Car comme il appert, le Baptesme signiffe la régénération spirituelle, laquelle ne peut estre en cest aage-là. Pourtant, ils concluent qu'il les faut laisser enfans d'Adam, jusques à ce qu'ils auront prins accroissement pour parvenir à la seconde nativité. Tout cela répugne meschamment à la ve-

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