‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 615 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

rite de Dieu. Car s'il est question de les laisser enfans d'Adam, ou les laisse en la mort, veu (|u'il est dit ([n'en Adam nous ne pouvons (jue niouiir. Auconlraire, Jésus Christ dit (ju'on les laisse approcher de luy (Matth. 19, 14). Pourquov ? Pourtant qu'il est la vie. Il les veut donc faire jiarticipans de soy pour les \ ivilier : et ceuv icy bataillent contre sa volonté, disans qu'ils demeureront en la mort. Car s'ils veulent caviller.iiu'ils n'entendent pas (pie les ent'ans périssent, conihien qu'ils demeurent enfans d'Adam : leur erreur est assez conveincu par l'Escriture, (luand il est dit qu'en Adam nous sommes tous morts, et n'avons espérance de vie ipie par Christ (1 Cor. lo, "l"!). Il nous faut donc avoir part en luy, pour estre faits héritiers de la vie. Pareillement il est dit autrejiart. que de nature nous soiiuncs tous sous l'ire de Dieu, conceuz en péché (Eplies. 2, 3; Ps. 51, 7), lequel porte tou.sjours ilamnation avec soy. Il s'ensuit donc f|u'il nous faut sortir de nostre nature, pour comiauiii(iucr au royaume de Dieu. Et sauroit-on dire chose plus ouvertement (jue cecy? La chair et le sanj^' ne posséderont point le royaume de Dieu (i Cor. lo, oO). Il faut donc que tout ce qui est de nous soit aneanty, pour estre faits héritiers de Dieu : ce qui ne se fait sans régénération. En somme, il faut que la parolle de Jésus Christ demeure véritable, où il alferme qu'il est la vie (Jean 11, 25; 14, 6). Pourtant il nous faut estre en luy, pour eschapper la servitude de la mort. Mais comment, disent-ils, pourroyent estre les petits enfans re,i;enerez (jui n'ont cognoissance de bien ne de mal? A cela nous respondons, que combien que l'œuNTe de Dieu nous soit secrette et incompréhensible, neantmoins qu'elle ne laisse point de se faire. Or que le Seigneur rcgenere les petits eufans ({u'il veut sauver, comme il est certain qu'il en sauve aucuns, il est tresevident. Car s'ils naissent en corruption, il faut qu'ils en soyent purgez devant (ju'entrer au royaume céleste, au(iael il n'entre nulle chose souillée (Apoc. 21, 27). S'ils naissent pécheurs, comme David et sainct Paul en rendent tesmoignage (Ps. 51, 7: Ephes. 2, '^}, il faut, pour estre agréables à Dieu, (ju'ils soyent justifiez. Et que demandons-nous tant, quand le Juge céleste nous dit, qu'il nous faut tous rcnaistre pour avoir entrée en son royaume (Jean 3, 3)? Et pour fermer la bouche aux murmurateurs, il a monstre en sainct Jean Maptiste, que c'est qu'il peut faire es autres, (|uand il l'a sanclilié tiés le ventre de sa mère (Luc 1, 15). Et n'est à recevoir ceste cavillation, que s'il a esté une fois ainsi fait, ce n'est pas à dire qu'il le doive tousjours estre. Car nous n'arguons pas en ce.ste manière, mais nous voulons seulement monstrer, qu'iniquement ils veulent restreindre la puis.sance de Dieu envers les petits enfans, laquelle il a une fois declairée. L'autre évasion

est autant inepte, quand ils allèguent que c'est une manière de parler de l'Escriture, de dire. Dés le ventre de la mère, pour Dés la jeunesse. Car on voit bien que l'Ange en parlant a Zacharie luy a voulu alïermer, qu'estant encores au ventre de la mère il seroit renq)ly du sainct Esprit. Le Seigneur donc saneiiliera bien ceux (jue bon luy semblera, comme il a sanctifié sainct Jean, [luis (pie sa main n'est pas accourcie.

18. Et de fait, pour ceste cause Jésus Christ a esté sanctifié dés son enfance, afin que tous aages fussent en luy sanctifiez, selon que bon luy semble. Car comme pour satisfaire en la propre chair en huiuelle l'ollense avoit esté faite, et pour accomplir toute justice- et entière obéissance en nostre nature, de laquelle il vouloit faire le salut ; da\antage pour estre plus enclin à nous supporter en douceur et compassion, il a prins nostre propre chair, et un corps du tout semblable au nostre, excepté péché, aussi d'autrepart il a esté pleinement sanctifié en son humanité dés sa conception, afin de sanctifier par sa ])articipation jusqucs aux petits enfans. Or si Jésus est comme le patron et exemplaire de toutes les grâces que fait le Père céleste à ses enfans, en ceste partie aussi il nous peut estre exemple, que la main de Dieu n'est pas amoindrie envers (-est aage, non plus qu'envers les autres. Quoy qu'il soit, il est neces.saire de conclurre que le Seigneur ne retu'e de ce monde nul de ses esleuz, (|u'il iie l'ait premièrement sanctifié et régénéré par son Esprit. Et à ce qu'ils allèguent, que la vérité ne recognoist autre régénération ([ue celle (jui est faite par la semence incorruptible, qui est la parolle de Dieu (1 Pierre 1, 13), nous respondons qu'ils prennent mal le dire de sainct Pierre, lequel en disant cela, n'adresse son propos sinon a ceux qui avoyent esté enseignez de l'Evangile, ausquels certes la parolle de Dieu est tousj(jurs pour semence de régénération spirituelle : mais de cela ne se peut inférer ((ue les petits enfants ne puissent estre régénérez par la vertu du Seigneur a nous secrette et admirable, mais à luy tacile et asée. Davantage, c'est une chose trop incertaine et mal seure, d'alîermer que le Seigneur ne se puisse en (luelipie sorte manifester a eux.

19. Comment, disent-ils, cela se feroit-il, \ eu f|ue la foy e.st par l'ouye, comme dit sainct Paul (Rom. 10, 17), et les enfans n'ont discrétion de bien ne de mal? Mais ils ne regardent point que sainct Paul parle seulement de la manière ordinaire dont le Seigneur besoigne pour donner la foy aux siens: non pas (ju'il n'en [)uisse autrement user, connue de fait il en a usé en beaucoup, lesquels sans jamais leur faire ouyr parolle il a touché intérieurement, pour les attirer à la cognoissance de son nom. Et pource qu'il leur semble (pie cela répugne à la nature des enfans, lesquels selon Moyse n'ont encore dis-

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