LIVRE IV
cretion du bien et du mal (Deut. 1, 39): je leur demande pourquoy ils veulent restreindre la puissance de Dieu, de ne savoir maintenant faire en partie aux en fans, ce qu'elle fait en eux parfaitement un peu après. Car si la plénitude de vie est en la parfaite cosnnissance de Dieu, iniis que le Seigneur reserve à salut d'aucuns lesquels décèdent petits enfans de ce monde, il est certain qu'ils auront la pleine manifestation de Dieu. Puis donc ([u'ils l'ont i)arfaitement en la vie future, pourquoy n'en pourront-ils avoir icy quel([ue petit goust, ou en appercevoir quelque estincelle: sur tout veu que nous ne disons pas que Dieu les despouille d'ignorance, jusqu'à ce qu'il les retire de la prison de leur cor[)s ? Non pas que nous vueillons affermer que les enfans ayent foy, d'autant que nous ne savons comment Dieu besoigne en eux : mais nostre intention est de monstrer la témérité et présomption de ces gens, lesquels selon leur folio fantasic afferment et nient ce que bon leur semble, sans avoir nul esgard à toute raison qu'on sauroit amener.
20. Mais ils pressent encore de plus près, disant que le Baptesme est Sacrement de pénitence et de foy, comme l'Escriture nous enseigne. Puis donc que pénitence et foy ne peuvent estrc en un petit enfant, c'est une chose mal convenable de leur appliquer le Sacrement, veu qu'en ce faisant sa signification est rendue vaine. Ces argumens combattent contre l'ordonnance de Dieu, plus que contre nous. Car que la Circoncision ait esté signe de pénitence, il appert par plusieurs tesmoignages de l'Escriture: principalement du quatrième chapitre de Jeremie. Et sainct Paul le nomme Sacrement de la justice de foy Œom. 4, H). Qu'on demande donc raison h Dieu, pourquoy il l'a fait appliquer aux petits enfans. Car puis que c'est une mesme raison, si cela n'a esté fait desraisonnablement, il n'y a non plus d'inconvénient au Baptesme. S'ils cerchent leurs subterfuges accoustumez, que les enfans d'aage ont figuré les vrais enfans régénérez: cela desja leur est osté. Voicy donc que nous disons, Puis que nostre Seigneur a voulu que la Circoncision, combien qu'elle fust Sacrement de foy et pénitence, fust communiquée aux enfans, il n'y a nul inconvénient que le Baptesme leur soit communiqué. Si ces calomniateurs ne veulent d'aventure accuser Dieu, en ce qu'il a fait telle ordonnance. Mais la vérité, sapience et justice de Dieu, reluit assez clairement en tous ses faits, pour confondre leur folie, mensonge et iniquité. Car combien que les enfans ne comprinssent point pour lors que vouloit dire la Circoncision, si ne laissoyent-ils pas d'estre circonciz en la chair, à la mortirieation intérieure de leur nature corromi)ue, pour la méditer et s'y estudier quand faage le porteroit, estans cà ce instruits dés leurs
premières années. Bref, ceste objection est solue en un mot, quand nous disons qu'ils sont baptizez en foy et pénitence pour l'advenir: des- (pielles combien qu'on ne voye point d'apparence, toutesfois la semence y est plantée par l'opération secrète du sainct Esprit. Par ceste raison se peuvent soudre tous autres passages qu'ils amènent, appartenans à la signification du Baptesme. Comme quand de ce que sainct Paul l'appelle Le lavement de régénération et rénovation (Tite 3, o), ils jn-etendent qu'on ne le doit bailler sinon à ceux qui sont capables d'estre régénérez et renouveliez. Mais nous aurons tousjours à répliquer : La Circoncision est signe de régénération et rénovation : elle ne se doit donc bailler sinon à ceux qui en sont ja de présent participans. Et par ainsi, selon leur intention, l'ordonnance de Dieu, de circoncir les petits enfans, seroil folle et desraisonnable. Pourtant toutes les raisons qui combattent aussi bien contre la Circoncision, ne sont à recevoir pour impugner le Baptesme. Et ne peuvent calomnier qu'il faut laisser pour fait ce qui e.st institué du Seigneur: et qu'il faut avoir pour résolu qu'il est bon et sainct, sans en enquérir: laquelle révérence n'est pas deue aux choses lesquelles ne sont expressément commandées de luy. Car il n'y a sinon à respondre à ceste question: Ou Dieu a institué la Circoncision pour les petits enfans à bonne raison, on non. Si elle a esté bien instituée, tellement qu'on ne puisse alléguer aucune absurdité à rencontre, autant en est-il du Baptesme.
21. Parquoy à ce qu'ils prétendent nous amènera quelque al)surdité,nous respondons ainsi: Les enfans recevans le signe de régénération et rénovation, s'ils décèdent de ce monde devant que venir en aagc de cognoissance, s'ils sont des esleuz du Seigneur, ils sont régénérez et renouveliez par son Esprit comme bon luy semble, selon sa vertu à nous cachée et incompréhensible. S'ils viennent jusques à l'aage qu'ils puissent estre instruits de la doctrine du Baptesme, ils cognoistront comment en toute leur vie ils ne doivent faire autre chose que méditer ceste régénération, dont ils portent la marque dés leur enfance. En telle manière aussi faut-il entendre ce que sainct Paul enseigne au sixième des Romains et deuxième des Colossiens, que par le Baptesme nous sommes enseveliz avec Christ (Rom. 6, 4 ; Col. 2, 12). Car en disant ces choses, il n'entend pas qu'elles doyvent précéder le Baptesme: mais seulement enseigne quelle est la doctrine du Baptesme, laquelle se peut aussi bien monstrer et apprendre après l'avoir receu, comme paravant. Comme pareillement Moyse et les Prophètes remonstroycnt au peuple d'Israël que la Circoncision vouloit dire, ja soit qu'ils eussent esté circonciz jeunes (Deut. 10, 16; Jer. 4, 4). Pourtant s'ils