LIVRE IV
ne disons pas qu'ils doyvont estre baptisez, sinon que premièrement on ait lesmoignage de leur foy et repentance, telle qu'on peut avoir entre les hommes. Mais les petits enfans engendrez des Chrestiens, doyvent bien estre mis en un autre reng. Et qu'il soit ainsi, nous ne le forgeons pas au plaisir de nostre cerveau, mais avons certaine asscurance de l'Eseriture, pour y mettre une telle difîerence. Nous voyons que si quelcun anciennement se rengeoit avec le peuple d'Israël pour servir au Dieu vivant, il falloit que devant que recevoir la Circoncision, premièrement il receust la Loy, et fust endoctriné de l'alliance que nostre Soigneur avoit avec son peuple: pource qu'il n'estoit pas de sa nature comprins en la nation Judaïque, à laquelle ce Sacrement appartenoit.
24. Comme mesme le Seigneur envers Abraham ne commence point par là, de le faire circoncir sans savoir pourquoy, mais il l'instruist de l'alliance laquelle il veut confermer par la Circoncision : et après qu'il a creu à la promesse, lors il luy ordonne le Sacrement. Pourquoy est-ce donc (ju'Abraham ne reçoit point le signe, sinon après la foy, et Isaac son fils le reçoit devant que rien entendre? Pource que l'homme d'aage n'estant encore paiticipant de l'alliance du Seigneur, pour y entrer doit premièrement savoir quelle elle est. Le petit enfant engendré de luy, estant héritier de l'alliance par succession, comme la promesse faite au père le porte, à bon droit est capable du signe, sans entendre quelle est la signification. Or pour le dire plus brièvement et plus clairement, puis que l'enfant du fidèle est participant de l'alliance de Dieu sans intelligence, il ne doit point estre débouté du signe, mais en est capable sans que l'intelligence y soit requise. C'est la raison pourquoy nostre Seigneur dit, que les enf;ms sortis de la lignée d'Israël luy ont esté engendrez comme ses propres enfans (Ezech. 16, 20; 23, 37) : se reputant le père de tous les enfans de ceux ausquels il avoit promis d'estre leur Dieu, et le Dieu de leur semence. Celuy qui est infidèle, nay d'infidèles, jusques à ce qu'il vienne à cognoissance de Dieu est estrangier de l'alliance. Et pourtant ce n'est pas de merveille s'il n'a communication au signe: car ce seroità fausses enseignes. Ainsi dit sainct Paul, que les Gentils du temps de leur idolâtrie estoyent sans Testament ny alliance (Ephes. 2, 12). La chose maintenant me semble bien assez claire; c'est que les grans d'aage, qui se veulent réduire à nostre Seigneur, ne doyvent estre receus au Baptesme sans foy et repentance : veu que c'est la seule entrée qu'ils ont en l'alliance, laquelle est marquée par le Baptesme. Les enfans descendus des Chrestiens, ausquels eUe appartient en héritage par la vertu de la promesse, pour ceste seule cause sont idoines d'y
estre admis. Autant faut-il dire de ceux qui confessoyent leurs . fautes et offenses pour estre baptizez de Jean (Matth. 3, 6), veu qu'en eux nous ne voyons autre exemple, sinon celuy que nous voudrions observer. Car s'il venoit quelque Juif, Turc, ou Payen, nous ne luy voudrions communiquer le Baptesme devant que l'avoir deuement instruit, et avoir sa confession telle qu'en pensissions estre satisfaits. Car combien qu'Abraham n'ait esté circoncy qu'après avoir esté instruit, cela ne porte point préjudice que les enfans après luy ne soyent circoncis sans instruction, juscjucs à tant qu'ils en seront capables.
2o. Mais encore pour monstrer que la nature du Baptesme est telle qu'elle requiert une régénération présente, ils prennent tesmoignage de ce qui est dit au troisième de sainct Jean, Quiconque ne sera régénéré d'eau et de l'Esprit, il n'entrera point au royaume céleste (Jean 3, 0). Voila, disent-ils, comment nostre Seigneur appelle le Baptesme Régénération. Si donc ainsi est que les enfans soyent incapables d'estre régénérez, comment seront-ils idoines à recevoir le Baptesme, qui ne peut estre sans cela ? Premièrement, ils s'abusent en ce qu'ils réfèrent ce propos au Baptesme, pource qu'il est là fait mention d'eau. Car après que Jésus Christ a declairé à Nicodeme la corruption de nostre nature, et a dit qu'il nous falloit renaistre : pource que Nicomcde imaginoit une seconde nativité du corps, il demonstie la façon comment Dieu nous régénère, assavoir en eau et en Esprit : comme s'il disoit. Par l'Esprit, qui en purgeant et arrousant les âmes, a l'office d'eau. Je pren donc simplement l'eau et l'Esprit, pour l'Esprit qui est eau. Et n'est point ceste forme de parler nouvelle : car elle convient avec une autre f[ui est au premier chapitre où Jean Baptiste dit, Celuy qui me suit, est celuy qui baptize au sainct Esprit et au feu (Matth. 3, M). Comme donc baptizer du sainct Esprit et de feu, est donner le sainct Esprit, lequel a la nature et propriété de feu, en régénérant les fidèles : ainsi Renaistre par l'eau et l'Esprit, n'est autre chose que recevoir la vertu du sainct Esprit, lequel fait en l'ame ce que l'eau fait au corps. Je say bien que les autres interprètent autrement ce passage : mais je ne doute pas que ce ne soit icy le vray sens et naturel, veu que l'intention de Christ n'est autre, que d'advertir qu'il nous faut desvestir de nostre propre nature, pour aspirer au royaume des cieux. Combien que si je vouloye en badinant caviller à leur façon, j'auroye à répliquer que quand nous leur aurons ottroyé tout ce qu'ils demandent, il s'ensuyvra que le Baptesme précède foy et rel)entance, veu qu'en la sentence de Christ il est mis en ordre devant le mot d'Esprit. Il n'y a doute qu'il ne soit là parlé des dons spirituels.