CHAPITRE XVI
Or s'ils suyvent le BaptesmeJ'ay galgné ce que je proten. Mais laissans tous subterfuges, contentous-nous de la simple interprétation (juej'ay amenée : assavoir ciue nul jusqu'à ee qu'il soit régénéré d'eau vive, n'entrera au royaume des ci eux.
:26. DavanUige. il appert encore par autre raison, que leur glose ne doit estrc admise : veu que tous ceux (pii n'auroyent esté baptizez, seroyent exclus du royaume de Dieu. Or je présuppose (jue leur opinion fust tenue de ne point baptizer les petits enfans : (pie diroyent-ils d'un jeune enfant, qui auroit esté instruit droitement en nostre loy, s'il venoit a trespasscr devant qu'on eust loisir de le baptizer ? Nostre Seigneur dit, que (|uiconque croit au Fils, il a la vie éternelle, et ne viendra en condamnation, mais est ja passé de mort à vie (.lean o, 24). Nulle part il ne damne ceux qui n'auront point esté baptizez. Ce que n'entendons estre dit en contemnement du Baptesme, comme si on le pouvoit négliger: mais seulement nous voulons monstrer qu'il n'est pas tellement nécessaire, (juc celuy ne soit excusable de ne l'avoir point receu, (|ui aura eu empeschement légitime. Aucontraire, selon leur exposition, tous tels seroyent condamnez sans exception : ja soit qu'ils eussent la foy, par laquelle nous possédons Jésus Cbrist. Mais encore sans cela ils condamnent tous les petits enfans, ausquels ils dénient le Baptesme, qu'ils disent estre nécessaire a salut. Maintenant qu'ils accordent leur dire avec la paroUe de Christ, pai' laquelle le royaume céleste leur est adjugé (Mattli. 10, 14). Et encore que nous leur concédions tout ce qu'ils demandent, si est leur illation fausse, et prinse d'une fausse et folle raison, que les enfans ne peuvent estre régénérez : comme il appert de la déduction cy dessus traitée amplement : c'est, que sans la régénération il n'y a nulle entrée au royaume de Dieu, ne pour les petits ne pour les grans. Or puis qu'il y en a de ceux qui décèdent petits enfans, qui sont héritiers du royaume de Dieu, il s'ensuit bien qu'ils sont paravant régénérez. Le reste des choses signifiées a lieu en eux, au temps que le Seigneur aura disposé pour leur en donner la cognoissance.
■11. Sur tout, pour faire leur grand ijouclicr, et comme la principale forteresse de leur opinion, ils allèguent la première institution du Baptesme, laquelle ils disent avoir esté faite par les parolles escrites au dernier de sainct Matthieu : Allez, instruisez toutes nations, les baptizans au nom du Père et du Fils et du sainct Esprit : les enseignans de garder tout ce que je vous ay commandé (Matth. 28, 19). A quoy ils joignent ce passage du dernier de sainct Marc: Qui croira et sera baptizé, il sera sauvé (Marc 16, 16). Voila, disentils, comment nostre Seigneur commande
d'instruire devant que baptizer, et monstre que la f(iy doit précéder le Baptesme. Et de fait, nostre Seigneur a bien monstre cela par son exemple, lequel n'a i)oint esté i)aptizé jusques à l'îuigc de trente ans (Matth. 3, 13 ; Luc 3, 23). A cest endroit ils t'aillent en beaucoup de sortes. Car c'est un erreur trop évident, de dire tiue le Baptesme ait esté lors premièrement institué, kMpiel avoit duré tout le teiiq)sde la prédication de Jésus Christ. l'uis donc (pi'il avoit esté institué devant qu'estre en usage: comment dirons-nous que si long tenqis après, la j)remiere institution en ait esté faite ? Paniuoy c'est en vain (pi'ils tasclient de prendre la première ordonnance, pour nous limiter la' doctrine du Baptesme à ce i)assage précisément. Toulesfois, laissant là ceste faute, considérons condjien sont fortes leurs raisons. Or elles ne serrent pas tant que n'en peussions bien eschapper, s'il estoit mestier de tergiverser. Car puis qu'ils se fondent si estroitement sur l'ordre et la disposition des mots, pretendans qu'il faut instruire premièrement que ba|)tizer, et croire devant que recevoir le Baptesme, pom'ce (lu'il est dit, Instruisez et baptizez : item. Qui croira et sera baptizé : par mesme raison il nous seroit loisible de répliquer qu'il faut baptizer devant qu'enseigner a garder les choses que Jésus a commandées : veu qu'il est dit : Baptizez, les enseignans de garder tout ce (jue je vous ay commandé. Ce qu'aussi nous avons monstre en l'autre sentence n'agueres alléguée, touchant d'estre régénérez d'eau et d'Esprit: car nous leur prouverons bien ainsi, que le Baptesme devroit précéder la régénération spirituelle, puis qu'il est nommé devant. Car il n'est pas dit. Qui sei'a régénéré d'Esprit et d'eau : mais d'eau et d'Esprit.
28. Leur argument semble desja advis aucunement abbattu. Encore neantmoins ne nous arrestons-nous pas là: ayans response pour défendre la vérité, beaucoup plus certaine et solide : c'est que le principal mandement que baille ici nostre Seigneur a ses Apostres, est d'annoncer l'F^vangile : auquel il adjouste le ministère de baptizer, comme une dépendance de leur propre commission et principale charge. Pourtant il n'est icy parlé du Baptesme, sinon d'autant qu'il est conjoint à la doctrine et prédication : comme il se pourra mieux entendre par plus longue déduction. Le Seigneur donc envoyé ses Apostres pour instruire les hommes de toutes nations de la terre. Et lesquels ? Il est certain qu'il n'entend sinon ceux qui sont capables de recevoir doctrine. Apres il dit que tels, après avoir esté instruits, doyvent estre baptizez. Et en poursuyvant son propos, il dit que tels, en croyant et estant baptizez, seront sauvez. Est-il icy fait mention des petits enfans, ny en une part ny en l'autre ? Quelle forme donc d'ar-
guer est ccste-cy dont ils usent? Les gens d'aage doyvent estrc instruits, et croire devant qu'estre liaptizez : le Baptesme donc n'ap|iartient point aux petits enfans. Qu'ils se tormcntent tant qu'ils voudront : ils ne peuvent tirer autre chose de ce passage, sinon qu'on doit prcscher l'Evangile à ceux qui sont capables d'ouir, devant (lue les haptizer, puis que de tels seulement il est question. C'est donc bien pervertir les parolles du Seigneur, sous ombre de cela exclurre les petits enfans du Baptesme.
29. Et afin que chacun puisse toucher au doigt leurs fallaces, je raonstreray par similitude en quoy elles gisent. Quand sainct Paul dit (pie quiconque ne travaillera, qu'il ne mange ("2 Thess. '^, 10) : si de cela quelcun vouloi'. inférer que les petits enfans ne doyvent point estre nourriz, ne seroit-il point digne de la moquerie de tout le monde"? Pourquoy? Pourtant que ce qui est dit d'une partie, il le tircroit généralement à tous. Or ces bons personnages n'en font pas moins en ceste matière; car ce qui est dit spécialement des grans, ils le rapportent aux petits, pour en faire une reigle générale. Touchant de l'exemple de nostre Seigneur, il ne les peut en rien favoriser. Il n'est baptizé que jusques à l'aage de trente ans (Luc 3, 23). Mais c'est pource (lue lors il veut commencer sa prédication, et par icelle fonder le Baptesme : leiiuel avoit desja esté commencé par .lean. Voulant donc instituer le Baptesme en sa doctrine dés le commencement, pour le mieux authoriser il le sanctitie premièrement en son corps, voire au temps qu'il cognoissoit estre [iropre et convenable à ce faire : assavoir voulant commencer à exécuter la charge à luy commise. En somme, ils n'arracheront autre chose, sinon que le Baptesme a eu son origine de la prédication de l'Evangile. Et si bon leur semble d'assigner le terme de trente ans, pounjuoy donc ne l'observent-ils, mais reçoyvent au Baptesme tous ceux qui ont desja assez profité comme il leur semble? Mesme Servet l'un de leurs maistres, pource qu'il insistoit opiniastreinent sur les trente ans, fut descouvert s'estre vanté desja on l'aage de vingt ans d'estre Prophète. Comme si c'estoil une chose supportable, qu'un homme se vante d'estre docteur en l'Eglise, devant qu'il en soit membre pour y estre novice.
'M). Ils nous objectent que par mesme raison la Cène devroit estre communiquée aux petits enfans, lesquels nous ne voulons recevoir à icelle. Comme si la diversité n'estoit pas assez express(;ment notée en l'Escriture, voire en toutes manières. .le confesse que cela s'est fait en l'Eglise ancieime, comme il appert par quelques passages des Docteurs. Mais ceste coustume a esté abolie justement et à bon droit. Car si nous considérons la nature et propriété du Baptesme, nous trouverons que le Baptesme est la pre-
mière entrée que nous avons pour estre recogneus membres de l'Eglise, et avoir lieu entre le peuple de Dieu. Pourtant il est le signe de nostre régénération et nativité spirituelle, par laquelle nous sonunes faits enfans de Dieu. Aucontraire, la Cène a esté ordonnée pour ceux qui ayans passé la première enfance, sont capables de viande solide. A «juoy nous avons la paroUe du Seigneur fort évidente. Car quant au Baptesme, elle ne met nulle distinction d'aage : mais elle no permet pas la Cène estre communiquée sinon à ceux qui peuvent discerner le corps du Seigneur, qui se peuvent examiner et esprouver, qui peuvent annoncer la mort du Seigneur (Matth. 27, 26; Luc 22, 19). Voudrionsnous chose plus ouverte que cela? Qu'un chacun s'esprouve soy-mesme, puis qu'il mange de ce pain, et boyve de ce calice (1 Cor. M, 28). Il faut donc que la probation précède, laquelle ne peut estre aux petits enfans. Item, Qui en mange indignement, il prend sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur. S'ils n'en peuvent estre participans dignement, sinon avec approbation, ce ne seroit pas humainement fait a nous, de donner aux petits enfans du poison, au lieu de nourriture. Item, Vous ferez cecy en commémoration de moy. Pourtant toutes fois que vous prendrez de ce pain, et beuvrez de ce calice, vous annoncerez la mnri du Seigneur. Comment pourroyent annoncer la mort du Seigneur les enfans qui ne peuvent encore parler? Toutes ces choses ne sont pas requises au Baptesme : pourtant la différence est grande entre ces deux signes, laquelle mesme a esté observée sous le vieil Testament aux signes semblables et respondans à ceux-cy. Car la Circoncision, laquelle estoit au lieu du Baptesme, estoit destinée aux petits enfans : mais l'Agneau Paschal, pour lequel nous avons maintenant la Cène, n'appartenoit à autres enfans, sinon à ceux qui pouvoyent interroguer quelle en estoit ceste signification (Gen. 17, 12 ; Ex. 12, 26). Si ces povres gens avoyent un grain de bon sens ils ne seroyent pas tant aveugles, de n'appercevoir ces choses, lesquelles se monstrent d'elles-mesmes à l'œil.
;U. Combien qu'il me fasche d'amasser tant de resveries frivoles qui pourront enyvrer les lecteurs, toutesfois pource que Servet se meslant aussi de mesdire du Baptesme des petits enfans, a cuidé amener de fort belles raisons, il sera besoin de les rabatre brièvement. Il prétend que les signes donnez par Chiist estans parfaits, requièrent que ceux qui s'y présentent soyent aussi parfaits ou capables de perfection. La solution est aisée : puis que la perfection du Baptesme s'estend jusqu'à la mort, qu'il confond tout ordre, la restreignant à un jour et à une minute de temps. J'adjouste aussi qu'il se monstre trop sot, cherchant perfection en l'homme
(IHAPITRE XVI
au premier jour de son Baptosme, où nous soniinos conviez d'y tendiv journellement tout le temps de nostre vie. Il olijecte (pie les Saeremens de Jésus Christ sont donnez pour mémoriaux, afin que chacun se souvienne que nous sommes ensevelis avec luy. Je respon (jue ce qu'il a controuvé de sa teste n'a pas besoin d'estre réfuté. Qui plus est, il appert par les mots de sairict Paul, que ce qu'il veut tirer au Jiaptesme, est pailiculier à la (^ene: assavoir que chacun s'examine (1 Cor. 11,^6. 28). (^ar on ne trouvera jias (pie jamais il ait esté rien dit de semblable du Haptesme. Dont nous concluons que les petits enfans qui ne sont encore capables d'examen, ne laissent pas d'estre deuement bai)tizez. Quant à ce qu'il objecte, ipie tous ceux (pii ne croy eut point au Fils de Dieu demeurent en la mort, et que l'ire de Dieu demeure sur eux (Jean lî, 30), et jiar ainsi que les enfans qui ne peuv eut croire, demeurent plongez en leur damn ation: je respon qu'il n'est ])oint parlé en ce pa s.sage (ïe la coulpe générale, à laquelle Adam nous a tous obligez: mais (jue Jésus Christ menace les contempteurs de l'Evangile, qui rejettent fièrement et avec rébellion la grâce qui leur est offerte : ce qui n'api)arti(MU de de rien aux petits enfans. J'oppose aussi une raison contraire, c'est que tous ceux qui sont bénits de Christ sont exemptez de la malédiction d'Adam, et de l'ire de Dieu. Or il a bénit les petits enfans, comme il est notoire : il s'ensuit donc qu'il les délivre de mort. Il allègue faussement ce qui ne se trouvera nulle partenl'Escriture, que celuy qui est nay de l'Esprit, oit la voix de l'Esprit. Mais encore que nous luy callions cestc faute, il ne pourra tirer autre chose, sinon que les fidèles sont induits k suyvre Dieu selon que l'Esprit besoigne en eux. Or c'est un vice trop lourd, de tirer également à tous ce qui est dit de quelque nombre. Il objecte en quatrième lieu: puis que ce qui est sensuel précède (i Cor. 15, 46), que le Baptesme qui est spirituel n'a pas son temps opportun jus(pit>s à ce que l'homme soit renouvelle. Or combien que je confesse que toute la lignée d'Adam estant charnelle, apporte sa condamnation du ventre de la mère : toutesfois je nie que cela empescbe que Dieu n'y remédie si tost que bon luy semble. Car Servet ne me monstrera pas qu'il y ait terme assigné, auquel la nouveauté de la vie spirituelle doyve commencer. Sainct Paul tesmoigne, combien (jue les enfans des fidèles soyent de nature en mesme perdition que les autres, que toutesfois ils sont sanctifiez par grâce supernaturelle (i Cor. 7, 14). Il ameine puis après une allégorie: c'est que David montant en la forteresse de Sion, ne mena point avec soy les aveugles, ne les boyteux, mais des vaillans gendarmes (2 Sam. o, 8). Mais si je luy rejette en barbe la parabole, où il est dit que Dieu convie à son ban-
quet les aveugles et les boiteux (Luc 14, 21), comment se d(^pestrera-il de ce na^ud? Je demande plus outre, si les boyteux et aveugles n'avoyent point combattu desja auparavant avec David. Dont il s'ensuit (ju'ils estoyeiit de l'Eglise. Mais c'est chose superilue d'insister plus long temps icy, veu que ce n'est qu'une fausseté controuvée par luy. S'ensuit une autre allégorie : c'est que les Apostres ont esté [)escheurs des hommes (Mattli. 4, 19), non pas des petits enfans. Je luy demande à l'opposite, que veut dire ceste sentence de Jésus Christ, (pie l'Evangile est une rets pour attirer toute sorte de poissons (Mattli. 13, 47). Mais pource que je ne pren point plaisir <à ine jouer des choses sainctes, je respon, (juand la charge d'enseigner les grans a esté commise aux Apostres, (ju'il ne leur a pas esté défendu de baptizer les petits. Combien que je voudroye encore savoir de luy, veu que le mot Grec dont use l'Evangeliste, signifie toutes créatures humaines, pouniuoy il en exclud les petits enfans. Il allègue, puis que les choses spirituelles se doyvent approprier aux spirituels (1 Cor. 2, 13), que les enfans ([ui ne sont point spirituels, ne sont non plus idoines a estre receus au Baptesme. Mais en premier lieu il corrompt meschammenl la sentence de sainct Paul. Il est iiuestion de la doctrine. Pource que les Corinthiens se plaisoyent par trop en leur subtilité, sainct Paul redaigue leur bestise en ce qu'il leur falloit encore enseigner les rudimens de la Chrestienté. Qui est-ce qui inférera de là, qu'il faille refuser le Baptesme aux petits enfans, lesquels Dieu se dédie par son adoption gratuite, combien qu'ils soyent nais de la chair. Quant à ce qu'il objecte, que s'ils sont nouveaux hommes comme nous disons, ils devroyent estre nourris de viande spirituelle : la solution est facile, c'est (ju'ils sont receus au trouppeau de Jésus Christ par le Baptesme, et que ceste marque de leur adoption suffist, jusqu'à ce ([u'ils grandissent pour porter la viande ferme, et ainsi, qu'il faut attendre le temps de l'examen, lequel Dieu reiiuiert notamment en la Cène. Il objecte davantage, que Christ convie en la Cène tous ceux qui sont siens. Je respon aucontraire, qu'il n'y admet sinon ceux (pii sont ilesja appareillez à célébrer la mémoire de sa mort. Dont il s'ensuit que les enfans, lesquels il a bien daigné recevoir entre ses bras, ne laissent pas d'estre de l'Eglise, combien (pi'ils demeurent en leur degré inférieur. A ce qu'il repli(iue, que c'est une chose monstrueuse, qu'un homme estant nay ne mange point: Je respon que les âmes sont autrement repcucs qu'en mangeant le pain visible de la Cène : et pourtant que Jésus Christ ne lais.se pas d'estre pain des petits enfans, combien qu'ils s'abstiennent du signe extérieur: qu'il y a autre raison au Baptesme, par lequel seulement la porte leur est ouverte en l'Eglise. Il ameine