‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 620 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ceste sentence, qu'un bon mesnager distribue la portion à sa famille en temps opportun (Matlli. 2'i-, 43) : ce que je confesse. Mais de quelle authorité, et à quel tiltre nous determinera-il le temps du Baptcsme, pour prouver qu'on ne le puisse donner en temps opportun au\ petits enfans? Il ameine aussi le commandement que fait Jésus Cbrist à ses Apostres. de courir a la moisson quand les champs blanchissent (Jean 4, 3o) : mais à quel propos ? Nostrc Sei^^neur Jésus pour mieux inciter ses Apostres, alin (pi'ils s"csvertuent tant mieux à faire leur office, leur propose que le fruit de leur labeur est présent : peut-il inférer de là (lu'il n'y ait temps meur ne propre pour le Baptesme, sinon en moisson ? L'onzième raison est, qu'en l'Eglise primitive tous Chrestiens estoyent nommez Disciples (Act. 11, "26): et par ainsi, que les petits enfans ne peuvent estre du nombre. Mais nous avons desja veu combien sa déduction est sotte, en concluant de tons ce qui est seulement prononcé • l'une partie. Sainct Luc appelle Disciples ceux qui avoyent esté desja enseignez, et faisoyent profession de Chrestienté: comme sous la Loy les Juifs estoyent disciples de Moise, voire ceux qui estoyent parvenus en aage : mais il ne s'ensuit pas de là, (|ue les petits enfans fussent estrangers, lesquels Dieu a testifié estre ses domestiques, et les a tenus pour tels. Il allègue que tous Chrestiens sont frères: et puis que nous ne donnons point la Cène aux petits enfans, que nous ne les tenons pas de ce rang. Pour response je revien tousjours à ce principe, que nul n'est héritier du royaume des cieux, qu'il ne soit membre de Jésus Christ. Au reste, que l'embrassement dont il a honnoré les petits enfans, a esté une vrayc marque de leur adoption, par laquelle il les a conjoints avec les grans. Ce que pour un temps ils sont forclos de la Cène, cela n'empesche pas qu'ils n'appartiennent au corps de l'Eglise. Et de fait, le brigand estant converti en la croix (Lue 23, 42), n'a pas laissé d'estre frère des fidèles, combien que jamais il ne soit approché de la Cène. Il adjouste que nul n'est fait nostre frère, ([ue par l'esprit d'adoption, lequel n'est donné que par l'ouye de la foy (Rom. 10, 17). Je respon que tousjours il retombe de son asne, appliquant mal et sottement aux petits enfans ce qui n'est dit que des gens aagez. Car sainct Paul monstre là, que Dieu use de ceste faron ordinaire pour appellcr ses esleusàlafoy: c'est de leur susciter des bons Docteurs, par le labeur et instruction desquels il leur tend la main. Mais qui est-ce qui luy osera imposer loy, qu'il n'incorpore en Jésus Christ d'une autre façon secrette les petits enfans ? Ce qu'il allègue, que Corneille le Centenier a esté baptizé ayant desja receu le sainct Esprit, c'est une sottise trop lourde, de faire une reigic générale d'un exemple singulier. Ce qui appert par l'Eunuque

et les Samaritains (Act. 10, 44; 8, 17. 38), ausquels Dieu a tenu un ordre divers, voulant qu'ils fussent baptizez devant que leur donner le sainct Esprit. La (luinzieme raison est de nulle saveur. Il dit que nous sommes faits dieux par régénération. Or est-il ainsi que ceux ausquels la parolle de Dieu est donnée, sont dieux (Jean 10, 33 ; Ps. 82, 6) : ce qui ne compete pas aux petits enfans. Ce qu'il forge une deité aux fidèles, est une de ses resveries, laquelle je ne debattray point pour ceste h eure : mais c'est une impudence trop désespérée à luy, de tirer ainsi par les cheveux le passage du Pseaume. Jésus Christ expose ce passage que les Rois et gens de justice sont nommez Dieux, pource qu'ils sont ordonnez de luy en leur estât. Ce docteur subtil, pour surmonter le Fils de Di eu, tire à la doctrine de l'Evangile ce qui est dii de la charge particulière des Magistrats, pour exterminer de l'Eghse les petits enfans. Il objecte derechef, que les petits enfans ne peuvent estre reputez nouvelles créatures, d'autant qu'ils ne sont point engendrez par la Parolle. Je n'ay point honte de réitérer ce que j'ay souvent dit : assavoir que la doctrine de l'Evangile est semence incorruptible (1 Pierre 1, 23) pour régénérer ceux qui sont suffisans à la comprendre : mais quand l'aage n'est pas encore pour estre enseigné, que Dieu tient ses degrez pour régénérer ceux qu'il a adoptez. Il retourne encore à ses allégories, disant que sous la Loy les bestes n'estoyent pas otîertes incontinent qu'elles estoyent sorties du ventre. S'il estoit licite de tirer ainsi les figures à nostre poste, je respon que tous premiers nais ouvrans la matrice, estoyent de leur naissance consacrez à Dieu (Ex. 13, 2) : item, que notamment il estoit commandé d'offrir un agneau d'un an (Ex. 12, 5). Dont il s'ensuit qu'il ne faut point attendre aage d'homme pour sanctifier les enfans à Dieu : mais qu'ils luy doyvent estre reservez et appropriez dés leur naissance. Il débat davantage, qu'on ne peut venir à Christ, qu'on n'ait esté préparé par Jean Baptiste. Voire, comme si l'office de Jean Baptiste n'eust pas esté temporel. Mais encore que je luy quitte cela, il n'y avoit nulle telle préparation aux petits enfans, lesquels Jésus Christ embrasse et bénit. Pourtant, qu'il s'en aille avec son faux principe et coutrouvé. Finalement, il ameine pour advocat Mercure, surnommé Souverainement tresgrand, et les Sibylles, lesquels disent que les lavemens ne conviennent qu'à ceux qui sont desja grans. Voila en quelle estime et révérence il a le Baptesme de Christ, lequel il renge et assujettit aux cérémonies des gens profanes : tellement qu'il ne soit licite d'en user, sinon comme il plaira à un disciple de Platon. Mais l'authorité de Dieu nous est bien par dessus, auquel il a pieu de dédier à soy les petits enfans : voire les sanctifiant avec signe solennel, duquel ils ne compre-

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