‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 624 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

choses spirituelles. Car quand nous voyons le pain nous estre présenté pour si^^me et Sacrement lin corps lie Jésus Christ, il nous faut incontinent preiuire ceste similituiie, Ou'aiusi que le pain nourrist, sustente et conserve la vie de nostre corps, aussi le corps de Jésus Christ est la viande et la nourriture pour conservation de nostre vie spirituelle. Et quand nous voyons le vin nous estre oITert pour signe de son sang, il nous faut penser tout ce que fait et profite le vin au corps humain, pour estimer (jue le sang de Jésus Christ nous fait et profite autant spirituellement : c'est qu'il confirme, conforte, recrée et resjouist. Car si nous considérons bien que nous a profité ce que le corps tressacré de Jésus a esté livré, et son sang espandu pour nous, nous verrons clairement que cela qu'on attribue au pain et au vin, selon ceste analogie et similitude, lem- convient tresbien.

4. Ce n'est donc pas le principal du Sacrement, de nous présenter simplement et sans plus haute considération le corps de Jésus Christ : mais c'est plustost de signer et confirmer celle promesse, par laquelle Jésus Christ nous dit que sa chair est vrayement viande, et son sang breuvage, desquels nous sommes repeuz à xie éternelle : et certifie qu'il est le pain de vie, duquel quiconque aura mangé, vivra éternellement. Et pour ce faire, c'est assavoir pour signer la promesse susdite, le Sacrement nous envoyé à la croix de Jésus Christ, où celle promesse a esté pleinement vérifiée, et entièrement accomplie. Car nous ne recevons point Jésus Christ avec fruict, sinon entant qu'il a esté crucifié, ayans une appréhension vive de la vertu de sa mort. Et de fait ce que Jésus Christ s'est appelle Pain de vie (Jean 6, .33. 48), n'a pas esté pour raison du Sacrement (comme plusieurs l'ont faussement interprété) mais pource qu'il nous avoit esté donné tel du Père : et s'est monstre tel, quand s'estant fait participant de nostre humaine mortalité, il nous a faits aussi participans de son immortalité divine: quand s'offrant en sacrifice, il s'est chargé de nostre malédiction, pour nous remplir de sa bénédiction : quand en sa mort il a dévoré et englouty la mort : quand en sa résurrection il a ressuscité en gloire et incorruption nostre chair corruptible, laquelle il avoit vestue.

a. Il reste que cela nous soit appliqué. Ce qui se fait quand le Seigneur Jésus s'offre à nous avec tous ses biens, premièrement par l'Evangile : mais plus clairement en la Cène, et que nous le recevons en vraye foy. Ainsi ce n'est pas le Sacrement qui face que Jésus Christ commence de nous estre pam de vie : mais nous réduisant en mémoire qu'il nous a esté une fois fait tel à ce que nous en soyons assiduellement nourriz, il nous fait sentir le goust et saveur de ce paùi afin que nous en prenions

nourriture. Car il nous certifie que tout ce que Jésus Christ a fait et souffert, est pour nous vivifier. Apres, que ceste vie est perpétuelle. Car comme Jésus Christ ne nous seroit pas pain de vie, si une fois il n'estoit nay et mort et ressuscité pour nous : aussi HuU-il que la vertu de ces choses soit permanente, afin que le fruit nous en revienne. Ce qui est très-bien exprimé et clairement en ces paroUes qu'il dit en sainet Jean, Le pain que je donneray, est ma ciiair, laquelle je donneray pour la vie du monde (Jean 6, ol) : où sans doute il demonstroit que son corps seroit en pain, pour la vie spirituelle de nostre ame : à cause qu'il le devoit exposer pour nostre salut à la mort. Car il l'a donné une fois pour pain, quand il l'a livré pour estre crucifié en la rédemption du monde. Il le donne journellement, quand par la paroUe de son Evangile il s'offre, afin que nous y participions entant qu'il a esté crucifié pour nous : et consequemment scelle une telle participation par le mystère de la Cène : et mesme y accomplit au dedans ce qu'il y signifie au dehors. Or il nous convient icy garder de deux vices. L'un est, qu'en exténuant par trop les signes, on ne les sépare des mystères ausquels ils sont aucunement conjoints : et par conséquent qu'on abaisse l'efficace. L'autre, qu'en les magnifiant outre mesure, on n'obscurcisse la vertu intérieure. Il n'y a nul, sinon qu'il soit du tout sans religion, qui ne confesse (jhrist estre le pain de vie, duquel sont nourriz les fidèles en salut éternel : mais cela n'est résolu entre tous, quelle est la manière d'en participer. Car il y en a qui définissent en un mot, que manger la Chair de Christ et boire son sang, n'est autre chose que croire en luy. Mais il me semble que luy-mesme a voulu exprimer une chose plus haute en ceste prédication notable, où il nous recommande la manducation de son corps : c'est que nous sommes \ivifiez par la \Taye participation qu'il nous donne en soy : laquelle il a signifiée par les mots de Boire et Manger, afin que nul ne pensast que cela gist en simple cognoissance. Car comme manger le pain, non pas le regarder, administre au corps la nourriture : ainsi faut-il que l'ame soit vrayement faite participante de Christ, pour en estre soustenue en vie éternelle. Cependant nous confessons bien que ceste manducation ne se fait que par foy, comme nulle autre ne se peut imaginer : mais la différence que nous avons avec ceux qui font l'exposition que j'impugne, est qu'ils estiment que Manger n'est autre chose que Ooire. Jedy qu'en croyant nous mangeons la chair de Christ et que ceste manducation est un fruit de foy. Ou si on le veut plus clairement, La manducation leur est la foy mesme : je dy que plustost elle provient d'icelle. II y a peu de différent aux parolles, mais il est grand en la chose. Car combien que l'Apostre enseigne que Jésus

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