CHAPITRE XVII
force par toutes créatures, pour leur donner vie et vjfïueur. Touteslois luy mesnio adjouste tantost après, (|ue lors la vie a esté manifestée, quand le Fils de Dieu ayant prins nostre chair, s'est donné à voir et à toucher. Car combien qu'il espandist auparavant ses vertuz sur les créatures, neantnioius pource que l'iiounne estant aliéné de Dieu par péché, avoit perdu la comnuuiication de vie, et cstoit de toutes pars assieo;é de la mort, il avoit besoin d'estre receu de nouveau en la communion de ceste ParoUe, pour recouvrer quelque espérance d'inmiorlalité. Car combien y aurnit-il petite matière d'espérer, si nous entendions (|ue la l'aroUe de Dieu contient en soy toute plénitude de vie : estans cependant esloij:nez d'icelle, et ne voyans en nous ne tout à lentour autre chose que la mort ? Mais depuis que celle fontaine de vie a commencé d'habiter en nostre chair, desja elle n'est point cachée loin de nous, mais se baille et présente à ce qu'on en puisse jouir. Voyla comme Jésus Christ a approché de nous le bénéfice de vie dont il est la source. Davantage, il nous a rendu la chair (pi'il a vestueetprinse,vivitiante: afin que par la participation d'icelle nous soyons nourriz à immortalité : Je suis, dit-il, le pain de vie, qui suis descendu du ciel. Item, Le pain que je donneray, c'est ma chair, laquelle j'exposeray pour la vie du monde (Jean 6, 48. ol). Esquelles parolles il domonstre que non seulement il est la vie, entant qu'il est la Parolle de Dieu éternelle, laquelle est descendue du ciel à nous : mais aussi qu'en descendant il a espandu ceste vertu en la chair qu'il a prinse, afin que la communication en parvinst jusques à nous. Dont s'ensuyvent ces sentences : Que sa chair est vrayement viande, son sang vrayement lireuvage, et que l'un et l'autre est substance pour nourrir les fidèles en vie éternelle. Nous avons donc en cela une singulière consolation, qu'en nostre propre chair nous trouvons la vie. Car en telle manière non seulement nous y parvenons, voire a la vie, dy-je : mais elle vient au devant pour se présentera nous : seulement que nous luy donnions ouverture en nostre cœur pour la recevoir, et nous l'obtiendrons.
9. Or combien que la chair de Christ n'ait point tant de Nertu de soy-mesme qu'elle nous puisse vivifier, veu qu'en sa première condition elle a esté sujette a mortalité, et estant faite immortelle, prend sa force d'ailleurs: toutesfois si est-elle à bon droit nommée Vivifiante, pource qu'elle a esté rempUe de perfection de vie, pour en espandre sur nous ce qui est requis à nostre salut. Et en ce sens se doit prendre ce que dit nostre Seigneur, que comme le Père a la vie en soy, aussi il a ordonné que le Fils eust la vie en soy (Jean 5, M). Car en ce passage-là il parle, non pas des proprietez qu'il a possédées éternellement en sa divinité, mais lesquelles luy ont
esté données en la chair, en laquelle il nous est apparu. Parquoy il demonstre que la (ilenitmie de vie habile mesmes en son humanité : tellement que quiconque communi(iuera à. sa chair et son sang, obtiendra la jouissance d'icelle. Ce que nous pouvons mieux e\pli(iuer par un excuqilc familier, (^ar comme l'eau d'une fontaine suffist pour en boire, pour en arrouser, et pour l'applifiuer à autres usages, et neantmoins la fontaine n'a point de soy-mesme une telle abondance, mais de la source, laquelle decoulle perpétuellement pour la remplir, à ce que jamais elle ne tairisse : en ceste sorte la chair de Christ est semblable à une fontaine, entant qu'elle reçoit la vie découlante de la divinité, pour la faire découler en nous. Maintenant qui est-ce qui ne voit que la communication au corps et au sang de Christ est nécessaire à tous ceux qui aspirent a la vie céleste? }']l à cela tendent toutes ces sentences de l'Apostre, (Jue l'Eglise est le corps de Christ et son accomplissement : (Jue luy il est le Chef, dont tout le corps estant conjoint, croist selon ses liaisons et jointures : et (jue noz corps sont membres de luv (Ephes. 1, 23; 4, 15. 16: 1 Cor. 6, lo). Le.çqueiles choses ne peuvent estre autrement accomplies, sinon qu'entièrement de corps et d'Esprit il adhère à nous. Mais encore l'Apostre esclaircit par un plus grand tesmoignage ceste société, par laiiuelle nous sommes unis à sa chair: en disant que nous sommes les membres de son corps, partie de ses os et de sa chair (Ephes. o, 30). Et finalement, pour dénoter que la chose surmonte toutes parolles, il conclud le propos par admiration: C'est, dit-il, un grand secret. Parquoy ce seroit une follie désespérée, de ne recognoistre nulle communion en la chair et au sang du Seigneur : laquelle sainct Paul declaire estre si grande, qu'il aime mieux s'en esmerveiller que l'expliquer par parolles.
lu. La somme est telle, que noz âmes ne sont pas moins repeues de la chair et du sang de Jésus (Christ, que le pain et le vin entretiennent la vie des corps. Car autrement la similitude du signe ne conviendroit point, si noz âmes ne trouvoyent en Jésus Christ de quoy se rassasier. Ce qui ne se peut faire, sinon que Jésus Christ s'unisse vrayement a nous, et nous repaisse de la nourriture de son corps et de son sang. Que s'il semble incroyable, que la chair de Jésus Christ estant esloignée de nous par si longue distance, parvienne jusqu'à nous pour nous estre viande, pensons de combien la vertu secrète du sainct Esprit surmonte en sa hautesse tous noz sens, et quelle follie ce seroit, de vouloir comprendre en nostre mesure l'infinité d'icelle. Pourtant. (lue la foy reçoive ce que nostre entendement ne peut concevoir: c'est que l'Esprit unit vrayement les choses qui sont séparées de heu. Or Jésus Christ nous testifie et