‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 629 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mé. Or en distribuant son corps en la première Cène, l'heure approchoit qu'il devoit estre frappé et abattu p(»ur estre deffiguré comme un ladre, n'ayant aucune dignité ne beauté en soy (Is. 53, 4) : tant s'en faut que pour lors il voulust faire monstre de la gloire de sa résurrection. Derechef, quelles fencstres ouvrent-ils à l'heresie de Marcion, si le corps de Jésus Christ estoit veu en un lieu, mortel et passible, et en l'autre lieu, immortel et glorieux? Que si on reçoit leur opinion, autant en advient-il tous les jours. Car ils sont contraints de confesser que le corps de Jésus Christ, lequel ils disent estre invisiblement caché sous l'espèce du pain, est neantmoins visible en soy. Et neantnioins ceux qui desgorgent des resveries si monstrueuses, non seulement n'ont nulle honte de leur vilainie, mais nous injurient à toute outrance, d'autant que nous ne voulons respondre Amen.

18. Davantage, si quelcun veut lier au pain et au vin le corps et le sang du Seigneur, il sera nécessaire que l'un soit séparé de l'autre. Car comme le pain est baillé séparément du calice, aussi faudra-il que le corps estant uny au pain, soit divisé du sang qui sera enclos dedans le calice. Car puis qu'ils afferment le corps estre au pain, le sang estre au calice: et il est ainsi que le pain et le vin sont divisez l'un de l'autre : ils ne peuvent eschapper par tergiversation quelconque, que le sang en ce faisant ne soit divisé du corps. Ce qu'ils ont accoustumé de prétendre, que le sang est au corps, et le corps pareillement dedans le sang, est par trop frivole, veu que les signes ausquels ils sont enclos, ont esté distinguez du Seigneur. Au reste, si nous dressons nostre veue et nostre cogitation au ciel, et sommes là transportez pour y chercher Christ en la gloire de son royaume, comme les signes nous guident à venir à luy tout entier : en ceste manière nous serons distinctement repeus de sa chair sous le signe du pain, nourris de son sang sous le signe du vin, pour avoir jouissance entièrement de luy. Car combien qu'il ait transporté de nous sa chair, et soit en corps monté au ciel: néantmoins il est séant à la dextre du Père, c'est à dire qu'il règne en la puissance, majesté et gloire du Père. Ce règne n'est point limité en aucunes espaces de lieux, et n'est point déterminé en aucunes mesures, que Jésus Christ ne monstre sa vertu par tout où il luy plaist, au ciel et en la terre, qu'il ne se declaire présent par puissance et vertu, qu'il n'assiste tousjours aux siens, leur inspirant sa vie vive en eux, les soustienne, les confirme, leur donne vigueur, et leur serve non pas moins que s'il estoit présent corporellement : en somme, qu'il ne les nourrisse de son propre corps, duquel il fait découler la participation en eux par la vertu de son Esprit. Telle donc est la façon de recevoir

le corps et le sang de Jésus Christ au Sacrement.

19. Or il nous faut establir telle présence de Jésus Christ en la Cène, la(iuelle ne l'attache point au pain, et ne l'enferme point là dedans: laquelle finalement ne le mette point icy bas en ces elemens corruptibles, d'autant que tout cela derogue à sa gloire céleste : laquelle aussi ne luy face point un corps inflny pour le mettre en plusieurs lieux, ou pour faire accroire qu'il soit par tout au ciel et en la terre : d'autant que tout cela contrevient à la vérité de sa nature humaine. Tenons donc ces exceptions fermes : assavoir que nous ne permettions point qu'on derogue à la gloire céleste de nostre Seigneur Jésus ; ce qui se fait quand on le tire icy bas par imagination, ou qu'on le lie aux créatures terriennes. Que nous ne permettions point aussi qu'on attribue rien à son corps qui répugne à sa nature humaine : ce qui se fait quand on dit qu'il est infiny, ou qu'on le met en plusieurs lieux. Ayant osté ces deux inconveniens, je reçoy volontiers tout ce qui pourra servir à bien exprimer la vraye communication que Jésus Christ nous donne par la Cène en son coq^s et en son sang, de l'exprimer, dy-je, en sorte qu'on cognoisse que ce n'est point par imagination ou pensée que nous les recevons, mais que la substance nous est vrayement donnée. Il n'y a nulle raison pourquoy ceste doctrine soit tant odieuse au monde, et que la défense en soit forclose tant inicjuement, sinon que Satan a ensorcelle plusieurs entendemens comme d'un horrible charme. Certes ce que nous enseignons convient très-bien en tout et par tout à l'Escriture, et ne contient en soy, n'attire ou absurdité aucune, ou obscureté, ou ambiguïté. Davantage, ne répugne point à la reigle de foy, et ne contrevient à l'eilification des âmes : bref, n'emporte rien qui puisse offenser, sinon d'autant que depuis la barbarie et bestise tant énorme des Sophistes, une clarté si patente et une vérité tant liquide a esté vilainement opprimée. Toutesfois puis que Satan s'efforce encore aujourdhuy la dénigrer de calomnies et vitupères par des esprits forcenez, et applique là toutes ses forces, il nous est besoin de la maintenir tant plus diligemment.

20. Or devant que procéder outre, nous avons à traiter l'institution de Jésus Christ : et principalement à cause que noz adversaires n'ont rien plus favorable que ceste objection, que nous n'accordons point aux mots de Jésus Christ. Parquoy pour nous descharger de ce blasme, lequel faussement ils nous mettent sus, ce sera un ordre bien convenable de commencer par l'interprétation de ce qui en est contenu en l'Escriture. Trois Evangelistes, assavoir sainct Matthieu, sainct Marc et saine Luc; item, sainct Paul, recitent que Jésus Christ ayant

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