LIVRE IV
Cime figure, ceste couverture ne suffit pas pour leur faire reprouver tant orgueilleusement toutes les raisons que nous amenons à l'opposite. Cependant nous avons à noter quel est ce Testament au corps et au sang de Jésus Christ. Car il ne nous profiteroit rien que l'alliance de grâce eust esté ratifiée par le sacrifice de sa mort, si ceste communication, par laquelle nous sommes faits un avec luy, n'estoit conjoinctc quant et (|uant.
21. Il reste donc que pour l'affinité qu'ont les choses signifiées avec leurs figures, nous confessions que ce nom de corps a esté attribué au pain : non pas nuement, comme les mots chantent, mais par une similitmle bien convenable. Je n'inlroduy icy nulles figures ne paraboles, afin qu'on ne me reproche point que je cherche des subterfuges, en m'esloignant du texte. Je dy que c'est une façon de parler qui se trouve par toute l'Escriture, quand il est question des Sacremens. Car on ne sanroil autrement prendre, que la Circoncision ait esté l'alliance de Dieu, l'Agneau ait esté l'issue d'Egipte, les sacrifices de la Loy, satisfactions pour les péchez: finalement que le rocher dont l'eau sortit au désert (Ex. 17, {)), ait esté Jésus Christ, sinon par translation. Et non seulement le nom de la chose plus digne est transféré à celle qui est inférieure, mais aussi à l'opposite, le nom de la chose visible est ap- ])roprié à celle qui est signifiée : comme quand il est dit que Dieu estapparu àMoyse au buisson (Ex. 3, 2) : quand le colïre de l'alliance est nommé Dieu, et La face de Dieu (Ps. 84, 8; 43, 3) : et la colombe est dite, Le sainct Esprit (Matth. 3, 16). Car combien que le signe diffère en substance de la vérité qu'il figure, d'autant qu'il est corporel, visible et terrestre, et icelle est spirituelle et invisible, toutesfois pource que non seulement il figure la chose à laquelle il est dédié, comme s'il en estoit une simple remembrance et nue, mais aussi l'ofi're vrayement et de fait: pourquoy est-ce que le nom ne luy conviendra ? Car si les signes inventez des hommes qui sont plustost images des choses absentes que marques des présentes, et ausquels souvent il n'y a que vaine représentation, neantmoins prennent quelque fois le liltre des choses qu'ils signifient, il y a bien plus de raison que ceux qui sont instituez de Dieu, puissent emprunter les noms de ce qu'ils testiflent sans aucune fallace, et mesmes en ont l'etïect et la vérité pour nous la communiquer. Bref, il y a telle affinité et similitude de l'un a l'autre, que telle translation mutuelle ne doit pas estre trouvée estrange ne rude. Parquoy ceux qui nous appellent Tropistes, se monstrenten leur sotte facétie du tout barbares, veu qu'en matière de Sacrement l'usage commun de l'Escriture est du tout pour nous. Car comme ainsi soit que les Sacremens ayent grande similitude ensemble, princi-
palement ils conviennent tous quant à ceste translation de nom. Comme donc l'Apostre enseigne que la pierre dont provenoit aux Israélites le breuvage spirituel, avoit esté Christ (1 Cor. 10, 4), entant que c'estoit un symbole, sous lequel ce breuvage spirituel estoit receu, non pas visiblement à l'œil, mais toutesfois à la vérité : en ceste manière le pain est aujourdhuy appelle corps de Christ, d'autant que c'est un symbole, sous lequel nostre Seigneur nous offre la vraye manducation de son corps. Et afin que nul ne reprouve mon dire comme nouveau, sainct Augustin n'a pas autrement senty ne parlé. Si les Sacremeus, dit-il, n'avoyent quelque similitude avec les choses desqueUes ils sont Sacremens ce ne seroyent plus Sacremens. A cause de ceste similitude, ils ont mesme souvent les noms des choses (ju'ils figurent. Pourtent comme le Sacrement du corps de Christ est aucunement le corps mesme, et le Sacrement du sang est le sang mesme : aussi le Sacrement de la foy est nommé Foy "^. Il y a beaucoup de sentences semblables en ses fivres, lesquelles il seroit superflu d'amasser icy, veu que ceste seule que j'ay alléguée suffist : sinon que les lecteurs doyvent estre advertis que le mesme Docteur conferme et réitère ce propos en l'Epistre.à Evodius. C'est une tergiversation frivole, de répliquer que quand sainct Augustin parle ainsi des Sacremens, il ne fait pas mention de la Cène : car par ce moyen il ne seroit plus licite d'arguer du tout à une partie. Certes si on ne veut abolir toute raison, on ne peut dire que ce qui est commun h. tous Sacremens n'appartienne aussi à la One : combien que le mesme Docteur couppe broche à toute dispute en un autre lieu, en disant que Jésus Christ n'a point fait de difficulté de nommer son corps, quand il en donnoit le signe. Item, que c'a esté une patience admirable à Jésus Christ, de recevoir Judas au convive, auquel il instituoit et donnoit à ses disciples la figure de son corps et son sang. 22. Toutesfois si quelque opiniastre fermant les yeux à tout, se veut attacher à ce mot, Voicy mon corps, comme si ce verbe separoit la Cène d'avec tous autres Sacremens : la solution est facile. Ils prétendent qu'il y a une telle force au verbe substantif, qu'il ne reçoit nulle déclaration. Quand je leur auray accordé cela, je réplique que sainct Paul en disant. Le pain que nous rompons est la communicafiondu corps de Christ (1 Cor. 10, 16), use aussi bien de verbe substantif. Or Communication est autre chose que le corps mesme. Qui plus est, quasi par toute l'Escriture ce verbe se trouvera en matière de Sacrement. Comme quand il est dit, Cecy vous sera pour alliance avec moy (Gen. 17, 13; Ex. 12, 43) : L'agneau est l'issue. Pour abbreger, quand sainct Paul dit que la pierre estoit Christ (1 Cor. 10, 4), pourquoy le verbe substantif a-il moins de