‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 632 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

vertu selon eux en ce passage, qu'aux mots de la Cène ? Qu'ils me rospondent. (juand sainct Jean dit, Le sainct Esprit n'estoit pas encore : car Jésus Christ n'estoit pas ^^lorifié (Jean 7, 39): qu'emporte Là ce verbe, ESTUIT. Car s'ils demeurent attachez à leur rei^'le, l'Essence éternelle du sainct Esprit sera abolie : comme si elle avoit pris son commencement en l'ascension de Jésus (>hrist. Qu'ils me respundent finalement ce qu'ils entendent par le dire de sainct Paul, que le Haptesme est le lavement de rejj;eneration et renouvellement (Tite 3, 5), veu qu'il appert qu'il est inutile à plusieurs. Mais il n'y a rien plus propre a les rei'uter, que l'autre sentence de sainct Paul, où il ilit que l'Eglise est Jésus (Christ. Car, ayant amené la similitude du corps humain, il adjuuste, Ainsi est Jésus Christ (1 Cor. 1:2, 12). Par lesquels mots il ne signilie pas le Fils uni(|ue de Dieu en soy, mais en ses membres. Je pense avoir desja gaji;iié ce poinct, que les calomnies de nos adversaires pueront et seront détestables à toutes gens de sens rassis et d'intégrité, en ce (ju'ils publient que nous desmentons Jésus Christ, n'adjuuslaus nulle foy à ses paroUes, lesquelles nous recevons en plus grande obeis.sance qu'eux; et les considérons plus attentivement. Mesme leur nonchalance si lourde qu'on la voit, monstre qu'il ne leur chaut gueres de ce que Jésus Christ a voulu ou entendu, moyennant (pi'il leur serve de bouclier pour couvrir leur obstination : comme la diligence que nous mettons à nous enquérir du vray sens, tesmoigne combien nous prisons i'authorité de ce souverain Maistre. Ils nous reprochent malicieusement, que le sens humain nous empesche de croire ce que Jésus Christ a proféré de sa bouche sacrée. Mais j'ay desja en partie declairé, et encore feray-je tantost mieux apparoistre, combien ils sont pervers et effrontez en nous chargeant de tels blasmes. Rien donc ne nous empesche de croire simplement à Jésus Christ: et si tost qu'il a dit le mot, d'y acquiescer. Seulement il est question de savoir si c'est un crime, de nous enquérir quel est le vray sens et naturel de ses paroUes.

23. Ces bons Doctem-s pour apparoistre gens lettrez, défendent de se retirer de la lettre tant peu que ce soit. Je repli(iue a l'opposite. Quand l'Escriture nomme Dieu, Homme de guerre (Ex. 13, 3), pource que sans translation ce langage seroit trop dur et aspre, je ne doute pas le prendre comme une similitude tirée des hommes. Et de fait, les hérétiques qu'on a appelez anciennement Anthropomorphites, n'avoyent autre couleur de molester et troubler l'Eglise, sinon qu'en prenant ces mots comme à belles dens, Les yeux de Dieu voyent (Prov. lo, 3j, Il est parvenu à ses oreilles (Ps. 18, 7), Sa main est estendue (Is. 9, 11), La terre est son marchepied (Is. 66, 1) : ils se tempestoyent de ce que les

saincts Docteurs n'accordoyent point que Dieu fust corporel, veu qu'il semble (lue l'Escriture luy assigne un corps. Ceux-là avoyeut bien la lettre pour eux : mais si tous passages estoyent prins si cruement et lourdement, toute la vraye religion seroit pervertie de resveries brutales. Car il n'y a monstie d'absm'dité (lue les hérétiques ne puissent faire semblant de déduire de l'Escriture, s'il leur est permis sous ombre tl'un mot mal entendu et non exposé, d'establir ce que bon leur semblera. Ce qu'ils allèguent, (lu'il n'est pas vray-semblable que Jésus Christ voulant donner une singulière consolation a ses disciples, ait parlé obscurément comme par énigmes, fait pour nous. Car si les disciples n'eussent entendu (jue le pain estoit nommé corps par similitude, d'autant (ju'il en estoit l'arre ou symbole, ils se fussent troublez d'une chose si prodigieuse. Sainct Jean recite que sus la mesme heure ils doutoyent et faisoyent scrupule sur chacun mot. Ceux qui disputent comment Jésus Christ s'en ira à son Père, et trouvent grande difficulté comment il partira du monde (Jean 14, o. 8; 16, 17), bref, qui n'entendent rien de ce qui leur est dit des choses célestes : comment eussent-ils esté si prompts et aisez à croire une chose répugnante à toute raison, assavoir que Jésus Christ, qui estoit assis a table devant leurs yeux, fust aussi enclos invisiblement dessous le pain? Parquoy ce qu'ils s'accordent sans aucune réplique à ce qui leur a esté dit, et mangent le pain à telles enseignes, de là il appert qu'ils prenoyent les paroUes de Jésus Christ comme nous faisons, pource ([u'ils consideroyent qu'en tous Sacremens l'usage est accoustumé d'attribuer au signe le nom de la chose signiliée. Les disciples donc ont receu une consolation certaine et liquide, et non pas enveloppée d'énigme : comme aujourdhuy nous la sentons telle qu'eux. Et n'y a autre raison pomquoy ces outrecuidez nous résistent tant, smon que le diable les a aveuglez par ses enchantemens, pour appeller Ténèbres et énigmes, une interprétation si facile et coulante. Davantage, si on veut précisément insister sur les mots, ce que Jésus Christ met son corps et son sang à part, ne pourroit consister. Il appelle le pain Son coi^js, et le vin Son sang : ou ce sera une répétition confuse, ou ce sera une division pour séparer l'un d'avec l'autre, Mesmes on pourra affermer du calice que c'est le corps : et derechef, que le pain est le sang : je dy si Jésus (Christ est enclos sous chacun des deu.t signes. S'ils respondent qu'il faut regarder à quelle fin les Sacremens sont iusliluez, je leur confesse : mais cependant ils ne se despestreront point que leur erreur ne tire tousjours ceste queue, assavoir que le pain est sang, et le vin est corps. Davantage, je ne say comment ils entendent d'accorder leurs fleutes, en confessant que le

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