‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 633 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pain et le corps sont choses diverses : et toutesfois en affermant que le pain est proprement corps sans nulle figure ; comme si quclcun disoit que la robbe est autre chose que l'homme : et toutesfois qu'elle est proprement nommée Homme. Toutesfois comme si leur victoire estoit en opiniastreté furieuse, et opprobres, ils crient qu'en cherchant la vraye interprétation des mots de Jésus Christ, nous l'accusons de mensonge. Tant y a qu'il sera maintenant facile aux lecteurs de juger combien telles gens nous font grande injure, faisant accroire aux ignorans que nous abbattons l'authoritédes parolles de Jésus Christ: lesquelles ils pervertissent et confondent aussi furieusement, que nous les exposons fidèlement et en telle dextérité qu'il est requis, comme je l'ay monstre quasi au doigt.

24. Mais ceste fausseté et mensonge ne se peut droiteraent purger, sinon en rabbattant une autre calomnie : c'est qu'ils nous accusent d'estre tellement addonncz à la raison humaine, que nous mesurons la puissance de Dieu au cours de nature, et ne luy attribuons rien plus que le sens commun nous enseigne. En lisant nos escrits, on verra incontinent combien ces calomnies sont vilaines et puantes. J'appelle donc de leurs fausses detractions à la doctrine que j'en ai donnée : laquelle certifie assez clairement que je ne restrein point ce mystère à la capacité de la raison humaine, et ne ï'assujetty point à Tordre de nature. Je vous prie, avons-nous appris des Philosophes naturels, que Jésus Christ repaist aussi bien nos âmes de sa chair et de son sang, que nos corps sont nourriz et sustentez de pain et de vin ? Dont vient ceste vertu à la chair, de vivifier les âmes ? Chacun dira qu'il ne se fait point naturellement. Ce ne sera chose non plus accordante au sens humain, que la chair de Christ entre jusques à nous pour nous servir d'aliment. Bref, quiconque aura gousté nostre doctrine, sera ravy en admiration de ceste vertu secrette de Dieu que nous preschons. Or ces bons zélateurs se forgent un miracle, sans lequel ils ne pensent pas que Dieu puisse rien. Je prie et adverty derechef les lecteurs, qu'ils pensent dihgemment que porte nostre doctrine : si elle dépend du sens commun, ou bien si par foy elle surmonte le monde, et passe jusques au ciel. Nous disons que Jésus Christ descend à nous tant par le signe extérieur (jue par son Esprit, pour vivifier vrayement nos âmes de la substance de sa chair et de son sang. Ceux qui n'entendent point que telle chose ne se peut faire sans plusieurs miracles, sont plus que stupides, veu qu'il n'y a rien plus contraire au sens naturel, que de dire que les âmes empruntent de la chair la vie spirituelle et céleste : voire de la chair qui aura eu son origine de la terre, et qui a esté mortelle. Il n'y a rien plus incroyable, que de dire que les choses distantes fune de

l'autre aussi bien que le ciel de la terre, non seulement soyent conjoinctes, mais unies, tellement que nos âmes reçoyvent nourriture de la chair de Christ, sans qu'elle bouge du ciel. Parquoy que ces phrenetiques se déportent de nous charger et rendre odieux par ceste calomnie si vilaine : c'est que nous retrenchons de la puissance infinie de Dieu. Car en cela où ils errent trop lourdement, ou ils mentent trop impudemment, veu qu'il n'est pas icy question que c'est que Dieu a peu, mais que c'est qu'il a voulu. Et nous atfermons tout ce qui luy plaisoit avoir esté fait. Or il luy a pieu que Jésus Christ fust fait semblable à ses frères en toutes choses, excepté péché (Hebr. 2, 17; 4, 13j. Quel est nostre corps ? N'est-il pas tel qu'il a sa propre et certaine mesure, qu'il est contenu en lieu, qu'il est touché, qu'il est veu? Et pourquoy, disentils, ne fera Dieu qu'un mesme corps occupe plusieurs et divers lieux, qu'il ne soit comprins en nul certain lieu, qu'il n'ait point de forme ne mesure aucune ? 0 insensé ! que demandes-tu à la puissance de Dieu, qu'elle face qu'un corps soit ensemblement corps et non corps? Comme si tu requerois qu'elle face la lumière estre tout en un coup lumière et ténèbres. Mais elle veut la lumière estre lumière, les ténèbres eslre tenebres,un corps estre corps. Certes elle convertira bien, quand elle voudra, les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres. Mais quand tu demandes que la lumière et les ténèbres ne soyent point dilîerentes, que veux-tu autre chose que pervertir l'ordre de la sapience de Dieu? Il faut donc que le corps soit corps, et que l'esprit soit esprit, un chacun en telle loy et condition qu'il a esté créé de Dieu. Et ceste est la condition du corps, qu'il consiste en un lieu certain, en sa propre et certaine mesure, et en sa forme. En celle condition Jésus Christ a prins corps, auquel, tesmoin sainct Augustin, il a bien donné incorruption et gloire, mais il ne luy a point osté sa nature et sa vérité^*". Car le tesmoignage de l'Escriture est clair et évident : Qu'il est monté au ciel, dont il doit ainsi revenir comme il y a esté veu monter (Act. 1, H).

2o. Ils répliquent qu'ils ont la paroUe, par laquelle la volonté de Dieu est liquidée. Voire si oh leur concède d'exterminer de l'Eghse le don d'interprétation, par lequel la Parolle soit entendue comme elle doit. Je confesse qu'ils allèguent le texte de l'Escriture, mais tout ainsi que faisoyent jadis les Anthropomorphites, en faisant Dieu corporel. Item, comme Marcion et Manichée, qui faisoyent le corps de Jésus Christ céleste ou fantastique. Car ils alleguoyent ces tesmoignages : Le premier Adam estant de terre, est terrestre : le second Adam, assavoir le Seigneur, est du ciel (i Cor. 15, 47). Item, que Jésus Christ s'est aneanty ayant prins forme de serf, et ayant esté trouvé resembler aux hommes (Phil. 2, 7).

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