‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 634 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Mais ces vanteurs semblables à joueurs de passe -passe, n'estiment pas qu'il y ait nulle puissance de Dieu, sinon que par le monstre qu'ils forgent en leur cerveau, tout ordre de nature soit renversé. Ce qui est plustost borner Dieu, et luy assigner ses rayes, à ce qu'il soit contraint d'obéir a nos l'antasies. Car de quelle parolle ont-ils puysé, que le corps de Jésus

t Christ soit visible au ciel, et cependant qu'il soit caché et invisible sous une inlinité de morseaux de pain? Ils allégueront ([ue cela est requis de nécessité, à ce que le corps de Jésus Christ soit L donné à la Cène. Voire, pource qu'il leur a pieu " de tirer des paroUes de Jésus Christ une laçon charnelle de manger son corps : estans préoccupez de leur fantasie, ils ont esté contraints de forger ceste subtilité, à laquelle toute l'Escriture contredit. Or tant s'en faut que nous amoindrissions en façon que ce soit la puissance de Dieu, ([u'il n'y a rien plus propre à la magnifier, que ce que nous enseignons. Mais pource (ju'ils ne nous cessent d'accuser que Dieu est fraudé de son honneur, quand nous rejetions ce qui est difficile a croire au sens commun, combien qu'il ait esté promis de Jésus Christ: je respon derechef, comme n'agueres, que nous ne prenons point conseil du sens naturel es mystères de la foy, mais que nous recevons en toute docilité et esprit de mansuétude, comme sainct Jaques nous exhorte (Jaq. 1,21), tout ce qui proci'lo de Dieu. Cependant nous ne laissons pas de suyvre une modération utile, pour ne point tomber en erreur si pernicieux, duquel ils sont aveuglez. Car en prenant ces paroUes cruement et à la volée, Cecy est mon corps, ils forgent un miracle du tout contraire à l'intention de Jésus Christ. Là dessus beaucoup d'absurditez énormes leur viennent devant les yeux : mais pouice que par leur folle hastiveté ils se sont desja jetiez au filet, ils se fourrent en l'abysme de la puissance infmie de Dieu, pour estouffer et estaindre toute vérité. Et voila dont procède ceste présomption avec un chagrin et desdain, quand ils disent qu'ils ne veulent point savoir comment le corps de Jésus Christ est caché sous le pain: pource qu'ils se contentent de ce mot, Cecy est mon corps. Nous, de nostre costé, mettons peine d'avoir la vraye intelligence de ce passage, comme de tous autres : et y appliquons nostre estude soigneusement et avec obéissance. Et ne concevons pas soudain à l'estourdie et sans discrétion ce qui se présente a nos sens : mais après avoir bien médité et considéré le tout, nous recevons le sens que le sainct Esprit nous suggère. Estans si bien fondez,;nous mesprisons tout ce que la sagesse terrienne peut opposer à rencontre : mesmes nous tenons nos entendemens captifs, et les humilions, à ce qu'ils n'entreprennent point de s'eslever ou gronder contre l'authorité de Dieu. C'est de là que nous est

venue ceste exposition que nous tenons, laquelle tous ceux (jui sont moyennement versez en r Escriture, cognoissent et voyent estre commune à tous Sacremens. Aussi suyvans l'exemple de la saincte Vierge, nous n'estimons pas qu'il soit défendu en une chose haute, de demander comment elle se peut faire (Luc 1, 34).

26. Mais pource qu'il n'y aura rien plus propre à confermer la foy des enfans de Dieu, que quand il leur sera monstre que la doctrine que j'ay mise cy dessus est purement tirée de l'Escriture, et appuyée sur l'authorité d'icelle, je liquidt-ray ce poinct en bref. Ce n'est pas Aristote, mais le sainct Hs[)rit (jui enseigne que le corps de Jésus Christ, après estre resuscité des morts, demeure en sa mesure, et est receu au ciel jusques au dernier jour. Je n'ignore pas que nos adversaires ne font que hocher la teste de tous les passages que nous alléguons. Toutes fois et quantes que Jésus Christ dit qu'il s'en ira en laissant le monde (Jean 14, 12. 28; 16, 7. 28), ils répliquent que tel département n'est autre chose qu'un changement de son estât mortel. Mais si ainsi estoit, Jésus Christ ne substitueroit point le sainct Esprit pour suppléer au défaut de son absence, veu qu'il ne luy succède point. Comme aussi Jésus Christ n'est pas descendu derechef de .sa gloire céleste pour prendre condition mortelle. Certes l'advenement du sainct Esprit en ce monde, et l'ascension de Christ sont choses opposites. Et pourtant il est impossible qu'il habite en nous selon la chair en telle façon qu'il envoyé son Esprit. Davantage, il prononce clairement, qu'il ne sera pas tousjours avec ses disciples au monde (Matth. 26, llj. Il leur semble qu'ils feront escouler ceste sentence, en disant (jue Jésus Christ a simplement entendu qu'il ne seroit pas tousjours povre et diseteux, pour avoir besoin de secours. Mais la circonstance du lieu leur contredit, veu qu'il n'est point là question de povrcté ny indigence, ou d'autres misères de la vie terrienne, mais de luy faire honneur. L'onction faite par la femme ne plaisoit point aux disciples: pource (ju'il leur sembloit que c'estoit une despense superflue et inutile, mesme une pompe excessive et à condamner. Ainsi ils eussent mieux aymé qu'on eust distribué aux povres le prix de l'onguent, qui avoit esté mal espandu à leur advis. Jésus Christ dit qu'il ne sera pas tousjours présent pour recevoir tel honneur. Et sainct Augustin n'expose point autrement ce passage duquel les parolles qui s'ensuyvent ne sont point obscures: Quand Jésus Christ disoit, Vous ne m'aurez point tousjours avec vous : il piarloit de la présence de son corps. Car selon sa majesté, selon sa providence, selon sa grâce invisible, ce qu'il a promis ailleurs est accompli. Je seray avec vous jusques à la fin du monde: mais selon la nature humaine qu'il a prinse, selon ce qu'il est nay de la Vierge,

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