CHAPITRE XVII
SUS Christ eu distribuant le pain de la Cène à ses disciples, s'est aueunomont porté entre ses mains. Car en mettant cest adverbe de similitude, Aucunement, il declaire (juc le corps n'a point esté realement enclos sous le pain. Ce qui ne doit estre trouvé nouveau, veu qu'ailleurs il maintient liaut et clair, (jue si on osl(^ aux corps leur mesure et espace de lieu, ils ne seront nulle part: et par ainsi ils ne seront nullement '■*'. Leur cavillation est trop maigre, qu'il ne traite point là de la Cène, en la(pielle Dieu desploye une vertu spéciale. Caxt notamment la conclusion avoit esté esmeue du corps de Jésus Christ. Et ce sainct Docteur respondant de propos délibéré, dit qu'il luy a donné immortaUté, mais il ,ne luy a jias osté sa nature. Parquoy, dit-il, selon le corps Jésus Christ n'est point espandu par tout. Car il nous faut garder de tellement alTermer la divinité du Médiateur qui a esté fait homme, que nous destruisions la vérité de son corps. Car il ne s'ensuit pas, combien que Dieu soit par tout, que tout ce qui est en luy y soit aussi bien. La raison est adjoustéc, que Jésus Christ n'estant qu'un, est Dieu et homme en sa personne. Entant qu'il est Dieu, qu'il est par tout: entant qu'il est homme, qu'il est au ciel. Quelle sottise eust-ce esté, de n(; point excepter pour le moins en un mot, le mystère qui est de si grande importance, s'il y eust eu contrariété aux propos (pi'il tenoit ? Qui plus est, si on lit attentivement ce qui s'ensuit, on trouvera que la Cène y est aussi bien comprinse. Car il dit que le Fils unique de Dieu, estant aussi liomme, est par tout présent, voire tout entier entant qu'il est Dieu: qu'il réside au temple de Dieu, c'est à dire en l'Eglise: et neantmoins qu'il est au ciel comme Dieu, pource qu'il faut qu'un vray corps ait sa mesure. Nous voyons que pour unir Jésus Christ avec son Eglise, il ne retire pas son corps du ciel : ce qu'il eust fait, si ce corps ne nous pouvoit estre viande, qu'il ne fust enclos sous le pain. En un autre passage, voulant dehnir comment les fidèles possèdent Jésus Christ: Nous l'avons, dit-il, par le signe de la croix, par le Sacrement du Baptesme, et par le manger et boire de l'autel '^^ Or je ne dispute point si c'a esté bien dit à luy, d'égaler une superstition loile aux vrais signes de la présence de Jésus Christ : seulement je dy qu'en faisant telle comparaison, il monstre assez (ju'il n'imagine point deux corps en Jésus Christ, pour le cacher au pain d'un costé, et le laisser visible au ciel de l'autre. Si on requiert plus ample exposition, il adjouste tautost après, que nous avons tousjours Jésus Christ selon la présence de sa majesté, et non pas selon la présence de sa chair, veu que selon icelle il a esté dit. Vous ne m'aurez point tousjours (Matth. 26, 11). Nos adversaires répliquent qu'il entrelace aussi bien ces mots, que selon sa
grâce indicible et invisible son dire s'accomplit, (pi'il sera avec nousjusquos on la fin du monde (Mattli. 28, 20). Mais cela ne fait rien pour eux : d'autant (|ue c'est une partie de ceste majesté la(iuelle il oppose au corps, mettant ces deux choses comme diverses, La chair, et La vertu ou grâce. Comme en un autre lieu il met ces deux choses opposites, que Jésus Christ a laissé ses disciples quant à la présence corporelle, pour estre avec eux de présence spirituelle; où il appert qu'il distingue notamment l'essence de la chair, d'avec la vertu de l'Esprit la(iuelle nous conjoinct a Christ : combien que nous en soyons séparez par distance de lieu. Il use plusieurs fois d'une mesme façon de parler: comme quand il dit. Il viendra en présence corporelle pour juger les vifs elles morts, selon la reigle de la foy. Car en présence spirituelle il est tousjours avec son Eglise. Ceste sentence donc s'adresse aux croyans lesquels il avoit commencé de garder, leur estant présent de corps, et lesquels il devoit laisser par l'absence de son corps, afin de les garder par présence spiritueUe. C'est une caviUation sotte, de prendre Corporel pour Visible, veu qu'il oppose le corps à la vertu divine: et en adjoustant (ju'il garde avec le Père, il exprime clairement qu'il espand de sa grâce en nous du ciel par le sainct Esprit.
29. Et pource qu'ils se confient tant en ceste cachette de Présence invisible, voyons un peu comment elle les couvre. Pour le premier, ils ne produyront point une seule syllabe de l'Escriture, par laquelle ils prouvent que Jésus Christ soit invisible. Mais ils prennent pour une maxime infaillible ce que nul ne leur concédera : c'est que le corps de Jésus Christ ne peut estre donné en la Cène, sinon sous une masque de morseau de pain. Or c'est le poinct du(iuel ils ont à débattre avec nous : tant s'en faut qu'il doyve obtenir lieu du principe. Davantage, en gazouillant ainsi, ils sont contraints de faire double corps en Jésus Christ, pource que selon leur dire il est visible au ciel en soy, en la Cène il est invisible par une dispensation spéciale. Or si cela est convenable ou non, on en peut juger par beaucoup de passages del'Escriture: et sur tout par le tesmoignage de sainct Pierre, quand il (lit qu'il faut (pie Jésus Christ soit contenu au ciel, jusques à ce qu'il vienne pour juger le monde (Act. 3, 21). Ces Acariastres enseignent qu'il est par tout sans forme aucune: alleguans que c'est iniquement fait, d'assujettir la nature d'un corps glorieux aux loix de la nature commune. Or ceste response traine avec soy la resverie de Servet, laquelle <à bon droit est détestable à toutes gens craignans Dieu : assavoir que le corps de Jésus Christ après l'ascension a esté englouti par sa divinité. Je ne dy pas qu'ils tiennent ceste opinion : mais si on conte entre les (lualitez d'un corps glorifié, qu'il soit infiny