‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 637 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

et remplisse tout, il est notoire que la substance en sera abolie, et qu'il ne restera nulle distinction entre la divinité et la nature humaine. Davantage, si le corps de Jésus Christ est ainsi variable et de diverses sortes, d'apparoistre en un lieu, et d'estre invisible en l'autre : que deviendra la nature corporelle, laquelle doit avoir ses mesures? que deviendra aussi l'unité? TertuUien argue bien mieux, enseignant que Jésus Christ a un vray corps et naturel, puis que la figure nous en est donnée en la Cène, en gage et certitude de la vie spirituelle. Car la figure seroit fausse, si ce qu'elle représente n'estoit vray. Et de fait, Jésus Christ parloit de son corps glorieux, en disant. Voyez et tastez : car un Esprit n'a point de chair ne d'os (Luc 24, 39).Voicy comment un corps sera approuvé vray corps par la bouche de Jésus Christ: c'est quand il se voit et se manie. Qu'on ost.e ces choses, il ne sera plus corps. Ils ont tousjours leur refuge à leur dispensation qu'ils se sont forgée. Or nostre devoir est de recevoir en telle sorte ce que Jésus Christ prononce absolument, que ce qu'il veut allcrmer soit tenu pour vallaijle sans exception. Il prouve qu'il n'est point un fantosme, comme les disciples cuydoyent: pource qu'il est visible en sa chair. Qu'on oste ce qu'il attribue à son corps connue propre, ne faudra-il pas trouver une définition nouvelle ? Davantage, qu'ils se tournent et virent tant qu'ils voudront, ceste dispensation qu'ils ont songée n'a point de lieu, quand sainct Paul dit que nous attendons nostre Sauveur du ciel, lequel conformera nostre corps contemptible à son corps glorifié (Phil. 3,20.21). Car nous ne devons point espérer une conformité aux qualitez qu'ils imaginent: assavoir, que chacun ait un corps invisible et infiny. Et ne se trouvera homme si lourdaut, auquel ils persuadent une telle absurdité. Ainsi, qu'ils se déportent d'attribuer ceste propriété au corps glorieux de Jésus Christ, c'est qu'il soit ensemble en plusieurs lieux, et qu'il ne soit contenu en nulle espace : bref, ou qu'ils nient ouvertemeat la résurrection de la chair, ou qu'ils confessent que Jésus Christ estant vestu de sa gloire celeste, ne s'est point despouillé de sa nature humaine : veu que la résurrection nous sera commune avec luy, en laquelle il nous fera parti cipans et compagnons de la condition en laquelle il est. Car les Escritures n'enseignent rien plus clairement que cest article: c'est que comme Jésus Christ a vestu nostre chair en naissant de la vierge Marie, et a souffert en icelle pour effacer nos péchez: aussi qu'il a reprins ceste mesme chair en resuscitant. Car aussi toute l'espérance que nous avons de venir au ciel est là appuyée, que Jésus Christ y est monté: et (comme dit Tertullien) qu'il y a porté avec soy l'arre de nostre résurrection. Or je vous prie, combien ceste fiance seroit-elle débile, sinon

que la mesme chair que Jésus Christ a prinse de nous, fust entrée au ciel? Parquoy que ceste resverie qui attache au pain tant Jésus Christ que les entendemens des hommes, soit mise bas. Car à quoy tend ceste présence invisii)le dont ils babillent, sinon afin que ceux qui désirent d'estre conjoincts à Jésus Christ, s'amusent au signe extérieur ? Or le Seigneur Jésus a voulu retirer non seulement nos yeux, mais aussi tous nos sens de la terre, défendant aux femmes qui estoyent venues au sepulchre, de le toucher: pource qu'il n'estoit pas encore monté à son Père (Jean 20, 17). Veu qu'il savoit que Marie avec ses compagnes venoit d'une affection saincte et en grande révérence luy baiser les pieds, il n'y avoit raison d'empescher et reprouver tel attouchement, jusques à ce qu'il fust monté au ciel, sinon qu'il ne vouloit estre cherché ailleurs que Là. Ce qu'on objette, que depuis il a esté veu de sainct Estienne (Act. 7, 55) : la solution est facile. Car il n'a pas esté requis que Jésus Christ pour ce faire changeastde heu, pouvant donner une veue supernaturelle aux yeux de son serviteur, laquelle transperçast les cieux. Autant en est-il de sainct Paul (Act. 9, 4). Ce qu'on allègue derechef, que Jésus Christ est sorti du sepulchre sans l'ouvrir, et qu'il est entré ci ses disciples les huis de la chambre estans clos (Matth. 28, 6; Jean 20, 19), ne fait rien non plus à maintenir leur erreur. Car comme l'eau a servi à Jésus Christ d'un pavé ferme, quand il cheminoit sur le lac (Matth. 14, 25), aussi on ne doit trouver estrange si la dureté de la pierre s'est amollie pour luy donner passage. Combien qu'il est aussi vray-semblable que la pierre se soit levée, et puis retournée en son lieu. Comme aussi d'entrer en une chambre les huys estans fermez, ce n'est pas à dire transpercer le bois, mais seulement qu'il s'est fait ouverture par sa vertu divine, en sorte que d'une façon miraculeuse il s'est trouvé au milieu de ses disciples, combien que les portes fussent serrées. Ce qu'ils ameinent de sainct Luc, assavoir qu'il s'est esvanouy soudain des yeux des disciples qui alloyent en Emaus (Luc 24, 31), ne leur sert de rien, et fait à nostre avantage. Car pour leur ester la veue de son corps, il ne s'est point fait invisible, mais seulement s'est disparu. Comme aussi, tesmoin le mesme Evangeliste, en cheminant il ne s'est point desguisé ou transfiguré pour estre mescognu, mais a tenu leurs yeux (Luc 24,16). Or noz adversaires non seulement transfigurent Jésus Christ pom* le faire estre au monde, mais le forgent divers k soy mesme, et tout autre en terre qu'au ciel. Bref, selon leur resverie, combien qu'ils ne disent pas en un mot que la chair de Jésus Christ soit esprit, toutesfois ils l'enseignent. Et ne se contentant point de cela, selon le lieu où ils la mettent, ils la vestent de qualitez toutes contraires.

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