‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 638 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Dont il s'ensuyt nécessairement qu'elle soit double.

30. Mais encore que nous leur accordions ce qu'ils j,'azouillent de la présence invisible, si est-ceiiue rininiensité no sera point prouvée, sans laquelle ils tendent en vain d'enclorre Jésus Christ sous le pain. Jusques à ce qu'ils ayent prouvé qu'il est par tout sans distance ne pourpris, jamais ne feront à croire qu'il soit caché sous le pain de la Ccne. Et c'est ce qui les a contraint d'introduire ceste opinion monstrueuse de corps infini. Or nous avons monstre par tesmoignages clairs et fermes de l'Escriture, (jue le corps de Jésus Christ est aussi bien contenu que les autres en espace de lieu, selon que requiert la mesure d'un corps humain. Davantage, qne par son ascension au ciel, il a certifié qu'il n'estoit pas en tous lieux : mais qu'en allant en un lieu, il laissoit l'autre. La promesse qu'ils allèguent ne se doit pas estendre jusqu'au corps : assavoir, Je suis avec vous jusqu'à la fin du siècle (Matlh. 28, 20). Car si ainsi estoit, il faudroit ([ue Jésus Christ habitast en nous corporellement hors l'usage de la Cène : veu qu'il est là parlé d'une conjonction perpétuelle. Et ainsi, ils n'ont nulle raison de combattre si amèrement pour enclorre Jésus Christ sous le pain, veu qu'ils confessent que nous l'avons aussi bien sans la Cène. Davantage, le texte liquide que Jésus Christ ne parle là nullement de sa chair : mais qu'il promet à ses disciples un secours invincible, par lequel il les défendra et maintiendra contre tous assaux de Satan et du monde. Car pource qu'il leur donnoit une charge difficile: afin qu'ils ne doutent point de la recevoir, ou qu'ils ne se sentent estonnez, il les conforme en leur promettant de leur estre tousjours présent : comme s'il disoit que son ayde, qui est insuperable, ne leur defaudra jamais. Si ces gens ne prenoyent plaisir à tout mesler et confondre, ne falloit-il pas distinguer (luelle est ceste manière de présence? Et de fait, aucuns aiment mieux avec leur grand vitupère descouvrir leur ignorance, que de décliner tant peu que ce soit de leur erreur. Je ne parle point des Papistes, desquels la doctrine est plus supportable, ou pour le moins mieux colorée. Mais il y en a qui sont transportez de tel ardeur, qu'ils n'ont honte de dire, qu'à cause de l'union des deux natures, par tout où est la divinité de Jésus Christ, sa chair y est aussi bien, la(}uelle ne s'en peut séparer. Comme si ceste union estoit une fonte, pour faire je ne say quel meslinge, qui ne soit ne Dieu ny homme. Eutyches l'a bien ainsi imaginé, et après luy Servet. Mais nous pouvons ouvertement recueillir de toute l'Escriture, qu'en la personne de Jésus Christ les deux natures sont tellement unies, que chacune a sa propriété qui luy demeure sauve. Noz adversaires n'oseront pas dire qu'Eutyches n'ait esté

condamné à bon droit. C'est merveille qu'ils ue regardent pas pour quelle cause: c'est assavoir qu'en ostant la dilTerence entre les deux natures, et insistant sur l'unité de la personne, il faisoit Jésus Christ homme, entant (pi'il est Dieu, et Dieu ent^uit qu'il est homme. Quelle forcenerie donc est-ce, de mesler plustost le ciel et la terre, que de quitter ceste fantasie de vouloir arracher Jésus Christ du sanctuaire des deux ? Quant à ce qu'ils allèguent pour eux ces tesmoignages. Que nul n'est monté au ciel sinon le Fils de l'homme (jui y est (Jean 3, 13) : item, Le fils qui est au sein du Père nous l'a declairé (Jean 1, 18): en cela ils monstrent leur stupidité, de mespriser la communication des proprietez; laquelle non sans cause a esté inventée des Pères anciens. Certes quand il est dit que le Seigneur de gloire a esté crucifié (1 Cor. 2, 8), ce n'est pas qu'il ait rien souiTert en sa divinité, mais pource que Jésus Christ qui souffroit cesle mort ignominieuse en la chair, luy mesme estoit le Seigneur de gloire. Par semblable raison le Fils de l'homme estoit au ciel et en terre, pource que Jésus Christ selon la chair a conversé ici bas durant sa vie mortelle, et cependant ne laissoit point d'habiter au ciel comme Dieu. Suyvant cela au mesme passage il est dit qu'il est descendu du ciel : non pas que sa divinité ait quitté le ciel pour s'enclorre en la chair comme en une loge: mais pource que celuy qui remplit tout, a neantmoins habité corporellement et d'une façon indicible en son humanité. 11 y a une distinction vulgaire entre les théologiens Sorboniques, laquelle je n'auray pas honte de reciter : c'est que Jésus Christ est par tout en son entier : mais que tout ce qu'il a en soy, n'est point par tout. Pleust à Dieu que les povres gens poisassent bien que vaut ceste sentence : car par ce moyen leur sotte imagination de la présence charnelle de Jésus Christ en la Cène seroit rabbatue. Parquoy nostre Médiateur estant entier par tout, est tousjours prochain des siens. Mesme en la Cène il se monstre présent d'une façon spéciale: toutesfois c'est pour y estre, et non pas pour y apporter tout ce qu'il a en soy : veu que quant à la chair, il faut qu'il soit compris au ciel, jusques à ce qu'il apparoisse en jugement.

31. Au reste, ceux qui ne conçoivent nulle présence de la chair de Jésus Christ en la Cène, si elle n'est attachée au pain, s'abusent grandement : car en ce faisant ils excluent l'opération secrète de l'Esprit, laquelle nous unit à Jésus Christ. Il ne leur semble pas que Jésus Christ nous soit présent s'il ne descend à nous. Voire, comme si en nous élevant à soy, il ne nous faisoit pas aussi bien jouir de sa présence. Parquoy nostre question ou différent est seulement de la façon : pource que noz adversaires veulent loger Jésus Christ au pain, et nous disons qu'il

Page 1