‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 642 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ferme eiicores mieux ce propos en disant, N'apprestez point vostre gosier, mais le cœm": car c'est p(jur cela que la Cène nous est ordonnée. Voicy, nous croyons en Jésus Christ, et ainsi nous le recevons |)ar foy : nous savons en le recevant ce ([ue nous pensons : nous prenons un petit morseau de pain, et nous sommes rassasiez au cœur. Parquoy ce n'est pas ce qu'on voit qui rcpait, mais ce qu'on croit "". II restreind aussi bien en ce passage, conune cy dessus, au signe visible ce (|ue les incrédules reroiveiU: et jirononce (|ue Jésus Christ ne peut eslre receu ([ue par foy. Autant en dil-ii ailleurs : c'est que tant les bons que les mauvais communiquent aux signes, et cxclud les incrédules de la vraye communication de la chair de Christ; ce qu'il n'eust pas l'ait, s'il eust eu cestc lourde fantiisie, en laquelle noz adversaires le veulent envelopper. En un autre lieu traitant de la manducation et du Iruict d'icelle, il conclud ainsi : Le corps et le sang de Jésus Christ sont vie à chacun, si ce qu'on prend visiblement est spirituellement mangé et beu '^^ l'anjuoy ceux (\m veulent faire les incrédules particii)ans de la chair et du sang de Jésus Christ : pour consentir avec sainct Augustin, qu'ils nous représentent le corps de Jésus Christ visible, puis (ju'il prononce que toute la vérité du Sacrement est spirituelle. II est aisé de recueillir de ses parolles, (|ue le manger sacramental n'emporte autre chose que le manger visible et extérieur du signe, quand l'incrédulité ferme la porte à la substance. Et de fait, si on jjouvoit vrayement manger le corps de Jésus Christ, sans le manger spirituellement, que deviendroit ceste sentence du mesme docteur. Vous ne mangerez point le corps que vous voyez, et ne beuvrez point le .sang qu'espandront ceux qui me crucifieront. Je vous ay ordonné un Sacrement lecpiel vous vivifiera estant spirituellement entendu ^^* ? Il n'a pas voulu nier (jue le mesme corps que Jésus Christ a offert en sacrifice, ne nous soit donné en la Cène : mais il a noté la façon d'y participer: c'est que le corps nous inspire vie par la vertu secrète du sainct Esprit, combien qu'il soit en la gloire céleste. Je confesse bien que ce bon Docteur dit souventefois, que le corps de Jésus Christ est pris des infidèles: mais il s'explicjue en disant que c'est sacramentdemcnt: et puis il dedaire que la manducation spirituelle est, ([uand nous ne consumons point la grâce de Dieu par noz morsures '*'^. Et afin que les adversaires n'allèguent pas que je vueille veincre en faisant grand amas de pas.sages, je voudroye bien savoir comment ils se despestreront de ce qu'il dit, que les Sacremens ne donnent et n'apportent ce qu'ils figurent sinon aux eieus seulement. Ils n'oseront pas nier que le pain en la Cène ne figure le corps de Jésus Christ : dont il s'ensuit que les reprouvez sont

forclos de la participation d'iceluy. Il y a aussi une sentence de Cyrille, qui monstre (ju'il n'en a point aulremenl pensé : (Connue si en une cire fondue (dit-il) on en jettoit d'autre, toutes les deux se meslent: aussi est-il nécessaire ([ue si quelcun reçoit la chair et le sang du Seigneur, il soit conjoint avec luy, afin qu'il soit trouvé en Jésus Christ, et Jésus Christ en luy -"". Je pense avoir suffisamment prouvé et liquidé, que ceux (jui ne reçoivent le cori)S de Jésus (Christ sacramentalement, sont forclos du vray manger et real : d'autant que l'essence du corps ne se peut séparer de sa vertu, et ([ue la vérité des promesses de Dieu n'est point esbranlée pour cela, veu qu'il ne laisse pas de plouvoirdu ciel, combien que les pierres et rochers n'en reçoivent au dedans nulle lifiueur.

35. Ces choses nous estans cogneues, elles nous distrairont facilement de l'adoration ciiarnelle, laquelle aucuns par témérité perverse ont mis sus au Sacrement: pource qu'ils faisoyent ainsi leur conte en eux-mesmes : Si le corps y est, aussi par conséquent et l'ame et la divinité y sont ensemble avec le corps : car ils n'en peuvent plus estre séparez ne divisez. Donc Jésus Christ doit estre là adoré. Premièrement, si on leur nie ceste déduction, qu'ils appellent Concomitance, que feront-ils ? Car quoy qu'ils allèguent qu'il y auroit grande absurdité de séparer l'ame et la divinité d'avec le corps, si estce qu'ils ne persuaderont à nul homme de sens rassis, que le corps de Jésus Christ soit Jésus Christ: mesme il leur semble bien que cela s'ensuyt de leurs argumens. Mais puis que Jésus Christ parle distinctement de son corps et de son sang, sans spécifier la façon de la présence, que conclurront-ils d'une chose douteuse ? Certes s'il advient que leurs consciences soyent agitées par quelque forte tentation, facilement avec leurs syllogismes ils seront estonnez, esperduz et confuz, quand ils se verront ainsi destituez de certaine parolle de Dieu, par laquelle seule noz arnes consistent lors qu'elles sont appelées à rendre conte et raison, et sans laquelle en un chacun moment elles trebuschent ei sont ruinées, quand ils verront que la doctrine et les exemples des Apostres leur contrarieront, et quand ils se trouveront avoir esté seuls aulheurs de leurs fantasies. Avec tels assauts surviendront plusieurs autres aiguillons et remors de conscience. Quoy? estoit-ce une chose de nulle conséquence, qu'adorer Dieu en ceste forme, sans qu'il nous en fust rien ordonné ? P'alloit-il par si grande legiereté faire ce dont on n'avoit jamais eu aucune parolle, quand il estoil question du service et de la gloire de Dieu ? Mais si en telle humilité qu'il falloit, les forgeurs de tels argumens eussent contenu souz la parolle de Dieu toutes les cogitations de leur sens, ils eussent certes escouté ce qu'il dit, Prenez, mangez,

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