CHAPITRE XVII
et observent ce que Jésus Christ leur commande là: au contraire, que ceux qui transfèrent le commandement à autre usage, sont destituez de toute paroUe de Dieu. J usques icy nous avons traité comment ce Sacrement sert cà nostre foy devant Dieu. Or puis que nostre Seigneur non seulement nous y reiiuit en mémoire si grande largesse de sa bonté, mais nous la présente quasi de main en main, c omme nous avons cy dessus declairé, et nous advertist de la recognoistre: pareillement il nous admonneste
que ne soyons
mgrats
à une telle benif^nité
([u'il y desploye : mais que plustost nous la magnifions par telles louanges qu'il est convenable, et la célébrions avec actions de grâces. Pourtant quand il donnoit rinstilulion de ce Sacrement à ses Aposlres, il leur comiiianda de le faire ainsi en la mémoire de soy. Ce que sainct Paul interprète. Annoncer la mort du Seigneur (1 Cor. •11, 26): c'est que publiquement et tous ensemble, comme d'une bouche, évidemment confessions toute nostre fiance de vie et de salut estre en la mort du Seigneur: afin que par nostre confession nous le glorifions, et par nustre exemple exhortions les autres de lui donner aussi mesme gloire. Icy nous voyons derecbef où tend le but du Sacrement : c'est assavoir a nous exercer en la mémoire de la mort de Jésus Christ. Car ce qui nous est commandé d'annoncer la mort du Seigneur jusques à ce qu'il viendra au jugement, n'est autre chose sinon que nous declairions par confession de bouche, ce que nostre foy a recognu au Sacrement : c'est assavoir que la mort de Jésus Christ est nostre vie. C'est-cy le second usage de ce Sacrement, qui appartient à la confession extérieure.
38. Tiercement nostre Seigneur a voulu qu'il nous soit pour exhortation : qui est lehe, que nulle autre ne nous pourroit de plus grande véhémence inciter et enflamber à charité, paix et union. Car nostre Seigneur ainsi nous communique Icà son corps, qu'il est entièrement fait un avec nous, et nous avec luy. Or puis qu'il n'a qu'un corps, duquel il nous fait tous participans, il faut nécessairement que par ceste participalion nous soyons faits aussi tous ensemble un corps, laquelle unité nous est représentée par le pain qui nous est olîert au Sacrement. Car comme il est fait de plusieurs grains de blé, qui y sont tellement meslez et confuz ensemble, qu'on ne pourroit discerner ne séparer l'un de l'autre : en ceste manière nous devons aussi estre par accord de volonté tellement conjomcts et assemblez entre nous, qu'il n'y ait aucune noise ne division. Ce que j'aime mieux estre expliqué par les paroUes de sainct Paul : La couppe, dit-il, de bénédiction laquelle nous bénissons, est la communication du sang de Christ : et le pain de bénédiction que nous rompons, est la participation du corps de Christ (1 Cor. 10, 16). Donc
nous sommes un mesme corps, nous tous qui participons d'un mesme pain. Nous aurons beaucoup profité au Sacrement, si ceste cognoissance est engravée et imprimée dedans noz cœurs, que nul des frères ne peut estre de nous mesprisé. rejecté, violé, blessé, ou en aucune manière otîensé, que semblablement nous ne blessions, mesprisions, ou offensions en luy Jésus Christ, et le violions par noz injures : que nous ne p:>uvous avoir discord ne division avec noz frères, que ne discordions et soyons divisez de Jésus Christ : que Jésus Cbrist ne peut estre aimé de nous, que nous ne l'aimions en nos frères : que telle solicitudc et soin que nous avons (le nostre propre corps, nous le devons aussi avoir de nos frères, qui sont membres de nostre corps : que comme nulle partie de nostre corps ne peut souffrir aucune douleur que le sentiment n'en soit espamlu on toutes les autres : aussi nous ne devons endurer que nostre frère soit affligé de quelque mal, duquel nous ne portions pareillement nostre part par compassion. Et pourtant non sans cause sainct Augustin a si souvent appelle ce Sacrement, Lien de charité. Car quel aiguillon pourroit estre plus aspre et plus piquant à nous inciter d'avoir mutuelle charité entre nous, que quand Jésus Christ, en se donnant à nous, non seulement nous convie et nous monstre par son exemple que nous nous donnions et exposions mutuellement les uns pour les autres, mais d'autant qu'il se fait commun à tous, il nous fait aussi vrayement estre tous un en luy ?
39. Et de la appert tresbien ce que j'ay dit cy dessus, que la vraye administration des Sacremens consiste en la Parolle. Car toute l'utilité qui nous revient de la Cène, requiert que la Parolle y soit quant et quant. S'il est question de nous confermer en foy, ou de nous exercer en la protestation de nostre Chrestienté, ou de nous exhorter à saincte vie, il faut que la Parolle vienne en avant. C'est donc une chose plus que perverse, quand on convertist la Cène en une façon de faire muette et sans prédication, comme il en a esté fait sous la tyrannie du Pape. Car ils ont obtenu que toute la consécration dependoit de l'intention du Prestre : comme si cela n'appartenoil rien au peuple, auquel le mystère devoit estre exposé. Or l'erreur est venu de ce qu'on n'a point considéré que les promesses, desquelles la consécration dépend, ne s'adressent point aux signes, mais à ceux qui les reçoyvent. Or Jésus Christ ne parle point au pain, pour luy commander qu'il devienne son corps : mais il couunande a ses disciples d'en manger, et leur promet que ce leur sera un tesmoignage de la communion de son corps. Et sainct Paul ne nous enseigne point autre ordre, que d'offrir et prononcer les promesses aux fidèles, en leur donnant le pain et le ca-