‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 645 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

lice. Et de fait il est ainsi. Car il ne nous faut point icy ima^nner un encliantcnient ou conjuration de Mag'itiens, comme s'il suffisoit d'avoir murmuré les parolles sur les créatures insensibles : mais il nous faut entendre que la ParoUc, par laquelle les Sacremens sont consacrez, est une prédication vive, qui édifie ceux (pii l'oyent, qui entre en leurs entcndemens, qui soit imprimée en leurs cœurs, et qui leur apporte son efficace en accomplissant ce qu elle promet. De là aussi il appert que c'est une chose sotte et inutile, de reserver le Sacrement pour le donner aux malades extraordinairemcnt. Car ou ils le recevront sans qu'on leur dise mot ou le ministre, en leur donnant, leur declairera la signification et usage. S'il ne s'y dit mot, c'est un abus et folie. S'il y a déclaration du mystère, afin que ceux qui le doyvent recevoir, le re(;oyvent en édification et avec fruict, c'est là ou gist la vraye consécration. A quel propos donc tiendra Ion le pain pour Sacrement, quand il aura esté consacré en l'absence de ceux ausquels on le doit distribuer, veu que cela ne leur sert de rien ? On m'alléguera qu'on le fait à l'exemple de l'Eglise ancienne. Je le confesse. Mais en chose de si grande conséquence, il n'y a rien meilleur ne si seur, (juo de suyvre la pure vérité, veu qu'on n'y peut errer sans grand danger.

40. Mais comme nous voyons que ce sacré pain de la Cène de nostre Seigneur, est une viande spirituelle, douce et savoureuse, et aussi profitable aux vrais serviteurs de Dieu, ausquels il donne à recognoistre Jésus Christ estre leur vie, lesquels il induit à action de grâces, ausquels il est exhortation à charité mutueUe entre eux : aussi au contraire, il est tourné en poison mortelle à ceux desquels il n'enseigne, nourrit et ne conforte la foy, et lesquels il n'incite à confession de louange et à charité. Car tout ainsi qu'une viande corporelle, quand elle trouve un estomach occupé de mauvaises humeurs, se corrompt, et ainsi estant corrompue nuit plus qu'elle ne profite : en telle sorte ceste viande spirituelle, si elle eschet en une ame pollue de malice et perversité, elle la précipite en plus grande ruine : non pas par sa faute, mais poarce qu'il n'y a rien de pur à ceux qui sont souillez d'infidélité (Tite 1, 13), comment qu'il soit sanctifié par la bénédiction de Dieu. Car comme dit sainct Paul, ceux qui mangent indignement, sont coulpables du corps et du sang du Seigneur : et mangent et boyvent leur jugement et condamnation, ne discernans point le corps du Seigneur (1 Cor. 11, 29). Car telle manière de gens, qui sans aucune scintille de foy, sans aucune afl'ection de charité s'ingèrent comme porceaux à prendre la Cène du Seigneur, ne discernent point le corps du Soigneur. Car d'autant qu'ils ne croyent point qu'iceluy soit leur vie, ils le deshonnorent en ce qu'il leur estpossible, ledes-

pouillans de toute sa dignité : et le profanent et polluent, en le prenant ainsi. Et d'autant qu'estans discordans et aliénez de leurs frères, ils osent mesler le signe sacré du corps de Jésus Christ avec leur differens et discors, il ne tient point à eux que le corps de Jésus Christ ne soit divisé et desciré membre à membre. Pourtant non sans cause ils sont coulpables du corps et du sang du Seigneur, que par horible impieté ils polluent si vilainement. Donc par ceste indigne manducation ils prennent leur condamnation. Car combien qu'ils n'ayent nulle foy assise en Jésus Christ : toutesfois par la réception du Sacrement ils protestent qu'ils n'ont point de salut ailleurs qu'en luy, et renoncent à toute autre fiance. Parquoy ils s'accusent eux-mesmes, proposent tesmoignage contre eux-mesmes, signent leur condamnation. Davantage, puis qu'estans par haine et mal-vueillance divisez et distraits de leurs frères, c'est à dire des membres de Jésus Christ, ils n'ont nuUe part en Jésus Christ : toutesfois ils testiflent ce estre le seul salut : c'est assavoir de communiquer à Jésus Christ, etd'estre à luy uniz. Pour la raison susdite sainct Paul commande que l'homme s'esprouve soy-mesme, devant qu'il mange de ce pain ou boyve de ceste couppe. En quoy, comme je l'interprète, il a voulu qu'un chacun regarde et pense en soy-mesme, si en fiance de cœur fi recognoist Jésus Christ estre son Sauveur, et l'advoue par sa confession de bouche : si à l'exemple de Jésus Christ il est prest de se donner soy-mesme à ses frères, et de se communiquer à ceux ausquels il voit Jésus Christ estre commun : si comme il advoue Jésus Christ, ainsi pareillement il tient tous ses frères pour membres de son corps : s'il désire et est prest de les soulager, conserver et aider comme ses propres membres. Non pas que ces devoirs de foy et de charité puissent maintenant estre parfaits en nous : mais par ce qu'il nous faut efforcer, et souhaiter d'un désir ardent que nostre foy encommencée, de plus en plus tous les jours s'augmente et se fortifie : et nostre charité estant encore imbecille, se conferme.

41. Communément en voulant disposer les hommes à celle dignité de prendre le Sacrement, on a agité et tormenté cruellement les povres consciences, et n'a-on pas toutesfois enseigné rien de ce qu'il faUoit. Ils ont dit que ceux qui estoyent en estât de grâce, mangeoyent dignement le Sacrement : et ont interprété qu'estre en estât de grâce, c'estoit estre net et purgé de tout péché : par laquelle doctrine tous les hommes qui ont jamais esté et sont en terre, estoyent exclus de l'usage de ce Sacrement. Car s'fi est question que nous prenions nostre dignité en nous, c'est fait de nous. Nous ne pouvons avoir seulement que ruine, confusion et desespoir. Combien que nous nous

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