‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 646 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

esvertuyons de toutes noz forces, nous ne profiterons autre chose, sinon que lors finale nient nous serons plus ([u'indi^'nes, quand nous aurons prins peine tant qu'il nous aura esté possible, à trouver aucune dignité. Pour cuider guairir ceste playe, ils ont inventé un moyen d'acquérir dignité : c'est qu'ayant deueinent examiné nostre conscience, nous purgions nostre indignité par contrition, confession et satisfaction. Nous avons dit cy dessus ([uelle est la manière de ceste purgation, où le lieu estoit plus propre d'en traiter. Quant à ce qui appartient au présent propos, je dy que ces remèdes et soulage mens sont trop maigres et frivoles pour les consciences troublées, abbatues, aftligées et espovantées de l'Iiorreur de leur peclié. Car si nostre Seigneur par sa défense ne reçoit nuUy à la participation de sa Gène, s'il n'est juste et innocent, il ne faut pas petite asscurance pour rendre quelcun certain qu'il ait ceste justice, laquelle il oit estre requise de Dieu. Et dont nous sera confirmée ceste sécurité, que ceux se sont acquittez envers Dieu, qui auront fait ce qui est en eux ? Et encores qu'ainsi fust, quand sera-ce que quelcun s'osera promettre qu'il aura fait ce qui estoit en luy? En ceste manière, puis que nulle certaine asseurance de nostre dignité ne nous seroit proposée: tousjours l'entrée à la réception du Sacrement nous demeureroit close par ceste horrible prohibition, qui porte que ceux-là mangent et boyvent leur jugement, qui mangent et boyvent indignement du Sacrement.

42. Maintenant il est facile à juger quelle est ceste doctrine laquelle règne en la Papauté, et de quel autheur elle est issue: assavoir de priver avec une cruelle austérité, et despouiller les povres pécheurs et qui desja sont <à demy transis, de toute la consolation de ce Sacrement, auquel toutesfois toutes les douceurs de l'Evangile nous estoyent proposées. Certes le diable, pour le plus court, n'eust seu mieux perdre les hommes, que d'ainsi les décevoir et abestir, afin qu'ils ne prinssent point de goust ne saveur a telle nourriture, par laquelle le tresbon Père céleste les avoit voulu repaistre. Afin donc que ne trebuschions en telle confusion et abysme, cognoissons que ces sainctes viandes sont médecine aux malades, confort aux pécheurs, aumosne aux povres, lesquelles ne serviroyent de rien aux sains, justes et riches, s'il s'en pouvoit trouver aucuns. Car puis qu'en icelles Jésus Christ nous est donné pour nourriture, nous entendons bien que sans luy nous défaillons et allons à néant, comme le corps s'escoule par faute de manger. Davantage, puis qu'il est donné pour \ie, nous entendons bien que sans luy nous sommes du tout morts en nous-mesmes. Parquoy la seule et tresbonne dignité que nous pouvons apporter à Dieu, est ceste-cy, que luy

olîrions nostre vilité et indignité, afin que par sa miséricorde il nous face dignes de soy: ({ue nous soyons confus en nous-mesmes, afin d'estre consolez en luy: que nous nous humilii»ns en nous-mesmes, afin que soyons exaltez de luy: que nous accusions nous-mesmes, afin ([ue soyons justifiez en luy: que soyons morts en nous-mesmes, afin d 'estre vivifiez en luy. Davantage, que nous desirions et tendions à telle unité, laquelle il nous recommande en sa Cène. Et comme il nous fait estre tous un en luy, qu'ainsi souhaittions qu'un mesme vouloir, un mesme co:'ur, une mesme langue soit en nous tous. Si nous avions bien pensé et considéré ces choses, jamais ces cogitations ne nous troubleroyent, ou pour le moins ne nous, rcnverseroyent point: comment nous estans despourveuz et desnuez de tous biens, estans souillez et infects de taches et péchez, estans demymorts, pourrions manger dignement le corps du Seigneur? Plustost nous penserions que vous venons povres à un begnni aumosnier, malades au médecin, pécheurs à l'autheur de justice, et povres trespassez a celuy qui vivifie : et que ceste dignité qui est demandée de Dieu, consiste premièrement et principalement en la foy, laquelle attribue tout à Christ, et se met entièrement à luy sans rien colloquer en nous : secondement, en charité, laquelle mesme il suffist présenter imparfaite à Dieu, afin qu'il l'augmente en mieux, veu qu'elle ne se peut olïrir en perfection. Aucuns autres accordans avec nous en cela, que la dignité gist en foy et en la charité, ont toutesfois grandement erré en la mesure de ceste dignité, requerans une perfection de foy, à laquelle rien entièrement ne se puisse adjouster : et une charité pareille à celle que nostre Seigneur Jesus-Christ a eu envers nous. Mais par cela mesme ils dédiassent et reculent tous les hommes de la réception de ceste saincte Cène, non pas moins que font les autres devant dits. Car si leur opinion avoit lieu, nul ne la prendroit sinon indignement, puis que tous jusques à un seroyent detenuz coulpables et conveincuz de leur imperfection. Et certes c'a esté une trop grande ignorance, afin que je ne die bestise, que de requérir telle perfection pour recevoir le Sacrement, laquelle le feroit vain et superflu. Car il n'est pas institué pour les parfaits, mais pour les imbecilles et débiles : afin d'esveiller, stimuler, inciter et exercer tant leur foy que leur charité, et corriger le défaut de toutes les deux.

43. Quant à la façon extérieure : que les fidèles prennent en la main le pain, ou ne le prennent pas : qu'ils en divisent entre eux, ou que chacun mange ce qui luy aura esté donné: qu'ils rendent la couppe en la main du Ministre, ou qu'ils la présentent à leur prochain suyvant : que le pain soit fait avec levain, ou sans levainj:

Page 1