CHAPITRE XVII
portent de recevoir la Cène, doyvent estre excommuniez jusques à cequ ils se soyent corrigez de ce vice. Laquelle ordonnance, combien ([u'elle ait esté adoucie au Concile de Toulouse le premier, toutesrois quant en substance elle a esté suyvie. Car il est la dit. que ceux qu'on cognoistra ne point comiiiuui(iuer au Sacrement après avoir Guy le sermon, doyvent estre admonnestez : et s'ils n'obéissent à l'admonition, qu'ils doyvent estre rejettez de l'Eglise.
43. Il est aisé à voir que par ces statuts les saincts Pères ont voulu entretenir l'usage fréquent de la Cène, tel qu'il avoit esté institué depuis le temps des Apostres : d'autant qu'ils le voyoyent estre profitable au peuple de Dieu, et neantmoins que par négligence on le delaissoit petit a petit. Sainct Augustin rend tesmoignage quant à son temps, parlant ainsi -'^^ : Ce Sacrement de l'unité que nous avons au corps du Seigneur, se célèbre en quelques Eglises journellement, aux autres par certains jours; et les uns le prennent à leur salut, les autres à leur damnation. Item en l'Epistre première à Januarius, En quelques Eglises il ne se passe jour (ju'on ne reçoyve le Sacrement du corps et du sang du Seigneur : aux autres on ne le reçoit que le Samedy et le Dimanche ; aux autres on ne le reçoit que le Dimanche seulement. Or pource que le peuple ne s'acquittoit gueres bien de son devoir, comme nous avons dit, les saincts Pères reprenoyent asprement une telle nonchalance : afm qu'il ne semblast point advis qu'ils l'approuvassent. Et de cela nous en avons un exemple de sainct Chrysostome en l'Epistre aux Ephesiens, où il dit. Il n'a pas esté dit à celuy qui faisoit deshonneur au banquet, Pourquoy t'es-tu assis ? mais, Pourquoy es-tu entré ? Celuy donc (jUi assiste icy, et ne participe point au Sacrement, est audacieux et effronté. Je vous prie, si quelcuu estoit appelle en un banquet, et qu'il se lavast, qu'il s'assist, et se disposast à manger, et puis ne goustast rien, ne feroit-il point deshonneur au banquet, et à celuy qui l'auroit convié ? Tu assistes icy entre ceux qui par oraison se préparent à recevoir le Sacrement, et entant que tu ;ne te retires point tu te confesses estre de leur nombre, et à la fin tu ne participes point avec eux: ne seroit-il point meilleur que tu n'y fusses point comparu ? Tu me diras que tu es indigne : je te respon que tu n'es pas donc digne de prier, veu que c'est une préparation a recevoir ce sainct mystère "^*'^.
46. Sainct Augustin aussi et sainct Ambroise condamnent fort ce vice qui estoit survenu de leur temps desja aux Eglises Orientales, que le peuple assistoit seulement pour voir célébrer le Sacrement, et non pas pour y participer. Et certes ceste coustume, laquelle commande de communiquer une fois l'an, est une trescertaine invention du diable, par quiconques elle ait esté
mise sus. On dit que Zepherin Evesque de Rome a esté autheur de ceste ordonnance, laquelle je ne croy point avoir esté telle de son temps que nous l'avons maintenant. Touchant de luy, possible est que par son institution il ne prouvoyoit pas mal à son Eglise, comme le temps estoit lors. Car il n'y a point de doute que lors la saincte Cène ne fust proposée aux fidèles toutes fois et quantes ([u'ils conveuoyent ensemble en leur congrégation, et qu'une bonne partie d'eux ne communiquast: mais pource qu'a peine jamais il n'advenoit que tous ensemble à une fois communiquassent; et d'autrepart qu'il fust nécessaire ([u'eux, qui estoyent meslez entre les infidèles et idolâtres, tesmoignassent leur foy par quelque signe extérieur: k ceste cause le sainct liomuie avoit institué ce jour-là, pour onlre et police, auquel tout le peuple des Chrestiens de Rome, par la participa tion de la Cène de nostre Seigneur, fist confession de sa foy. Au reste, pour cela ils ne laissoyenl d'aussi souvent communiquer. Mais l'institution de Zepherin, laquelle estoit autrement bonne, a esté destournée a mal de longue main par les successeurs, quand une certaine loy a esté mise d'une communication en l'année : par laquelle il a esté fait que quasi tous, quand ils ont une fois communiqué, comme s'estans trèsbien acquittez pour tout le reste de l'année, s'endorment. Or il falloit bien qu'on fist autrement. On devoit à tout le moins chacune sepmaine une fois proposer à la congrégation des Chrestiens, la Cène de nostre Seigneur : et devoyent estre declairées les promesses lesquelles en icelle nous repaissent et nourrissent spirituellement. Nul certes n'estoit à contraindre de la prendre, mais tous en devoyent estre exhortez : et ceux qui en eussent esté neghgens, reprins et corrigez. Lors tous ensemblement, comme affamez fussent convenuzà tel repas. Non sans cause donc dés le commencement j'ay par complainte dit, que ceste coustume laquelle en nous ordonnant un jour de l'année nous rend paresseux et endormiz pour tout le reste du temps, a esté apportée par l'astuce du diable. 11 est vray que desja cest abuz commençoit à venir en avant du temps de Chrysostome : mais on voit combien il le reprouve. Car il se plaind fort de ce que le peuple ne recevoit point le Sacrement au reste de l'année, encore qu'il y fust disposé : et qu'à Pasques ils le recevoyent mesme sans préparation. Et sur cela il s'escrie : 0 meschante coustume ! 0 présomption ! c'est donc en vain que nous sommes tous les jours à l'autel, veu qu'il n'y a nul qui participe de ce que nous offrons.
47. D'une mesme invention est procedée une autre constitution, laquelle a ravy et soustrait une moitié de la Cène à la meilleure partie du peuple de Dieu, c'est assavoir le signe du sang :