‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 649 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

lequel pour estre réservé en propre à je ne say combien de tonduz et gressez, a esté défendu aux laies et profanes Car ils baillent tels tiltres et noms à l'héritage de Dieu. L'edict et ordonnance de Dieu éternel est, que tous en boyvent: l'homme l'ose casser et annuler par nouvelle loy et contraire, ordonnant que tous n'en boyvent. Et tels législateurs, afin qu'il ne semble qu'ils combatent contre Dieu sans raison, allèguent les inconveniens qui pourroyent advenir, s'il estoit abandonné à tous : comme si cela n'eust point esté preveu n'apperceu par la sapience éternelle de Dieu. Davantage, ils déduisent subtilement, que l'un suiTist pour les deux. Car si c'est le corps, disent-ils, c'est tout Jésus Christ, qui ne peut desja plus estre disjoinct ne séparé de son corps : donc, le corps contient le sang. Voyla l'accord de nostre sens avec Dieu, puis que tant peu que ce soit il commence comme à bride avallée de s'escarmoucher et voltiger. Nostre Seigneur monstrant le pain, le dit estre son corps : et monstrant la couppe, il l'appelle son sang. L'audace de la raison et sagesse humaine au contraire réplique, que le pain est le sang, et le vin est le corps : comme si sans cause et sans propos nostre Seigneur eust distingué et par parolles et par signes, son corps de son sang : et comme s'il avoit jamais esté ouy, que le corps de Jésus Christ ou son sang fust appelle Dieu et homme. Certes s'il eust voulu designer toute sa personne, il eust dit. Ce suis je, comme il aaccoustumé de parler en l'Escriture : et non pas, Cecy est mon corps, ,Cela est mon sang. Mais en voulant subvenir à l'infirmité de nostre foy, il a séparé le calice d'avec le pain, pour monstrer que luy seul nous suffit, tant pour manger que pour boire. Maintenant quand l'une des parties en est ostée, nous n'y trouvons plus que la moitié de nostre nourriture. Parquoy encore que ce qu'ils prétendent fust vray, c'est que le sang est avec le pain : si est-ce qu'ils fraudent les âmes fidèles de ce que Jésus Christ leur a donné comme nécessaire pour confirmation de leur foy. Ainsi laissans là leur sotte subtilité, gardons bien qu'on ne nous oste le profit qui nous revient de la double arre que Jésus Christ nous a ordonnée.

48. Je say bien que les ministres de Satan (comme leur bonne coustume est d'avoir l'Escriture en mocquerie) icy se mocquent et cavillent : premièrement, que d'un simple faict il ne faut pas tirer une reigle perpétuelle, pour astreindre l'Eglise à l'observer. Mais je dy qu'ils mentent meschamment, allegans que c'est un simple fait. Car Jésus Christ n'a point seulement donné le calice à ses Apostres mais leur a aussi commandé de faire ainsi pour l'advenir. Car ces parolles emportent ordonnance expresse : Beuvez tous de ce calice. Et sainct Paul ne raconte pas cela seulement comme ayant esté fait, mais

pour une ordonnance certaine. Leur second subterfuge est, que Jésus Christ admit seulement ses Apostres à la participation de ceste Cène : lesquels il avoit desja ordonnez et consacrez en l'ordre de Sacrificateurs, qu'ils nomment ordre de Prestrise. Mais je voudroye qu'ils me respondissent ;à cinq demandes, desquelles ils ne pourront eschapper, qu'ils ne soyent facilement avec leurs mensonges conveincus. Premièrement, de quel oracle leur a esté révélée ceste solution tant esloignée de la parolle de Dieu? L'Escriture en recite douze qui furent assis avec Jésus Christ : mais elle n'obscurcist pas tellement la dignité de Jésus Christ, qu'elle les appelle Sacrificateurs : duquel nom nous parlerons après en son lieu. Et combien qu'il donnast lors le Sacrement k douze, toutesfois il leur commanda qu'ils fissent ainsi : assavoir, qu'ils le distribuassent ainsi entre eux. Secondement, pourquoy au meilleur temps qui ait esté en l'Eglise, depuis le temps des Apostres jusques à mille ans après, sans exception tous estoyent faits participans des deux parties du Sacrement? L'Eglise ancienne ignoroit - elle quelle compagnie Jésus Christ eust admise à sa Cène ? Ce seroit une trop grande iimpudence de reculer icy, ou tergiverser. Les histoires Ecclésiastiques et les livres des Anciens se voyent, qui donnent bien apperts tesmoignages de cecy. Nostre corps, dit Tertullien, est repeu de la chair et du sang de Jésus Christ : afin que l'ame soit nourrie de Dieu ^"3. Et sainct Ambroise disoit à l'empereur Theodose, Comment prendras-tu de tes mains sanglantes le corps du Seigneur? Comment oseras-tu boire son sang^"*? Sainct Hierome : les Prestres, dit-il, qui consacrent le pain de la Cène, et distribuent le sang du Seigneur au peuple^"^. Sainct Chrysostome : Nous ne sommes point comme en la vieille Loy, où le Prestre mangeoit sa portion, et le peuple avoit le reste : mais icy un mesme corps est donné à tous, et un mesme calice : et tout ce qui est en l'Eucharistie est commun au Prestre et au peuple ^''^. Et de cela il y en a plusieurs tesmoignages en sainct Augustin.

49. Mais qu'est-ce que je dispute d'une chose tant évidente? Qu'on lise tous les Docteurs Grecs et Latins, il n'y a celuy qui n'en parle. Ce ste coustume ne s'est point abolie cependant qu'il est demeuré en l'Eglise une seule goutte d'intégrité. Mesmes sainct Grégoire, lequel à bon droit on peut nommer le dernier Evesque de Rome, monstre qu'on la tenoit encore de son temps, quand il dit. Vous avez apprins que c'est du sang de l'Agneau : non point en oyant parler d'iceluy, mais en le beuvant. Car il se boit de tous les fidèles en la Cène. Qui plus est, elle a duré fiuatre cens ans après : combien que tout fust desja corrompu. Car on ne la tenoit point seulement comme coustume, mais comme une

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